Pourquoi les chansons tristes sont-elles si belles?

Il y a, comme ça, quelque part en nous, un espace entre chien et loup, entre gris et bleu, entre brume et rivière, ou encore autrement, chacun ses images, quoique celles-ci soient souvent évoquées.

soir d'été.jpgUn espace languissant, tranquille comme un chien qui dort, qui dort pendant des heures, des jours, sans gémir, qu’on ne voit même plus, fondu dans le paysage, sous le canapé, derrière la porte de la chambre. Ou ailleurs encore qu’il est impossible de nommer.

Un quelque chose d’infiltré dans nos veines, mêlé au sang, enroulé dans les cavernes du coeur, glissant le long des axones, quelque chose d’oublié depuis les temps et les nuits de la Terre, quand les premiers être vivant sentirent la douleur, l’abandon, la mort.

Quelque chose bien abrité de nos fêtes et de nos danses, de nos mariages et de leurs rires, de toute volonté d’être, d’être unique, grand, fort, comme dans le rêve d’un enfant.

Quelque chose qui parfois frôle, caresse, puis se déploie, gonfle, embrasse et mouille les lueurs que le ciel avait déposé dans nos matins clairs.
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Les chansons tristes sont comme des vagues d’une beauté oubliée, perdue, retrouvée même sans raison, même en l’absence de toute blessure nouvelle, comme le rappel de cette lancinante absence, suspecte absence de toute blessure nouvelle.

Echo d’anciennes séparations, de malentendus inexorablement consommés, à la fois douloureux et apaisant.

Les chansons tristes sont belles même quand tout va bien. Belles comme le sentiment inverse dont elles sont le signe paradoxal.

Belles comme ce jour, jour d’été 2009, alors que le soleil brûle, que les cigales rythment en polyphonie, alors que tout est paisible, alors que tout va bien, que le rosé est sur la table et que le temps s’est arrêté au bord de l’extase, dans le silence, dans ce silence où monte doucement cette chanson d’Anathema.


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PS: Les otages suisses? Le sable du désert de Libye est mouillé de leurs larmes, pendant que Kadhafi rit de son rictus pathologique...

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Catégories : Art et culture 5 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Il y a aussi des belles chansons qui sont connes.Comme celle en hommage au criminel Ché Guevara.

    D.J

  • Billet un brin décousu.

    Mais vos p.s qui font le lien entre vos billets et les 2 otages sont de petits bijoux.

    Bravo

    (o_~)

  • Loredana, merci Content d'avoir un retour sur ces PS.

    Pour le billet, c'est voulu, envie de passer par un chemin moins logique. Je l'ai préparé cet été, et je cherchais juste des touches, une petite exploration, comment suggérer la tristesse sans que ce soit triste. Mais si cela ne passe pas, mon exercice n'est pas réussi.

    Bien à vous.

    =|=/

  • Le silence d'une chanson triste serait si grand et si beau pour rêver d'une libération sans tapage, sans média, sans rien du tout. Juste une caravane de chameaux et deux silhouettes qui s'en détachent pour revenir au pays comme deux voyageurs qui ont vécu un cauchemar au pays des mirages. Hélas, la tentation de la sensation, le sensationnel de la presse de boulevard détruira toujours ce silence et empêchera à nos deux voyageurs de rêver à nouveau de liberté et de bonheur. Petit Prince, elle est où ta planète? Mais pourquoi je ne suis pas à la place de nos deux voyageurs disparus?

  • Pachakmac, je lis votre commentaire à deux niveau en même temps. Celui des otages, là-bas, et l'attente de leur retour. Celui, plus personnel, de l'exil intérieur et du retour à la maison de l'être, dans le silence et l'espace du désert, voyageurs en quête de l'intime de soi...

    Je voulais poster un comm sous votre billet il y a 2-3 jours, mais deux autres commentaires étaient présents, acides, perçant le tympan des yeux, et j'ai préféré attendre. J'y reviendrai peut-être.

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