Une autre humanité? La Grande palabre

Dans mon précédent billet, j’étais resté au constat que le monde actuel est un peu stone, sans vision de nature à soulever l’enthousiasme. Que peu de choses actuellement motivent à changer le monde ou se changer soi-même. Or je pense que l’enthousiasme est un moteur fondamental pour réaliser de grandes choses, alors que les imposer par la loi, la doctrine ou la peur créent trop de résistances pour être «rentables».

beau4.jpgDans cette seconde partie je laisse aller mon esprit vers mes rêves, car je pense que l’on ne doit pas baisser les bras devant le monde.

D’abord, changer le monde ou soi-même est loin d’être simple ni même réaliste. Mais on peut changer son état d’esprit ou la mentalité d’une époque, ou un comportement. Il s’agit de trouver ce qui dynamise, retrouver le désir et l’enthousiasme qui réveillent le moteur individuel et donnent des ailes. Mais soyons raisonnables: ne pas envisager de tout changer, et surtout pas tout à la fois. Il y a des choses utiles dans le passé comme il y a des avancées récentes importantes, et cela peut être préservé.

Dans mon rêve je vois bien les humains se mettre à communiquer plus et plus vrai. Cela commence par une grande mise à plat. Tous les sujets peuvent être abordés. Les relations humaines, le travail, l’éducation, le vivre ensemble, les relations hommes-femmes, le parler de soi, et bien d’autres encore. Pas de clivage politique: tout avis est examiné sans en faire une cause personnelle, et on creuse jusqu’au bout.

L’idée est que chacun exprime ce qu’il désire au fond de lui, ce qui est beau, précieux, important à ses yeux, et comment il perçoit le monde. Personne n’aura raison ou tort: on pose les idées, les désirs, les valeurs, les ressentis, en vrac, dans l’ordre qui se crée naturellement. Pas de jugement, pas de comparaisons, pas de dénigrement ou d’attaques. Par contre chacun peut réagir et chaque réaction peut aider à identifier ce dont on est fait et éventuellement ensuite trier ce qu’on  garde et ce qu'on ne  laisse plus vivre en soi. La communication est libre et joyeuse, pleine d’écoute et de rebondissements.
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Dans une deuxième étape ou peut revisiter nos origines: la sagesse, les religions - hors des structures existantes pour que chacun se sente libre de contribuer au débat, les philosophies, l’histoire, afin de voir ce voir ce qui semble utile de garder tant pour la compréhension de nous-mêmes que pour refonder des valeurs communes, et il y en a d'anciennes qui peuvent rester d’actualité.

Ensuite vient une synthèse pour définir ce qui est commun: valeurs, modes de fonctionnement. Cette étape est importante pour ancrer des références collectives. Mais cet ancrage ne signifie pas fixité ou rigidité, ni immuablité: les discussions pourront en tous temps reprendre sur n’importe quel thème.

L’étape suivante est la pratique personnelle des éléments retenus en communs: valeurs, modes relationnels, comportements, etc. Chacun-e peut bien sûr continuer à explorer par soi-même ou avec d’autres des points qui sont plus personnels.

Enfin on passe à une intégration de ces données dans l’organisation du monde: politique, économie, travail, environnement, etc.

Palabre.jpgL’idée est que si une nouvelle attitude doit se développer dans l’humanité, elle vienne des gens eux-mêmes, de chacun, par une sorte de Grande palabre, et que ce soit librement et avec enthousiasme. Les spécialistes - scientifiques, médecins, philosophes, politiques, etc - seront mis à contribution pour leurs compétences, mais pas au-dessus des citoyens. La mise à plat commencera donc par des discussions en groupes où l’échange est authentique, sans privilège de statut, de religion, de richesse, etc. L’expérience de chacun est entendue et respectée. Il n’y a pas de chef, pas d’esprit de domination dans ces groupes. Tout au plus des coordinateurs temporaires. Mais chacun pourra s’essayer selon ses compétences, ou en développer de nouvelles. Il faudra aussi réfléchir à l’articulation entre l’individu et le collectif, le petit groupe et la collectivité, le local et l’industriel. Par exemple, il faut produire en nombre pour que les ordinateurs soient abordables, donc on ne peut se contenter de vivre à petite échelle.

Des groupes peuvent se former par proximité géographique ou par affinités, ou par thèmes. Mais il me semble important de ne pas trop spécialiser ces groupes, donc attention aux groupes par thèmes.

Ensuite des échanges se font entre différents groupes, par permutation de personnes ou par les moyens technologiques par exemple. L'émulation est bienvenue.
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Une chose me paraît aussi importante: organiser des fêtes non consuméristes, assez fréquentes, où chacun-e apporte ses talents et les partage: musique, danse, théâtre, etc. La fête est une catharsis des tensions autant qu’un moment de partage sur un mode bienveillant.

L’objectif de tout cela est de retrouver une perspective, une vision d’avenir, des buts communs susceptibles d’alimenter le désir et l’enthousiasme des individus. Les choix de société ne se font plus par contrainte mais par plaisir et sur un mode raisonnable et réfléchi, dépassant l’égoïsme et la fixation sur les habitudes et le connu. Il y a des choses bien qui se passent déjà dans la société, elles ne seront pas rejetées, mais réétudiées pour que chacun puisse les reprendre à son compte. Le «toujours plus» consumériste ou de pouvoir sera peu à peu remplacé par un toujours plus de vrai, de communiquant.

Deux mots en synthèse: réveiller l’enthousiasme.


PS: Pour les otages suisse de Kadhafi, l’enthousiasme ne doit pas être à l’ordre du jour. Retenu depuis 15 mois déjà, et placés en un lieu inconnu depuis un mois.

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Commentaires

  • Votre titre me fait penser aux cases à palabres que l'on peut trouver dans certaines sociétés d'Afrique, comme les dogons du Mali. Il s'agit d'une construction très basse de plafond histoire d'élever la hauteur des débats: le guide nous avait en effet expliqué que le manque de hauteur apprenait aux gens à moins s'énerver, celui qui se dressait sur ses gonds se prenant une belle bosse...

    ;-)

  • Oui, j'ai vécu la palabre sous un grand arbre en Afrique, et j'ai trouvé que c'était une forme très utile et intelligente de mettre les choses à plat, de parler de tout, de trouver ou retrouver les valeurs communes. Je crois qu'ici on ne parle plus assez vraiment, ou de manière très morcelée, et aucune synthèse ne se dégage hors de cercles inaccessibles à l'ensemble des citoyens. Beaucoup de défensive, peu d'enthousiasme partagé.

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