Serions-nous donc tous fous et irresponsables?

Dorénavant il va falloir se surveiller. Et pas qu’un peu: n’appelez pas deux fois de suite votre ex, cela pourrait passer pour du harcèlement pathologique dû à un narcissisme pervers. Ne reprenez pas deux fois du dessert: trouble compulsif compensatoire.

psyDsm.jpgNe soyez surtout pas timide, méfiez-vous des accès de tristesse, n’exprimez pas votre colère: vous êtes suspect.

C’est la tendance en psychiatrie: classer les humains en malades potentiels, sans vraiment définir la frontière entre la «normalité» et la pathologie, frontière laissée à la libre appréciation du psychiatre.

Dans «Les quotidiennes», Marie-Claude Martin étudie le projet de nouvelle édition du DSM, la bible des psy. De 50 maladies définies dans les années 60, on est passé 300. Dans cette bible tout comportement peut devenir pathologique. J’ai moi-même étudié le DSM pour y comprendre certains troubles psychiques, je confirme qu’à la lecture des symptômes, il y a de quoi devenir parano et ne plus oser se regarder dans une glace sans se demander si l’on est encore en bonne santé mentale.

J’avais déjà tiqué sur la définition des personnalités pathologiques, comme l’histrionique, la narcissique, etc, car n’importe quelle attitude pouvait être classée pathologique et utilisée à mauvais escient selon le contexte (judiciaire par exemple).

J’avais également été surpris du peu de fiabilité des outils diagnostic pour valider une pathologie: des questions en entretien et quelques tests à l’efficacité relative. J’apprends par l’article de Madame Martin qu’en plus des lobbys peuvent influer sur l’entrée ou la sortie de pathologies dans le DSM: «Un groupe de pression peut faire entrer ou sortir une pathologie. Les associations gays ont réussi dans les années 70 à sortir l’homosexualité du catalogue. Aujourd’hui, ce sont les transsexuels qui vont obtenir gain de cause. En revanche, les hyper actifs sexuels y entrent. Dans une Amérique puritaine, Tiger Woods a tout intérêt à passer pour malade plutôt que pour un mari volage.»
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Le rédacteur de la Revue médicale suisse, Bertrand Kiefer, résume très bien le questionnement sur le DSM: «A force de tout considérer comme pathologique, la responsabilité personnelle y est amoindrie, le libre arbitre contesté.  Ce catalogue tend à l’infantilisation».

On reproche aussi au DSM (Diagnostic and statistical manual of mental disorders) de gommer trop facilement la frontière entre les pathologies classiques et bien connues (p.e. schizophrénie) et des comportement courants de la vie quotidienne qui, isolés et grossis, deviennent une maladie.

La critique faite au DSM est également de trop peu considérer les contextes sociétaux dans lesquels des mal-vivre peuvent se révéler. C’est alors le milieu qui devient pathogène, mais on fait porter le poids à l’individu.

psy5tristesse.jpg«Dans une société qui pousse à la consommation, nous sommes tous en addiction.  Mais au lieu de désigner le trouble et de cerner le patient, pourquoi ne pas s’intéresser directement aux origines de ces malaises sociaux? Pourquoi la psychiatrie et la médecine ne s’appliqueraient-elles pas à rendre moins pathogène le monde qui nous entoure?» s’interroge Bertrand Kiefer.

Il faut tenir tête à cette psychiatrie qui devient une nouvelle religion, définissant quelles sont les normes et encerclant les individus d’un champ de mines de pathologies. Etre soi-même, cultiver et assumer ses différences, ne pas se laisser enfermer dans les petites boîtes préparées par les psy.

Car les psy sont des collectionneurs parfois pathologiques: ils alignent les supposées maladies comme autant petites boîtes, et avant même que vous leur ayez demandé quoi que ce soit, ils vous enferment dans une de ces boîtes.

Ne jamais se laisser enfermer par la psychiatrie: on sait comment cela commence, on ne sait jamais comment cela finit, et la psychiatrie ne s’est jamais vraiment démarquée et libérée du syndrome kafkaïen de l’individu enfermé, découpé et dépecé psychiquement contre son gré.




PS: Une pensée pour Max Göldi, l’otage suisse en prison en Libye, entre les mains d’un dictateurs qui, lui, fait se poser de réelles questions sur sa santé mentale.

Catégories : Psychologie 11 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Cher Homme "Libre"

    Votre billet est malheureusement assez tendancieux. L'évolution du DSM est normale, compte tenu de l'évolution des moeurs au sein de nos sociétés. Ainsi, effectivement, l'homosexualité, la transexualité ne sont aujourd'hui plus considérées comme des déviances, et c'est heureux, bien entendu.

    Cela dit, résumer la psychiatrie à l'utilisation du DSM, c'est VRAIMENT trop court et trop facile. Le DSM est un outil d'aide au diagnostic... et je vous met au défi de trouver un seul psychiatre qui n'établirait un diagnostic sur cette seule base.

    La clinique, fort heureusement, est là pour guider l'intervenant dans son appréhension globale du patient.

    Vous dites "ne jamais se laisser enfermer par la psychiatrie". J'ajouterais que la psychiatrie actuelle est surtout devenue une sorte de machine à prescrire les médicaments qui pourront éventuellement soulager la souffrance du patient.

    Et ce dans quoi il convient de ne pas se laisser happer sont les délires de certains psychanalistes, notamment freudiens et lacaniens qui ont perdu le bon sens nécessaire à approcher la relation d'aide. De fait, pour ces gens, on entre en analyse comme en religion.

    Mais, finalement, il en va du DSM, de la psychanalyse et de la psychiatrie comme de la cigarette, de l'alcool ou de la messe dominicale. A consommer avec modération.

  • Toute société crée des schémas conforment à des critères dit "normaux". Etre dans la norme constitue en soit une preuve de bonne santé psychique. Etre hors normes signifie que vous avez un problème psychiatrique. Signe distinctif: Tiger Wood. Si ce dernier se dit malade, la société tentera de le "sauver" et de le "réhabiliter" en son sein. S'il défend sa position, il perd sa femme, ses enfants, l'estime des gens. Il se retrouve à la rue, sans boulot, sans sponsor, sans rien. C'est la société qui défend ses standards contre l'individu qui cherche à en sortir. En d'autres temps et d'autres lieux, la polygamie était la norme. Etre monogame faisait de vous un type déviant qui devait avoir de sérieux problèmes sexuels avec les femmes. Renversement de tendance aujourd'hui... C'est triste à dire mais la société appauvri la richesse des individus en tenant mordicus à des normes standard pour tous. On comprend mieux aussi pourquoi l'hypocrisie sociale est élevée au statut d'icône actuelle de notre monde. Vous imaginez un politicien déclarant "je me rends avec mon épouse dans des clubs échangistes pour donner du piment à notre sexualité". Wouaf le mec, scié direct du tronc par les féministes, religieux de tous poils et de toutes obédiences, par les coincés du zizis et autres. Aucune chance de survie dans ce monde-là. Et si par hasard, cela se découvre, eh bien Monsieur le politicien veuillez d'abord vous considérez comme malade sexuel, commencez une thérapie de groupe pour sexalcoolic. Ensuite peut-être, la société vous réintégrera en son sein. Eh oui, elle est belle la psychiatrie moderne. Les libertins ont toujours su qu'ils étaient marginaux dans des société ordrées régies par des normes morales découlant de la religion et en recherche permanente de stabilité sociale...et conjugales.

  • Bonsoir Déblogueur,

    Je comprends et accepte votre critique. J'ai quelque peu généralisé. J'ai pourtant en son temps suivi une psychothérapie très intéressante avec une femme psychiatre de qualité.

    Mais j'ai aussi vu des diagnostics posés sur l'entretien et deux tests, sans clinique particulière. Il y a donc des variables dans l'application du DSM.

    Et la tendance à classifier plus qu'à nuancer l'appréciation se rencontre de manière pas si rare que cela.

  • @ pachakmac

    "le terme de société désigne exclusivement les groupements humains caractérisés par leur dynamisme, leur capacité à changer, à évoluer, à se donner de nouvelles formes et de nouvelles règles, à se doter d’institutions, etc. Lorsque l’on traite de la société, il semble difficile de ne pas faire intervenir la notion d’individu. Les différentes formes de société semblent pouvoir être caractérisées par le rôle qu’y joue l’individu, par la reconnaissance dont il jouit en tant qu’être singulier, par la considération de ses intérêts particuliers."

    En un mot nous vivons dans une "société" où les gens ne savent plus où ils en sont et actuellement la bêtise prime!Il faudrait un bouleversement pour qu'ils reprennent leurs esprits!

    Quand on voit que la votation concernant "la recherche sur l'être humain" est passée, il y a de quoi frémir... et se poser des questions?!!

  • @ Homme "libre": cette psychiatrie que vous décrivez est précisément celle qui produit des ordonnances... Diagnostic rapide, prescription, client suivant... Cela n'a rien à voir avec une psychothérapie... Vos arguments sont toujours un peu courts à mon avis... Mais bon, faut bien qu'on s'occupe, non? ;-)

  • @ Déblogueur: Je l'ai vue à l'action comme vous dites dans le cadre de la production d'ordonnance mais également dans le cadre d'expertises juridiques, sans programme d'ordonnance. Dans le cadre d'expertises le problème du diagnostic rapide et sans clinique est le même.

    La situation n'est pas celle que vous décrivez mais le résultat en est le même. Vos arguments sont un peu décalés, semble-t-il. Voilà ce qui arrive quand on ne pose pas de questions.

    Dites-moi, je ne comprends pas bien l'utilité de vos sarcasmes. Cela me paraît polluer la communication en lui insufflant des non-dits d'arrière-plan dont l'utilité n'est pas patente. D'autre part, mon pseudo est hommelibre en un mot, sans majuscule et sans guillemets. Merci.

  • Cher Homme libre, je ne manifeste aucun sarcasme...

    Mais votre obstination à juger la psychiatrie de manière réductrice m'apparaît aussi injuste que de relever d'une certain tropisme... Qui semble vous occuper beaucoup.

    Je crois qu'en raison de vos activités professionnelles, vous devriez savoir mieux que quiconque les dangers des approches par trop étroites, réductrices et des jugements généralisateurs et hâtifs. La psychiatrie n'est évidemment pas QUE ce que vous en décrivez... et heureuesment d'ailleurs. Et finalement, c'est le client-patient qui a le jugement définitif sur ce qui lui convient.

    Navré si je vous ai offensé.

  • Hommelibre, c'est fou comme vous prenez la mouche quand il s'agit de vous et n'en faites rien quand Leclercq se fait traiter de moins que rien sur votre blog, vous, qui combattez le féminisme avec autant d'énergie? Là vraiment c'est à ne plus rien comprendre de ce deux poids deux mesures.... qui me laisse perplexe!!!!!!

  • Patoucha:

    Déblogueur cherchait, il a trouvé. Sans plus. D'ailleurs j'écris dans ma première réponse que j'accepte sa critique. Pas de problème donc, juste un recadrage.

    Pour Leclercq et Boo, je suis déjà intervenu, mais il y a toujours de l'électricité entre eux. Et je les aime bien chacun avec ses qualités. Leclercq se fait traiter de moins que rien? Il ne s'en prive pas toujours avec Boo non plus, et ils ont du répondant.

    Je n'arrive pas à faire mieux avec eux.

  • @ Bonjour hommelibre

    que j'apprécie beaucoup, j'aime bien ici, il n'y a pas trop de post, dans "le post sur certains forums"
    comme par rapport aux propos de zemmour, trop de post, quand on écrit quelque chose c'est noyé dans le nombre, "dans le post", dans les thémes sur la violence conjugale c'est mieux, moins de post, on peut mieux dialoguer !!!
    enfin c'est un avis personnel.

  • Sans commentaire s'agissant d'une réponse biaisée....

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