Faut-il être mère pour diriger l’instruction publique?

L’attaque contre la Conseillère d’Etat fribourgeoise Isabelle Chassot est particulièrement déplacée. Rappelons que Rudolf Schmidheiny, coordinateur des opposants au concordat HarmoS, a envoyé une vanne même pas digne d’une émission de téléréalité.

chassot.jpg«Ça commence à voler très bas autour d'HarmoS, l'accord intercantonal sur l'harmonisation de la scolarité obligatoire, contesté par référendum. Lors d'un débat l'opposant à Isabelle Chassot, jeudi dernier sur Radio Freiburg, Rudolf Schmidheiny n'a pas hésité à accuser la conseillère d'Etat fribourgeoise de ne pas s'exprimer en connaissance de cause. «Car vous n'avez pas d'enfants», lui a-t-il lancé.»

On croit rêver. Un tel argument n’est même plus du sexisme, c’est de la pure et simple bêtise.

Comme le souligne Christiane Langenberger dans Les Quotidiennes, demande-t-on aux enseignants s’ils ont des enfants?

Et demande-t-on au responsable de la police d’avoir gradé dans ce domaine ou de connaître le maniement des armes à feu? Demande-t-on au directeur de la santé d’être médecin? Non. D’abord, un ou une responsable de département peut avoir des idées sur le segment qu’elle administre. De plus il ou elle ne fonctionne pas seul: il y a une équipe, des conseillers, des cadres, des commissions qui contribuent à l’analyse des questions à trancher.

Il y a des personnes sans enfants qui ont un sens pédagogique poussé et une perception juste des besoins des enfants. De même qu’il y a des parents sans aucun sens de l’éducation. Etre mère n’est pas un passeport pour faire une bonne conseillère d’Etat.

Si le ridicule tuait, il y aurait beaucoup de morts en politique.

On peut être pour ou contre une politique. C’est le débat démocratique. Analysons donc les sujets pour le projet et leur contenu. Combattons s’il le faut par des arguments, pas par ce genre de niaiserie.

Rudolf Schmidheiny: un nom à retenir pour la médaille d’or de la parole la plus inutile.

 

PS: une pensée pour Max Göldi, prisonnier politique (ou de guerre) en Libye.

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Commentaires

  • Ce fut vraiment déplacé de la part de cet élu UDC; On pourrait aussi accuser Rudolf Schmidheiny de ne rien comprendre à la scolarisation puisqu'en ayant des enfants il pense avant tout à ses intérêts familiaux.

    Il m'est souvent arrivé de ne pas pouvoir parler de politique familiale avec des personnes, justement par le fait qu'ayant pas de gosses, je ne pouvait pas comprendre. On la culture du débat ou on ne là pas.

    D.J

  • Difficile de dire ce qui me fait le plus peur: la bêtise de l'argument ou l'ampleur du scandale qu'il suscite.

  • « Comme le souligne Christiane Langenberger dans Les Quotidiennes, demande-t-on aux enseignants s’ils ont des enfants? »

    Ce n'est pas du tout pareil. L'enseignant doit transmettre le savoir aux enfants, un monstre comme HarmoS tend à leur formatage.

    « Demande-t-on au directeur de la santé d’être médecin? »

    Non, parce que sa compétence ne s'étend pas au domaine des soins et des traitements.

  • @ Scipion:

    Ok on peut argumenter pour ou contre, mais en quoi Mme Chassot serait-elle incompétente parce qu'elle n'a pas d'enfants?

  • @ Lord Acton:

    C'est vrai qu'une telle remarque aurait dû tomber aux oubliettes aussi vite qu'elle a été dite. Mais le scandale laisse entendre que la remarque est instrumentalisée après coup. Par qui? Pour quoi?

  • Comme notre société est complètement déboussolée et qu'elle n'a pas de valeurs généralement reconnues comme communes, tout est prétexte à affirmer avec excès l'intangibilité de certaines valeurs. Aujourd'hui, tout ce qui remet en cause l'auto-détermination de l'individu provoque des sur-réactions. Si vous dites quoi que ce soit qui sous-entend qu'une femme devrait avoir des enfants, vous allez immanquablement provoquer un scandale. Car vous vous exposez à des reproches de la part des féministes (qui vont brandir le spectre d'un retour aux fourneaux), de la part des associations de défense des homosexuels (qui sont potentiellement touchés), puis de toutes les forces qui ont de la sympathie pour ces causes ou qui pensent que ça ferait bien de s'afficher comme tel. Les gens qui se scandalisent sont en principe conscients du fait que la cause de leur scandale n'est pas si grave que cela, et que les reproches qu'ils formulent doivent beaucoup à l'extrapolation. Mais ils se sentent obligés de sur-réagir, et sur-réagissent d'autant plus volontiers que dans l'ambiance générale d'aujourd'hui, leur position les fera apparaître sous un jour favorable d'ouverture, de non-exclusion, etc. La scandalisation est le fond de commerce de la politique d'aujourd'hui. Très peu de personnalités politiques résistent à l'invitation médiatique constante de sur-réagir devant un micro. Le pire, c'est que ces personnalités ont des excuses, car si elles ne sur-réagissent pas dans le sens souhaité, on les soupçonnera immédiatement non pas seulement de vouloir protéger l'imprudent par qui le scandale arrive, mais de défendre les idées qu'on prête à celui-ci par extrapolation. Nous vivons dans un monde de cinglés.

  • "Ok on peut argumenter pour ou contre, mais en quoi Mme Chassot serait-elle incompétente parce qu'elle n'a pas d'enfants?"

    Elle n'a pas forcément une idée bien précise des diverses manières par lesquelles on peut les préparer à affronter la vie.

    Avoir des enfants, c'est donc avoir une expérience pratique, enrichie jour après jour, des réalités de l'enfance, plutôt qu'une appréhension par ouï-dire et par approches théoriques et livresques...

  • Scipion, vous soutenez donc ce déni fait à Madame Chassot. Vos arguments font fi d'une expérience personnelle éventuelle (fratrie) et des conseils de personnes avisées.

    Et en comparaison avec un président du Dept de la santé dont les compétences ne devraient pas s'étendre aux soins et traitements, comment peut-il soutenir une éventuelle réorganisation de l'hôpital et donc de l'attribution des budgets et des priorités s'il n'a pas conscience des temps d'intervention, du besoin d'écoute des patients, des flottements dans la rotation des équipes d'infirmières, de la surveillance de patients plus atteints, etc, etc.

    Je ne vois pas de pertinence à vos arguments contre Madame Chassot.

  • Je regrette que l'on n'en fasse qu'un débat sexiste, alors que dans ce cas il n'a pas lieu d'être. Il ne s'agit pas de renvoyer les femmes à la maison mais d'une critique sur les compétences ou non-compétences d'une femme du fait qu'elle n'est pas mère. Pas besoin de mettre le féminisme partout, pfff...

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