12 janvier 2010

Kokopelli: des semences bio de la discorde

Kokopelli est une petite association basée à Alès dans le Gard. Son but est la préservation et la vente de graines et semences bio à l’ancienne: préservation et mise en circulation de variété rustiques, échange de graines maison entre membres et régions pour augmenter la robustesse des légumes, maintien de la biodiversité. L’utilisation intensive de graines issues de croisement (hybrides) en vue de la seule rentabilité amène en effet certaines variétés de plantes à être moins résistantes aux variations de climat, de sol et d’hygrométrie. Kokopelli distribue actuellement 550 variétés de tomates, 300 variétés de piments, 130 variétés de laitues, 150 variétés de courges, 50 variétés d'aubergines, etc. L’association oeuvre également dans la préservation des semences des pays en développement.


kokopelli-6.jpgRegistre officiel

Il faut savoir qu’il existe un registre officiel des semences, qui permet de vérifier la pureté des espèces et leur condition de production. C’est normal: sans un minimum de contrôle n’importe qui pourrait prétendre vendre des graines bio - marché en développement - sans en offrir les garanties.

Kokopelli n’a pas fait inscrire ses semences dans ce registre. Les frais pour chaque semence sont élevés, et comme il n’y a pas de brevet sur les plantes ces frais ne peuvent être amortis qu’en cas de grosse production. Ce n’est pas le cas de Kokopelli. Toutefois l’Union Européenne oblige ses membres à assouplir les conditions d’inscription à ce registre (initialement facultatif mais devenu le pré carré de lobbys), ce que la France n’a pas encore mis en place plus de 10 ans après la décision. Et la gestion du registre est confiée aux grainetiers eux-mêmes sur mandat de l’Etat.

«Pourquoi les variétés commercialisées par KOKOPELLI n’étaient-elles donc pas inscrites au Catalogue Officiel ? En vérité, ce catalogue, qui fait la part belle aux variétés technologiques, posent des conditions à son accès qui le rendent incompatible avec les caractéristiques même des variétés vendues par l’association, librement reproductibles, mais également non homogènes – puisque les fruits, sur un même plant, ne sont pas exactement identiques les uns aux autres – et capables d’adaptation et d’évolution en fonction des terroirs où elles seront plantées. Au surplus, les tarifs d’inscription au Catalogue sont prohibitifs (500 euros en moyenne pour chaque variété, sans compter les droits annuels à payer pour les différents types d’examens obligatoires).»

kokopelli_de_nessa_guillet.jpg
Patrimoine collectif

De plus peu de grainetiers produisent des semences à l’ancienne faute justement de rentabilité suffisante et rapide. Ils préfèrent mettre sur le marché des hybrides à forte productivité, ceux-là même qui à terme fragilisent la résistance des plantes et réduisent la biodiversité. Ces semences sont pourtant celles qui étaient utilisées couramment dans les campagnes avant l’apparition des hybrides. Il s’agit donc d’un patrimoine collectif et non d’une simple démarche commerciale. A l’heure du Grenelle de l’environnement et de la préservation de la biodiversité, l’Etat devrait encourager et faciliter la production de ces semences à l’ancienne. C’est aussi son rôle que d’oeuvrer au bien commun.


Condamnation

L’association Kokopelli a été condamnée en 2007, sur plainte d’un grainetier concurrent, à de lourdes amendes: 17’000€ en faveur de l’Etat, 10’000€ pour le grainetier Baumaux.

L’Etat a renoncé à l’encaissement de l’amende. Ce qui vaut d’une certaine manière reconnaissance de l’utilité du travail de Kokopelli et des insuffisances de la législation actuelle.

Le grainetier lui persiste et signe, et a lancé une nouvelle procédure en dommages et intérêts d’un montant de 100’000€. De quoi étouffer financièrement l’association.


kokopelli-bags-org-seeds.jpgLe grainetier Baumaux

Les motivations du grainetier ne sont peut-être pas si transparentes que cela.

«En effet, on ne peut oublier, qu'une dizaine d'années en arrière, Mr. Baumaux était lui même confronté à un certain nombre de tracasseries administratives (et il l'évoquait amplement sur une exposition telle que celle du château de St Jean de Beauregard dans l'Essonne) au regard des très nombreuses variétés potagères illégales présentées dans son catalogue. Illégales s'entend en relation avec le cadre législatif mis en place par un certain nombre de structures impulsées par le Maréchal Pétain en 1941.

Mr. Baumaux, par la suite, a résolument cautionné une procédure d'inscription des variétés dans une liste dite "pour amateurs". Quelle ne fut donc pas notre stupéfaction de découvrir dans la dernière édition de son catalogue de semences une pléthore de variétés potagères ne figurant dans aucun des catalogues nationaux de la Communauté Européenne. Il y en a tellement que nous avions même évoqué l'idée de lancer une chasse au trésor!»

De plus ce grainetier à récemment déposé une marque pour des semences de tomates: les tomates Kokopelli! Il semble bien que sous un prétexte administratif, Baumaux ait un comportement bien plus inspiré par une guerre commerciale et tente de reprendre à son compte la notoriété de l’association Kokopelli.


La gratuité de la nature en cause

«En 2001, le gouvernement Jospin a pris une mesure inédite de lutte contre la gratuité de la nature, la "Cotisation Volontaire Obligatoire" (George Orwell aurait aimé cette expression) pour les semences de blé tendre. Que l’agriculteur sème le grain qu’il récolte ou qu’il achète des semences, il doit payer une redevance à l’obtenteur ! Ce dispositif sera étendu à d’autres espèces. Une commission estimera le prix de cette marchandise nouvelle, le “droit à semer". Comment, puisqu’il y a pléthore et donc pas de marché ? Pourquoi pas un “ droit à respirer” ? On ne pourra plus dire comme Mme du Deffants au temps de Louis XV : “ On taxe tout, hormis l’air que nous respirons.»


Les politiciens ont parfois de drôles d’idées. Et les attaques contre l’association Kokopelli ressemblent plus à une piraterie commerciale qu’à une défense de la pureté des semences.




PS: Question piraterie, les otages suisses de K-dhafi en connaissent aussi quelque chose. Retenus contre leur gré en Libye pour des raisons qui ressemblent diablement à une vendetta personnelle.

desert_2.jpg

11:05 Publié dans société | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : bio, semences, kokopelli, baumaux, justice | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Oui, j'ai été membre de Kokopelli, et la liberté est aussi celle du semeur symbolique de son logo.

Écrit par : RM | 12 janvier 2010

Waw, j'adore votre site, grand merci pour ces idées

Écrit par : cosmetique bio | 26 novembre 2010

Baumaux n'est plus un grainetier indépendant, il à été racheté par une des grandes société productrice de plantess hybrides et transgéniques, d'ailleurs sont catalogue présente de nombreux hybrides interspécifiques et autres chimères génétiques qui certes possèdent certaines qualités mais pas celles d'être fertiles

Écrit par : c.geoffrion | 29 décembre 2010

I am glad that people are stepping up and doing something about it.

Écrit par : baby gift basket | 04 janvier 2011

Encore une démonstration des limites de la législation française soumise aux pressions des lobbies. Mais j'avoue avoir été agréablement surpris que l'état n'encaisse pas l'amende.

Écrit par : Produits bio | 14 mars 2011

C'est toujours le problème d'une législation déficiente et du business qui se fait au détriment de la nature. Gagner de l'argent oui mais à quel prix ;)

Écrit par : humour en diaporama | 20 juin 2011

Comme toujours, c'est la raison de l'argent qui l'emporte... Pourtant la nature n'a pas attendu d'avoir de l'argent pour pousser ou nous donner de quoi nous nourrir ! J’espère sincèrement que les choses changeront bientôt, et que chacun pourra manger à sa faim, comme dans le paradis premier que Dieu nous a donné !

Écrit par : Creameet | 09 novembre 2011

dommage que vous n'étiez pas présent au salon bio du mois de novembre à strasbourg,j'avais fait de la publicité pour vos graines que j'achète et qui donnent de très bons résultats, et mes amis ont été très déçu de ne pas pouvoir en acheter

Écrit par : mayer monique | 12 janvier 2012

l'asso kokopelli fait du très bon travail et ils méritent d'être défendus !

Écrit par : nathalie | 09 février 2012

C'est dommage de voir que les lobbies continuent a imposer leurs règles sous l'impuissance de la législation ...

Écrit par : Agula | 22 mai 2012

je voudrais acheter des graines de tomates bio

Écrit par : gys | 10 juillet 2012

Les commentaires sont fermés.