L’humanité en l’an 3010/ 1: la planification

Je me propose d’imaginer, en plusieurs billets dans ces prochaines semaines, ce que pourrait être l’humanité dans 1’000 ans. Scénarii sombres ou heureux, forcément subjectifs, ils tracent quelques pistes dont les germes sont présents à l’époque actuelle. 1000 ans ce n’est pas énorme. C’est comme de l’an 1000 à aujourd’hui. Mais à voir les transformations politiques et technologiques considérables, surtout depuis 500 ans, et leur accélération au 20e siècle, que pourraient être nos sociétés dans 1000 ans?

futur0.jpgScénario 1: vers la stabilité

Après des siècles de mutations multiples commencées vers la fin du Moyen-âge, les société humaines avaient développé un très haut degré d’instabilité. La démocratie représentative avec ses élections régulières et ses alternances y contribuait: chaque nouvelle majorité défaisait ce que la précédente avait mis en place.

Cette instabilité avait été génératrice d’angoisse et de réponses violentes à cette angoisse. Puisque tout le monde pouvait à son tour avoir raison et modeler la société à l’image des représentations idéales successives, les valeurs fondamentales et humanistes, dont le socle avait été atteint par les grandes guerres du 20e siècle, continuaient à s’effriter. La méfiance à l’égard des idéologies de masse, politiques ou religieuses, laissait le monde dans une sorte de no man’s land sans vision et sans avenir dont les uns se sortaient par l’individualisme cupide le plus débridé, les autres par la maladie, la dépression et la dépendance aux puissants lobbys pharmaceutiques, d’autres par la rébellion et le sabotage: vol, attaques régulières, multiplication des milices criminelles.


La gouvernance des sages technocrates

Au 23e siècle, après la guerre de l’eau qui fit plus de dégâts sur les ressources que l’industrie du carbone, la grande majorité des humains, fatiguée de cette instabilité, accepta l’idée que la gouvernance devait être confiée à des personnes qui ne changeaient plus. Ce fut alors l’époque des nouvelles constitutions politiques. Les partis furent limités, tout velléité révolutionnaire sévèrement bridée.

Les élections, vestiges du passé, ne servaient qu’à désigner les employés d’Etat assignés à appliquer les décisions des gouvernants. Ceux-ci étaient élus par un collège de citoyens issus de toute la société. Ils restaient au pouvoir pour une période d’au moins 20 ans, afin d’avoir le temps de réaliser ce pour quoi ils avaient été choisis, car ils étaient experts dans au moins un domaine. Ils pouvaient toutefois être révoqués, mas cette procédure concernait surtout les crimes de corruption, pas les erreurs de gestion - erreurs qu’ils étaient censés ne pas faire. Ainsi il n’était pas rare de voir un dirigeant en place pendant 40 ou soixante ans. De l'ancienne démocratie on avait gardé le fait que n'importe qui puisse se présenter à cette charge pourvu de disposer d'une expertise dans un domaine, et pour autant qu'aucun membre de sa famille n'ait siégé au gouvernement central depuis les 20 dernières années.

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La planification

Une règle d’or des gouvernants était de prévoir, d’anticiper, de coordonner, de planifier. Mais plutôt que de le faire à la manière des Etats totalitaires du 20e siècle, on prit un modèle doux, celui d'une ruche. L’analyse des besoins fondamentaux dans les diverses parties du monde et la répartition planifiée des ressources et activités avait pris le pas sur la libre entreprise. Les Etats-Unis, chantres de cette libre entreprise, s’étaient finalement rangé à ce modèle, la classe moyenne s’tant trop appauvrie pour croire encore aux vertus de l’initiative individuelle.

On mit en place des plans sur 20 ans, proposés par les sphères locales de gouvernance et décidés par le gouvernement mondial. Les différences salariales furent considérablement réduites. Plutôt que de valoriser les possessions individuelles, on remit en vigueur les privilèges, d’une manière assez discrète pour ne pas susciter la convoitise. Chacun avait assez pour vivre, personne n’était dans l’indigence, les soins médicaux et la formation étaient gratuits et considérés comme de l’investissement dans le bien-être. Il y avait d’ailleurs peu de maladies, la plupart étant détectables et modifiables génétiquement dès la naissance.


Les choix individuels

Au 21e siècle la science génétique avait cerné l’essentiel de la compréhension du fonctionnement humain. Aux 22e et 23e siècles, cette science parvint à son apogée. On pouvait dépister dans les tests ADN des foetus quels seraient leurs qualités physiques et intellectuelles. Les tests d’orientations, commencés de manière rudimentaire dans les écoles au 20e siècle, furent poussés à un haut degré de fiabilité.

Ainsi dès la naissance on était planifié pour être sportif, musicien, leader, commerçant. On avait éliminé les affres du choix individuel. En privilégiant la stabilité on faisait tout pour réduire la part d’émotionnel et d’irrationnel dans l’humain, grâce à des traitements eugéniques et des modes alimentaires spécifiques. Dans cet esprit de planification, les couples étaient prédéterminés par leurs gènes, recevaient un cahier des charges lors de leur mariage, basé sur leurs compétences génétiquement connues, évitant ainsi le grand désordre social de la guerre des sexes du 21e siècle.


futur2Jeremm.jpgLa paix mondiale

Dans le même temps la gouvernance mondiale planifiée avait éradiqué la guerre. D’une part la course aux armements était jugée trop coûteuse en argent et en ressources. D’autre part, les matières premières étant épuisées, et aucune région du monde ne pouvant accumuler de quoi faire des envieux, la guerre n’avait plus de raison d’être.

L’optimisation des systèmes de captage et de stockage de la lumière et sa transformation en énergie électro-magnétique universelle couvrait 90% des besoins. On projetait d’atteindre les 100% rapidement. Le réchauffement climatique du début du 21e siècle s’était arrêté de lui-même et la planète n’avait pas connu de catastrophes autre qu’une angoisse collective de la disparition.

La société planifiée avait réalisé ce que les philosophes anciens recherchaient: être gouvernés avec sagesse. Mais à leur époque ils ne disposaient pas des outils - génétiques en particulier - pour mettre chaque personne à la bonne place.

Cette paix était accompagnée d’une répression impitoyable à l’égard de la criminalité. Les forces spéciales, seules à être encore armées mais contrôlées par puces électroniques pour éviter toute tentative de coup d’Etat, pouvaient tirer à vue sur toute personne prise en flagrant délit de crime. On avait admis qu’il était trop coûteux de faire des procès et de remplir les prisons de gens qui de toutes façons recommençaient en sortant. Les criminels prenaient des risques, ils devaient en assumer les conséquences.

Il y avait d’ailleurs peu de criminels car, détectés génétiquement à la naissance pour la plupart, il étaient enlevés aux parents et recevaient un programme spécial d’éducation destiné à fixer en eux la haine du mal.


Les irréductibles

Il y avait quelques irréductibles à cette société de planification. Des gens qui restaient fidèles aux notions d’effort individuel, de mérite personnel, de créativité. Ils disposaient de territoires autonomes qu’ils géraient comme ils l’entendaient, mais toutes leurs productions étaient insérées dans les plans.


Cette société mise en place au 24e siècle, durait toujours, en 3010, de manière très stable. Et l’étude de l’histoire tourmentée de l’humanité dégoûtait quiconque aurait voulu revenir aux anciens systèmes.

La société humaine unique était devenue une ruche pacifique. Certains sages technocrates espéraient pouvoir modeler génétiquement davantage l’humanité, rendre chacun encore plus spécifique à une tâche ou un rôle, car la génétique le permettait. Mais ce serait irréversible, et les humains n’étaient pas encore prêts à cela et considéraient que le but d’une société stable et bien organisée suffisait. On en restait donc là.

 

 

PS: Espérons que les otages suisse de Kadhafi n'aient pas besoin d'attendre un gouvernement mondial et un démantèlement de la Libye pour être de retour.

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Catégories : Politique 3 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Bonjour.

    Il me semble qu'on a déjà tenté de mettre en place la société idéale que vous décrivez. En URSS, en Chine... Mais la cupidité de l'être humain perturbe le fragile équilibre qu'il nécessite. Avec des contrôles génétiques, pourra-t-on régler ce problème ? Le résultat sera sans doute une uniformisation totale de l'humanité. Et en ne laissant pas faire la nature, on mettra fin à l'évolution de notre propre espèce. Personnellement, cette idée ne me plaît pas trop. Bref, je ne cours pas après ce type de société idéale.

  • Bonjour Kad,

    Moi non plus ce n'est pas là que va ma préférence. J'imagine un développement possible sans forcément y adhérer. Ce premier scénario ferait primer la stabilité, et aurait des moyens non coercitif d'installer un collectivisme.

    Et puis, vouloir trop contrôler la génétique contient le risque réel d'un appauvrissement de l'espèce. Mais une telle société ne me paraît pas irréaliste et pourrait exister. Une sorte de tyrannie douce.

  • Patience, nous allons tranquilement vèrs la jungle ou la sélèction naturelle sèrvira en toute justice la démographie et la mort de la société providence .
    C'est un choix et chacun se doit de pouvoir etre armé ,aquérir armes et munitons librement .
    Les institution incapables d'assumer les conséquences de leurs injonctions deviènent de pitoyanble épouventils ridicules aux sèrvice des mafias .Pourtant,il s'en trouve "pour rèspècter " ça :-(

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