11 janvier 2010

Mort d’Eric Rohmer, amoureux des mots

On apprend aujourd’hui le décès du réalisateur français Eric Rohmer. Il s’en va comme il était venu: discrètement. Discrètement, malgré les récompenses obtenues pour certains de ses films, malgré ce public fidèle qui le suivait.


rohmer-eric-02-g.jpgPas de tapage chez Rohmer. Pas de grosse production, de promo envahissante, de produits dérivé. Jamais trop intéressé à être sur le devant de la scène. Ce qu’il avait à dire, ses films le racontaient.

Mais que racontaient-ils?

Des histoires d’amour pleines d’incertitudes, de frôlements. Le dialogue amoureux, la séduction. Il détaillait parfois à l’extrême tout ce qui se passe avant - avant qu’on couche. D’ailleurs coucher n’est pas important dans ses films.

L’important c’est la danse des femmes et des hommes, les tentations abouties ou non, les souffles qui se frôlent parfois sans jamais s’atteindre complètement. L'autre, si proche, est toujours un peu plus loin qu'on ne pense.
rohmer5.jpg
Et puis les mots.

Les dialogues sont toujours d’une désarmante simplicité et d’une exquise finesse.On dirait presque que les mots sont fait pour mettre des distances tout en rapprochant peu à peu. Et jamais un mot pour remplir le temps.

Il filmait des mots, et des climats.

Il y avait aussi chez lui une grande rigueur cinématographique et un profond respect de ses personnages. Jamais il ne prenait l’ascendant sur eux, pas un mouvement de caméra trop personnel où le personnage ne deviendrait que sa création. La discrétion même.

Il a tourné avec de grands acteurs: Trintignant, Brialy, Lucchini, Françoise Fabian, et d’autres parfois méconnus dont il a révélé le talent et la lumière par sa caméra à la fois tendre et précise.

Au revoir, Monsieur Rohmer. Vous partez, vos films restent.

Extrait du «Genou de Claire»:





PS: Etrange histoire que celle des otages suisses en Libye, dont le brouhaha des mots ne raconte plus la réalité mais ce que les politiciens veulent leur faire dire. 17 mois de rétention.

22:57 Publié dans Art et culture | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : eric rohmer, trintignant, contes moraux, brialy | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Ma fille, grande cinéphile devant l'éternel, m'a annoncé ce soir son décès à 89 ans. Un bel âge....

Écrit par : Patoucha | 12 janvier 2010

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Bonjour HommeLibre,
j'aimais beaucoup les films d'Eric Rohmer. particulièrement Perceval le Gallois,film "enluminé" avec un Luchini encore débutant mais extraordinaire.
Et puis dans le Genou de Claire, vous rappelez-vous de la voix de Nicoletta, chantant "Fermons la fenêtre et laissons les volets clos, ...".
C'est un bel âge, mais surtout un âge bien rempli.

Écrit par : Anne-Marie Brunner | 12 janvier 2010

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Le cinéma est affaire de goût, sans aucun doute.

J'avoue qu'avoir vu Jean-Claude Brialy se trémousser intérieurement devant Claire, en 1972 ou 1973, m'a toujours laissé le souvenir d'un réalisateur compliquant les choses simples juste pour le plaisir d'un discours qui, lorsqu'on l'entend aujourd'hui, paraît bien désuet et surtout assez vide... A l'instar d'ailleurs des interminables tirades de "Ma nuit chez Maud" ou des yeux égarés de Bernard Verley dans "L'amour l'après-midi" (dans ce film, le meilleur était la musique d'un compositeur genevois, Arié Dzierlatka).

La grande force de Rohmer se trouvait dans ses articles des Cahiers du cinéma, beaucoup plus, à mon humble avis, que dans sa production filmée.

Écrit par : Déblogueur | 12 janvier 2010

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Des films poétiques, des dialogues subtils, une analyse raffinée des méandres de l'amour, des acteurs excellents, une musique douce, des décors enchanteurs... un vrai bonheur!
Et tellement loin de la vulgarité, de la violence, de la pauvreté des dialogues, de la laideur, du bruitage... de bien des films actuels, souvent abrutissants.

Écrit par : cleopatre | 12 janvier 2010

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