Le grand frère

Voilà deux fois que je regarde cette émission sur TF1. A cause de la présence de la caméra, au début je me demandais si les situations sont réelles ou fabriquées pour la télévision. Mais ces situations existent dans la vie et certaines scènes semblent difficilement pouvoir être jouées comme un théâtre.

pascal-le-grand-frere-png.pngIl s’agit donc d’ados de 16-17 ans en rupture de repères et en décrochage total. Ils ont quitté l’école, ne font rien de leur journées, exigent tout de leurs parents, les agressent verbalement par des insultes pas piquées des vers.

En face les parents sont généralement perdus, incapables d’asseoir une quelconque autorité, perdants d’avance à chaque nouveau conflit - et les conflits se régénèrent en général du matin au soir.

C’est très impressionnant de voir ces familles à la dérive, et ces ados qui n’ont plus de respect de rien, ni d’eux-mêmes.

Le principe de l’émission est de montrer d’abord la situation telle qu’elle se vit dans la famille. TF1 aime appuyer sur les scènes les plus dures, et l’on sait qu’un montage par leurs soins peut amplifier ou tronquer la réalité. Mais les séquences diffusées sont très explicites.

Intervient alors Pascal, le «Grand frère», éducateur de son métier. Energie masculine bien ancrée, fermeté, provocation, confrontation, il va droit dans le problème. Il ne laisse rien passer quand il y a insultes, questionne l’ado et l’amène peu à peu à se poser des limites de comportement. Car il est difficile de lui tenir tête: il est plus fort qu’eux et ne lâche pas sur certaines règles de vie et de communication. Droit dans ses bottes, il se moque bien d’être apprécié ou non par l’ado, ce n’est pas le but et ce serait faire son jeu et continuer à lui donner tout le pouvoir.

Il emmène l’ado faire des activités physiques exigeantes pour canaliser sa violence, le pousse à aller au bout de lui-même, et l’intègre à d’autres milieux que le milieu familial. Un travail de coaching et d’éducation, car il met peu à peu en avant les ressources positives de l’ado, et l’aide à retrouver un but de vie et à se mettre en mouvement pour le réaliser.

Poser les limites fermement, oser la confrontation que les parents n’osent plus, placer l’ado face à lui-même, l’aider à retrouver un but de vie, font de son intervention un efficace recadrage.

Au final, je vois dans son attitude une belle réponse aux errements d’ados violents et aux incertitudes et démissions de parents dépassés ou mal positionnés dans la relation éducative. Un rappel aussi de ce que l'éducation n'est pas simplement donner de l'amour à ses enfants, mais c'est aussi savoir leur dire non, un non clair et indiscutable, quand une relation dégénère au-delà de ce que le simple respect autorise.

PS: Les deux otages suisses sont eux très cadrés, trop cadrés, prisonniers de l’Etat libyen et mis au secret depuis environ 7 semaines.

désert-prison.JPG

Catégories : société 15 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Bonsoir hommelibre

    magnifique billet, bel exemple d'un homme, qui joue le rôle du pére que cet ADO
    n'a pas en face de lui. lui fait faire des activités, lui donne confiance en lui l'ouvre au monde en un mot l'éduque. (ça me fait penser à mon pére).
    alors que j'usqu'a présent il avait l'habitude d'être materné.

  • J'avoue ne pas avoir eu la même vision de cette émission, certainement un regard beaucoup plus cynique et décalé, même si de tels cas existent...

    Je vous invite à en lire ma chronique:

    http://ricorama.blog.mongenie.com

  • Bonjour Ricorama

    ben oui de tels cas existent !!!

    http://www.uniondesfamilles.org/absence_du_pere.htm

  • Oui j'ai regardé quelques fois cette émission aussi car mes ados l'aiment bien.
    Sans aucun doute la présence de ce grand frère apporte cette autorité nécessaire.
    @Leclercq, il est des femmes plus autoritaires que certains papas poules qui passent sur tout. L'autorité n'a pas de sexe. l'autorité n'est pas juste une affaire d'hommes!
    Materner ses enfants ne veut pas forcément dire ne pas poser de limites.

  • Bonjour vali

    "il est des femmes plus autoritaires que certains papas poules qui passent sur tout. "

    évidement ça a toujours existé, et en plus les hommes sonts sommés de ne plus être autoritaires.

    "L'autorité n'a pas de sexe." le rôle de poser les limites et d'abord le rôle de l'homme.

    "l'autorité n'est pas juste une affaire d'hommes!

    pas juste mais d'abord une affaire d'hommes.

    "Materner ses enfants ne veut pas forcément dire ne pas poser de limites."

    tout à fait ex

    http://www.nationspresse.info/?p=655

    Voir commentaire de Borja oriane

  • Rebonsoir vali

    http://www.ladepeche.fr/article/2000/05/19/275642-Aldo-Naouri-ne-concede-rien-aux-idees-recues.html

    Le père, moins il intervient et mieux ça vaut!

    ! Le père c'est le générateur du non par excellence, et il est totalement inutile qu'il intervienne à tout bout de champ ».

  • Les mères savent aussi poser des limites, oui, et c'est heureux. Même si je partage le point de vue selon lequel c'est davantage l'homme qui représente la règle, les rôles ne sont heureusement pas rigides. Il faut parfois se relayer dans un couple, et ne pas s'enfermer dans un rôle unique.

    Je ne peux imaginer une mère qui attend que le père soit là pour poser une limite à un gamin qui casse tout dans la maison. Ce serait grave. Mais les mères globalement savent aussi le faire. De même je ne veux pas de pères incapable d'exprimer leur tendresse avec leurs enfants.

    Je suis ok avec une répartition de rôles, pour faciliter la construction et l'identification de l'enfant, car je pense que l'indifférenciation n'est pas constructive pour les garçons en particulier qui ont plus de questionnements je crois sur leur comportement que les filles. Mais ces rôles ne doivent en aucun cas être rigides.

  • Bonsoir hommelibre

    j'aime bien cette petite phrase d'Aldo.

    "Du coup, son intervention directe prend une force extrême et doit être réservée aux grandes occasions: elle ne sera pas usée par l'habitude. Un père, c'est comme une pile, ça s'use."

    le pére qui intervient quand la mére commence à être dépassée !!!

    http://www.lexpress.fr/actualite/societe/famille/remettre-l-enfant-a-la-bonne-place_489894.html

  • Ah ben si Aldo il a dit, c'est que c'est vrai, hein?

    Trêve de plaisanterie, ce boulot (le "grand frère") existe depuis un bon moment (d'ailleurs il y a aussi des grandes soeurs, eh oui...)

    Pour ma part je trouve ce genre d'émission nocif et malsain, regarder vivre quelqu'un, le nez dans son caca, et se demander si la télé pourra le sauver.

    Par contre, les gens qui font ce boulot, je leur voue une admiration certaine.

    :-B

  • Pascaée, le côté lourdingue de ce genre d'émission à TF1 est pénible. Ils font des montages très calculés, que ce soit là, à Koh-Koh-Lanta, bref leur fond de commerce est l'émotion grasse, qui dure et repasse, avec les commentaires qu'il faut au cas où on n'aurait pas compris. C'est pas vraiment de la dentelle...

    Mais je n'exclus pas que cela serve de révélateur à certaines personnes.

    S'ils étaient venu chez moi quand j'étais gamins, ils auraient été bien déçus. Je me souviens d'une anecdote, un jour où j'avais fait une bêtise je pense, je ne me souviens plus la raison. Ma mère a demandé à mon père de m'emmener à la cave pour me donner du ceinturon. Je pense qu'ils avaient monté cela ensemble. A la cave, mon père m'a dit en souriant: "Allez, crie un peu comme si je te corrigeais, comme ça tout le monde croira que c'est vrai!". Bon, il m'apprenait à mentir, c'est pô bien ça. Mais il ne m'a jamais battu, pas besoin de ça.

    Kom kôa, la "loi" savait aussi s'humaniser.

  • Bonjour pascale

    "Ah ben si Aldo il a dit, c'est que c'est vrai, hein? "

    et alors ça te dérange. pour une fois qu'on a qu'elqu'un de lucide et réaliste
    qui fait prendre conscience de dérives dans le domaine de l'éducation.
    le grand frére remplace le pére symboliquement abscent, et ta grande soeur elle remplace ausii le pére !!!!

  • Je dois reconnaitre que j'aurais bien aimé avoir un papa autoritaire pour mes enfants car moi perso...suis sans cesse dans la négociation!
    Mais hélas et là c un fait bien établi les parents divorcés ont un comportement différent et la papa qui n'a pas ses enfants tous les jours avec lui rechigne souvent à ce rôle où l'autorité est de mise car je pense qu'il se sent mal à l'aise et préfère profiter des enfants en leur passant plus de choses que s'il ne vivaient avec eux. C'est difficile pour un papa de trouver sa place dans un divorce. J'en ai pleine conscience et je m'efforce réellement de montrer à mon ex que sa place est réelle et indiscutable dans l'éducation de nos enfants.
    Eh mais j'aime bien Kho Lanta moi....sauf quand les candidats mangent des vers vivants et pire encore des yeux de poisson!! J'aime bien le discours toujours en nuance de HL

  • Bonjour Vali

    merçi pour ce post dessus, je le trouve très lucide et honnête.

    très bonne journée à toi.

  • @ vali:

    Oui gros problème chez les parents séparés ou divorcés. On ne peut demander à la mère, qui a le plus souvent l'hébergement, de jouer tous les rôles, c'est bien trop lourds. D'où le nécessaire dialogue entre les parents après séparation, la place laissée au père, et plus de temps entre le père et ses enfants que le strict minimum légal.

    Je dois dire que je rencontre beaucoup de mères qui ont cette intelligence de préserver les enfants et le lien avec le père - elles y sont parfois plus attentives que les pères eux-mêmes, qui perdent leurs marques dans une séparation et comme vous le dites, n'osent plus être éducateurs mais seulement papas gâteaux.

    Pour Koh-Lanta, ça va, je vous pardonne... (je blague...).

  • Bonjour hommelibre

    "Oui gros problème chez les parents séparés ou divorcés. On ne peut demander à la mère, qui a le plus souvent l'hébergement, de jouer tous les rôles, c'est bien trop lourd"

    c'est très bien qu'il y ai un très bon dialogue aprés la séparation, mais ça n'empêche pas quelle doivent maintenant jouer les deux rôles, j'usqu'a ce quelle ai retrouvée un nouveau compagnon et que l'autorité de proximité sera désormais le sien, si possible avec l'accord du pére devant l'enfant.

    "Extrait du livre d’Aldo Naouri les pères et les mères, passé au logiciel de reconnaissance de texte ABBYY

    Retour au père
    La définition que je viens d'élaborer du père fonctionnel permet de comprendre encore mieux le caractère négli¬geable du géniteur et du père social face à lui. Elle permet aussi de comprendre comment et combien les « beaux-pères » - auxquels il est regrettable que notre droit ne confère en général aucun statut - peuvent parfois apporter aux enfants de leur compagne le complément de paternité qui leur a manqué du fait de la dissension du couple qui leur a donné naissance. Un cas clinique, particulièrement édifiant, permet de le comprendre.
    De quel côté situer la délinquance ?
    Je soignais depuis quelques années déjà la dernière enfant d'une mère psychanalyste qui avait déjà des jumeaux d'une précédente union quand elle m'a parlé d'eux juste¬ment. Ils avaient une quinzaine d'années, ils étaient en troisième, et elle se faisait du souci parce que leurs résul¬tats scolaires avaient chuté et qu'ils avaient été repérés comme dealers de haschich. Elle s'en était ouverte à son analyste contrôleur qui avait conseillé un confrère dont les enfants n'avaient tout simplement pas voulu entendre parler en déclarant que « la psychanalyse, ras-le-bol, on en a assez comme ça à la maison ». Elle me proposait de me les conduire au motif de rappels de vaccins à prati¬quer. Il y avait en effet des rappels à faire. Mais, compte
    tenu de la manière dont les choses avaient été présentées, j'ai accepté de les recevoir pour les vaccins sans m!engager plus loin. Je ne m'attendais pas à la fascina¬tion que j'allais éprouver pour eux. Ils ont dû la percevoir parce qu'ils m'ont investi autant que je l'avais fait d'eux. La séance de vaccination a d'ailleurs été déterminante à cet égard, et les adolescents ont accepté de se prêter au jeu d'échanges informels que nous avons dès lors instauré, en présence de leur mère, à raison d'une fois tous les quinze jours. L'expérience me plaisait d'autant plus que je prenais un réel plaisir à voir ces vrais jumeaux, difficiles à distinguer l'un de l'autre, se renvoyer la balle à leur guise en profitant de leur incomparable complicité et de la fiabilité peu ordinaire de leur communication. Ils se réjouissaient de déjouer ma stratégie, que je rendais à des¬sein plus grossière et plus repérable encore. Ils ont fini par m'avoir à la bonne et par manifester un réel plaisir à nos rencontres tout en déniant aussi bien la délinquance dont les accusait leur mère que le caractère préoccupant de leurs performances scolaires. C'était toujours la mère qui ouvrait la séance par une plainte dont nous analy¬sions aussi bien le bien-fondé que la pertinence. Un jour, environ trois mois après le début de notre travail, ce fut un avertissement du conseil de discipline qui vint sur le tapis. La mère, soucieuse de montrer combien elle était consciente de ses devoirs, me déclara avoir aussitôt averti leur père de la gravité de la situation. J'entendis alors l'un des deux, que j'avais repéré comme le plus audacieux, lui rétorquer que ce n'était pas la première fois qu'ils ten¬taient de lui faire entendre qu'ils n'avaient que faire de l'opinion ou des réactions de leur père. Et il ajouta : « Qu'est-ce que tu crois, qu'il nous fait peur, papa ? Nous, on adore le voir, et lui aussi d'ailleurs ! On se régale avec lui, on prend notre pied ! Il n'est pas comme toi, lui. C'est pas à la pizzeria du coin qu'il nous emmène. Il connaît plein de restaus chouettes et il nous apprend à apprécier le bon vin. On s'en met plein la panse ! Bon, à un moment, il place bien le couplet que tu lui as soufflé. Mais, lui comme nous, on sait à quoi s'en tenir. Tu


    comprends pas, Huguette (ils appelaient toujours leur
    mère par son prénom, ce qui donnait parfois à leurs
    propos un curieux ton protecteur), nous, ce que peut
    nous dire papa, on s'en fiche ! Ce qui compte pour nous, '
    c'est ce que pourrait dire Gabriel ! » (C'était le prénom du
    nouveau compagnon de la mère.) J'ai alors vu bondir et
    hurler cette femme comme je n'aurais jamais imaginé
    qu'elle aurait pu le faire. Elle ne cessait pas de marteler :
    « Votre père est votre père, Gabriel n'est pas votre père ! » I
    Puis, des sanglots ont vite entrecoupé ses propos avant
    qu'elle ne s'effondre alors que le second jumeau, qui
    n'avait pas encore ouvert la bouche, lui répétait d'une
    voix douce et presque mot à mot ce que lui avait dit son
    frère. J'intervins à mon tour pour lui demander
    d'entendre ce qui lui était dit. C'est alors à moi qu'elle
    s'en prit. Au point que je dus moi-même hausser le ton et
    lui déclarer que je la prenais en flagrant délit de refus de
    la solution au problème qui avait motivé sa démarche. Ce
    furent de longues minutes d'un débat violent et houleux
    dont je ne voyais pas l'issue. Elle a quand même fini par >
    se calmer. Elle accepta alors ma proposition de rapporter
    à Gabriel le contenu de la consultation et de me dire la
    réponse qu'il entendait donner à la demande de ses j
    beaux-enfants. A la séance suivante, ils furent quatre à
    venir. Gabriel posa les conditions de son entrée en jeu
    dans la vie des jumeaux, conditions que ces derniers
    acceptèrent sans la moindre difficulté. Les troubles dispa- '
    rurent assez vite. Les garçons devinrent brillants. Ils
    firent de belles études, et j'eus le bonheur de les voir
    l'un et l'autre me conduire leurs propres enfants.
    Je n'ai jamais cherché à approfondir le motif qui avait j
    valu à la mère de se faire sourde à la demande de ses
    jumeaux. Etait-ce en raison d'une confusion d'origine
    sémantique, dont elle était avertie mieux que quiconque,
    sur la place et le rôle dévolus au géniteur de ses jumeaux,
    ou bien avait-elle cherché, en laissant Gabriel de côté, à
    rester seule maîtresse d'un jeu pour lequel ses jumeaux
    pensaient qu'elle n'avait pas la stature ? Auraient-ils
    « délinqué », eux, pour dénoncer son comportement lui-même guère éloigné de la délinquance ?
    Ce que je viens de décrire et d'illustrer permet de com¬prendre pourquoi nos semblables sont moins fous qu'on ne pourrait le craindre. Il peut, en effet, « y avoir du père » même en l'absence totale du personnage : la fonction paternelle s'avérant atomisable et pouvant être exercée simultanément ou à des moments différents par quantité d'instances ou de personnages. Est en effet de l'ordre de la fonction paternelle - et en produit l'effet - tout ce qui, de quelque manière que ce soit, est perçu par l'enfant comme limitant le pouvoir qu'il est porté spontanément à attribuer à sa mère. Combien fréquemment n'ai-je pas vu, dans les familles recomposées, l'excellent effet sur les enfants d'une entente sur leur éducation entre le père et le nouveau com¬pagnon de la mère - ce qui implique que soient dépassées les susceptibilités narcissiques.
    On peut vérifier au demeurant ce type de préoccupation en faisant retour aux systèmes de parenté. Un tel détour permet de comprendre la manière dont les différentes sociétés, à la surface du globe, se sont évertuées à trouver des règles de gestion pour ces différents pouvoirs. Il suffi¬rait, pour n'en reprendre qu'un ou deux exemples, de mentionner le système hawaïen qui, dans le souci de pré¬server l'enfant de la confrontation interparentale, l'invite à nommer « mère » toutes les femmes des lignées de sa génitrice et de son géniteur, et « père » tous les hommes des mêmes lignées, ou bien le système iroquois qui l'invite à nommer « mère » toutes les femmes de la lignée de sa génitrice, et « père » tous les hommes de la lignée de son géniteur."

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