03 octobre 2009

Parité: une vraiment fausse bonne idée

Le débat sur la parité occupe nombre de médias, et c’est une bonne chose. Au-delà de son apparence utile pour réaliser une forme d’égalité numérique en politique (entre autres), une analyse moins soumise à la pensée dominante en révèle les désavantages psychologiques et sociétaux.


EGALITE.jpgDans mon précédent billet, de longs et intéressants développements ont eu lieu sur la base d’une étude concernant la prise de risques financiers par les hommes et les femmes. J’ai ajouté hier un commentaire que je souhaite reprendre aujourd’hui en billet à part entière.

Valérie Cuenca exprimait la semaine dernière son opposition à la parité qu’ielle considère comme une solution pour espèce en péril.

Pour ma part, j’ai déjà exprimé l’aspect condescendant et paternaliste de cette parité (voire des quotas) envers les femmes considérées comme dans l’impossibilité de se faire élire en nombre: il faudrait une astuce légale pour qu’enfin elles trouvent des places en politique.

Outre le fait qu’elles gagneraient des places sans avoir forcément fait preuve du talent et de la combattivité nécessaire (un peu comme un homme pourrait être propulsé au sommet d’un parti par des circonstances ne dépendant pas de ses véritables qualités personnelles), on voudrait forcer les femmes à faire à tout prix de la politique, comme si cet objectif pouvait être un signe d’une émancipation et/ou d’une égalité - en l’occurrence abstraite et forcée.

Imaginons de forcer plus ou moins des hommes à devenir puériculteurs pour réaliser une égalité numérique dans ce métier. Imaginons aussi une représentation numériquement égalitaire dans les professions de l’enseignement primaire ou des métiers touchant à la santé, deux domaines où les femmes sont numériquement dominantes. On entre de plus en plus dans une forme d’Etat dirigiste à la façon de Madame Calmy-Rey rejetant des étudiants ambassadeurs doués au nom de l'égtalité numérique. Non merci.

D’ailleurs les revendications des femmes qui soutiennent la parité ne s’appliquent pas à ces professions, mais essentiellement à la politique et aux postes de pouvoir.
égalité_H_F.jpg
Au fond, le féminisme vu sous cet angle serait - quelle que soit sa légitimité originelle que j'ai soutenue - devenu un simple argument électoral. Votez pour des femmes parce qu’elles sont femmes et donc minorité opprimée.

Ce à quoi il faudrait répondre: on ne vote pas pour un genre, mais pour une personne. Que les candidates prennent leur responsabilité individuelle, plutôt que de s'appuyer sur un genre et sur l'ensemble des femmes. Tant qu'elles s'appuient sur leur genre, cela signifie pour moi qu'elles n'ont pas la capacité ou le courage de prendre leur responsabilité d'humaine et d'individu. Quand je vote pour un homme ou une femme, je vote pour eux précisément et non pour l'ensemble des hommes et des femmes.

La parité est peut-être une forme de racisme déguisé: votez pour un genre, et non plus pour une personne ou un programme précis, parce que ce genre est défini comme un groupe séparé de l'autre genre, avec à la clé des arguments comme "Elles préservent mieux la paix, font de la politique plus humainement". Cette supposée supériorité n'est-elle pas une forme de racisme?

Pourquoi ne pas reconnaître que les femmes de pouvoir sont une minorité, comme les hommes, et que s'appuyer sur l'ensemble des femmes pour justifier son propre désir d'une place de pouvoir est juste un argument de nature à frustrer toutes celles - majoritaires - qui n'y accéderont jamais?

Pourquoi vendre du vent à une majorité de femmes et augmenter leur souffrance, quand les hommes eux-mêmes sont majoritairement si loin du modèle dominant décrit par les mouvances féministes?

Pourquoi ne pas admettre que sous couvert de féminisme c'est l'ambition d'une minorité de femmes qui s'exprime en utilisant les autres comme un escabeau? Pourquoi ne pas dire: Je veux cette place pour moi (ce qui ne me choquerait pas) plutôt que de dire: Je veux cette place pour moi au nom de toutes les femmes (communautarisme à la Ségolène Royal)?

egalité 2.jpgJe n'ai pas l'intention de voter pour "les" femmes - ni contre, pas plus que pour "les hommes", mais pour des individus qui prennent leurs responsabilités.

J'élimine donc d'emblée toutes les femmes qui se réclament du féminisme et de la parité, pire: je serais prêt à les biffer!!! J'apprends vite, des femmes en donnent l'exemple. On ne vote pas pour un genre (et donc, d’une certaine manière contre l’autre tant certaines positions féministes relèvent de la rivalité).

Et j'ajoute que j'ai la même attitude vis-à-vis d'hommes qui se réclameraient de leur genre pour être élus. Et que pour ma part j’attends des élus qu’ils fonctionnent pour le bien de la communauté et non pour leur genre. Et enfin que l’égalité est un concept philosophique qui détermine nos sociétés depuis des siècles, auquel une majorité d’hommes adhèrent, et que sa traduction numérique ne garantit pas son respect dans les relations humaines.

 

Une pensée pour nos otages en Libye qui doivent se poser des questions sur le droit et la justce dans la cache où le régime les maintient prisonniers...

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09:01 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : parité, égalité, élections grand conseil, hommes, femmes, féminisme, genève | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Je souscris entièrement ... Je suis pour une société dans laquelle l'individu est d'abord individu avant d'être pris en charge par et mis sous tutelle de n'importe quelle construction sociéto-politique.

Écrit par : benpal | 03 octobre 2009

"Imaginons aussi une représentation numériquement égalitaire dans les professions de l’enseignement primaire ou des métiers touchant à la santé, deux domaines où les femmes sont numériquement dominantes."

Je sais que vous ne partagez pas ce point de vue, tout comme il y a des féministes qui ne sont pas pour la parité, ce qui ne vous empêche pas de les mettre, grosso modo, toutes dans le même panier à jeter aux ortilles ("J'élimine donc d'emblée toutes les femmes qui se réclament du féminisme") et de leur accoler d'emblée une pensée différentialiste-suprématiste ("Elles préservent mieux la paix, font de la politique plus humainement"), mais comme tout le monde ne le sait pas, et toujours de manière à replacer l'Eglise au milieu du village:

Il existe tout un courant dans les milieux "hoministes" (surtout actif au québec si je ne m'abuse) pour dénoncer cette majorité de femmes dans les milieux scolaires, y attribuant, à tort ou à raison, le plus fort taux d'échec scolaire des garçons.

On peut dès lors faire comme les médias, et comme vous d'une certaine manière("Au fond, le féminisme vu sous cet angle serait - quelle que soit sa légitimité originelle que j'ai soutenue - devenu un simple argument électoral.) et sur-parler de la parité en ce que l'on sait qu'il s'agit d'un des sujets les plus controversé, y compris dans les rangs féministes, pour mieux créer ce rejet des féminismes, et des féministes, qui n'en avait pourtant pas besoin.

Mais je reste très étonnée:

Si les hormones nous détermine tellement qu'elles nous donne le goût de certaines choses, et pas d'autres, s'il faut croire que les stéréotypes ne sont pas que des stéréotypes mais aussi peut-être l'expression d'un archétype naturel beaucoup plus ancien (je reprends, en espérant ne pas la distordre, une formulation que vous appréciez bien), pourquoi le croirait-on lorsqu'il s'agit d'expliquer pourquoi les femmes ne font pas carrière, mais serait à jeter comment argument de la nécessité des femmes en tant que politique?

Vous savez très bien que je réfute toute explication biologisante du social, et que le fait que je soutiens certaines propositions paritaires se focalise sur des raisons sociales, mais je continue à avoir de la peine à comprendre votre approbation de la biologie lorsqu'il s'agit d'expliquer (moi je dirais plutôt "légitimer") les inégalités et votre rejet massif lorsqu'il s'agit de de les dénoncer. Ca reste vraiment quelque chose de très étonnant pour moi et que, malgré toutes vos explications, je continue à trouver pour le moins "paradoxal".

Écrit par : Audrey | 03 octobre 2009

D'accord avec toi, hommelibre, sauf, une fois de plus, l'association faite par toi entre paritarisme et féminisme. Outre que maintes féministes sont antiparitaristes, je ne vois pas le rapport. La parité est du sexisme, tout simplement.

Attention à ta phrase : "Imaginons aussi une représentation numériquement égalitaire dans les professions de l’enseignement primaire ou des métiers touchant à la santé, etc...". D'accord, il ne faut pas agir par la contrainte dans ce domaine, par contre des campagnes de valorisation de ces métiers à l'égard des jeunes hommes seraient les bienvenues. Hélas, il n'y a de campagnes que pour inciter les femmes à faire des sciences ou du bâtiment...

Écrit par : Antisthène | 03 octobre 2009

Audrey, j'y reviens demain, je n'ai plus de wifi le soir pour le moment (sauf dans la rue...). Va falloir que je remédie à cela si je veux poursuivre nos débats.

Bonne soirée.

Écrit par : hommelibre | 03 octobre 2009

"je n'ai plus de wifi le soir..." Pourquoi ? Le voisin arrête son wifi quand il se couche ?

Écrit par : benpal | 04 octobre 2009

@ benpal: il a mis un code... Bon je vais devoir souscrire moi-même!

Écrit par : hommelibre | 05 octobre 2009

Dommage, on ne peut même plus compter sur ses voisins. Quel égoiste ! ;-)

Écrit par : benpal | 05 octobre 2009

Hé non... Bon ça fera 15 jours d'attente pou reprendre les débats en soirée. Crotte alors!

Écrit par : hommelibre | 05 octobre 2009

L'égalité n'intéresse pas les féministes quand ce sont les hommes qui la réclament.

A partir de là, tout le reste se comprend.

Écrit par : Yann Takvorian | 11 octobre 2009

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