Les affiches des votations du 27 (première partie)

Aujourd’hui, début de l'analyse de 4 premières affiches concernant les votations du 27 septembre. Pas d’avis politique: l’analyse est uniquement visuelle et textuelle. Cliquer sur les affiches pour les agrandir.

Photo005.jpgAffiche Radicale. Visuellement attractive. Les couleurs choisies ne sont pas habituelles en politique, le bleu étant légèrement teinté de turquoise. Impression de fonds marins, fascination du rêve. L’objectif semble de toucher autre chose que le l’hémisphère cérébral gauche, rationnel.

Ecriture simple, claire, classique: désir de clarté, mais sans fantaisie ni personnalité. Blanc sur bleu, c’est toujours osé, mais cela le fait. Objectif: le message, rien que le message.

Le mot choisi, «punir», est le centre du message. Mot fort et menaçant. On sait que la menace est très prégnante dans le subconscient: on est puni par Dieu pour avoir pêché, puni par les parents pour avoir désobéi, puni par la maîtresse d’école. Etre puni comporte un peu de honte et un risque de torture. Associer «punir» et «travailler»  semble évident à première lecture. Pourtant ceux qui travaillent, étant jusque là punis (puisqu’il faut arrêter de le faire), sont donc placés dans un rôle d’enfants, de dominés, de soumis, d’inférieurs. Question: qui aime se sentir ou se faire traiter d’inférieur?

 

Photo001.jpgAffiche libérale. Très visuelle. Le message est capté en une fraction de seconde: 10 fois oui. Pas besoin de plus, on sait ce qu’on veut, on ne discute même pas. L’aspect «bulle» de BD met un soupçon de dynamisme dans cette affirmation péremptoire, comme si au fond on craignait un peu la force de sa propre affirmation. Mais qui dit oui? La flèche de la bulle pointe vers nulle part. C’est donc personne. Le rose se veut adouci: imaginez le même texte sur une bulle noire: repoussant. Le rose est un stéréotype féminin, donc séduction, appel du pied. L’invisible près de la flèche de la bulle est peut-être en talons aiguilles, fardée, sac à la main et nombril à l’air, genre «Tu viens chéri?». Ah, les stéréotypes cachés...

Ecriture: massive, lourde, très visuelle. Du masculin, il faut quand-même montrer qu’on en a.

Message: «Ne pensez pas, dites oui». Pas d’argument. Ou bien on pense que les votants ont lu et compris les documents officiels (...), ou bien on les prend par la main sans leur demander de réfléchir.

 

Photo006.jpgAffiche écologiste. Les Verts font dans le vert. Redoublement du message. Efficace et simpliste, mais  pourquoi pas: une campagne n’est pas une discussion de Sartre au Café de Flore. Difficile de la rater. Si la précédente est simple et claire, ici c’est la surenchère de non-pensé. Quand verra-t-on les Verts mettre un fond rouge, jaune, ocre? On aurait le sentiment qu’ils sont moins monolithiques...

Ecriture: Boum-boum-boum-boum-boum... La grosse Bertha. Les écolos sont loin du sens des nuances que la complexité des écosystèmes suggère. Mais enfin, en politique les vieilles recettes font plus que la supposée innovation des idées. Du gros, du gras, du lourd. Cela me fait penser à Robert Cramer. En plus moderne quand-même...

Le message: que veulent-ils dire? Respirez - votez, respirez - bougez, buvez - éliminez, etc. C’est une pub pour Vittel? L’impératif: c’est un ordre. On s’éloigne encore plus de la complexité et de l’écoute du monde. O-bé-i-ssez! (Sous-entendu: obéissez-moi - élémentaire mon cher Watson). Après un moment je me dis que c’est une affiche exclusivement tournée contre la fumée. Pourtant, en tout petit, ce n’est qu’une des trois recommandations. Mais le promeneur restera-t-il assez longtemps devant l’affiche pour dépasser la saturation de l’ordre gras des écolos?



Photo003.jpgAffiche Unia. Le rouge dominant indique d’emblée l’appartenance forte à gauche. Le contraste avec le bleu fait ciller les yeux; effet optique attractif et dangereux: il fatigue vite. Mais bon, il faut bien un peu de ciel bleu au-dessus du sang du peuple broyé. Lipp en si gros: si on ne sait pas de quoi il s’agit on penserait à une réfection de la célèbre brasserie refusée par référendum.

L’écriture: pas d’état d’âme, du clair et du solide. Pas de tentative de faire passer un message subliminal.

Le message: c’est la première affiche qui explicite l’enjeu: Non à la suppression du rabais d’impôt. Donc si l’on dit oui, on paiera plus d’impôts puisque pas de rabais. Mais est-ce bien vrai? Je n’ai pas encore vérifié.

A suivre.

 

 

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Catégories : Politique 11 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Lollll EXCELLENTE interprétation!

    J'ai voté OUI sans voir ces affiches, comme quoi.....

  • Le mieux dans ses votations se retrouve encore au niveau fédéral avec la question de la suppression de l'initiative populaire générale. Non seulement il faut déjà s'accrocher pour se rappeler ce que cette initiative était (d'autant plus lorsque l'on avait pas encore le droit de vote à l'époque), mais on assiste dans la brochure "explicative" à un formidable tour autour du pot. En gros, ce n'est pas applicable parce que c'est trop compliqué, logique implacable effectivement :-) Si quelqu'un a compris pourquoi (je ne vois aucune raison claire de donnée) je suis preneuse. Je trouve malgré tout très léger de demander au souverain de revenir sur ses décisions avec une explication aussi courte.

    Dans un tout autre registre, je suis étonnée de ne pas vous avoir encore entendu (lu) sur la nouvelle émission régionale de la TSR et sa stupéfiante rubrique intitulée "Femme de..." (dans le sens "d'épouse de" pour ceux qui n'auraient pas encore découvert cet ovni télévisuel, qui aurait pu être avant-gardiste, disons il y a quarante-cinq ans)

  • ..§...
    .-.-.
    o.¦.o
    ..o..

    Le mieux dans "ces" votations évidemment. Le smile a l'air de "tirer un peu la gueule" comme on dit, le but était évidemment de montrer qu'il rougit!

  • Bonjour Audrey,

    Ce n'est pas rare de voir dans les brochures explicatives des votations un discours parfois compliqué. Il faut dire que certains objets le sont, compliqués, en tous cas pour les faire passer dans le public.

    Je n'ai pas encore vu cette émission "Femme de...". Et je ne trouve rien sous ce nom sur le site de la TSR. Quand passe-t-elle?

    Avec moi il faudrait plutôt faire une émission "Fan de...": fan de Hélène Grimaud, de Laure Manaudou, de Halle Berry, de Whitney Toyloy, de Simone Weil, et de bien d'autres!

    Pour le smiley, vous innovez Audrey: le smiley qui rougit... vous y ajoutez la couleur! Attention: c'est Loredana qui détient la palme d'or du smiley pour l'ensemble de son oeuvre.

  • Puisque l'on parle d'affiches, ce qu'il y a de sûr c'est que contrairement à ce que raconte Stauffer dans son blog du jour, l'idée de coller des affichettes un peu n'importe où est bien une idée assez typique du MCG. L'un de ses députés ne s'est-il pas fait virer de l'UDC, dont il était le secrétaire genevois à l'époque, pour avoir collé des affichettes jugées racistes sur les vitrines de ce parti ?

  • En fait ce n'est pas une émission, mais une rubrique officielle de la nouvelle formule du magazine de régions qui passe la semaine à 19h, juste avant le téléjournal. Le concept en est de présenter l'épouse d'un homme public, la vision qu'elle a de son mari et ses activités à elle.

    Disons que même dans une optique unisexe (femme et mari de...) cette rubrique m'aurait déplu. Personnellement je me fiche des activités de M. Romaine Jean ou de M. Micheline Calmy-Rey tout autant que celles de Mme. Oskar Freysinger, d'autant qu'en Suisse on échappait encore un peu au peoplisme politique et le bling bling qui l'entoure. Le fait est que la TSR ne l'a même pas pensé dans une optique unisexe. Sexisme envers les femmes ou les hommes? Peut-être un peu des deux, avec d'un côté des femmes qui ne sont présentées qu'en tant qu'elles sont l'épouses d'untel, et des compagnons de femmes publiques qui n'ont pas le droit au même "honneur".

    Je n'en ai regardé qu'une, pour me faire une idée sommaire avant de critiquer. Je ne connaissais même pas le Monsieur pour tout dire mais j'ai retenu quelques bribes:

    -première séquence M. essaye d'aider Mme. à cuisiner, mais on souligne que ce n'est pas son fort. "Chacun son monde", le mot n'est pas dit, mais l'idée y est bien présente.
    -Deuxième séquence, on demande à Mme ce qu'elle pense de son mari, elle dit en être très fière, que beaucoup de gens l'arrêtent dans la rue pour féliciter les actions de son mari (séquence mon mari ce héros, "femme de.." ou "faire-valoir de")
    -Troisième séquence: "en plus de ces deux enfants Mme. X a une autre passion", forcément les enfants sont la première passion, tandis qu'on ne voit pas les rapports entretenus entre eux et M. Un couple idéal, des enfants idéaux, M. et sa passion pour la vie publique, Mme et sa passion pour ses enfants et l'art, la bonne famille suisse pour les médias il faut croire.
    -Dernière séquence: Mme a aussi un boulot qui l'enrichit beaucoup. La rubrique se rattrape comme elle peut pour éviter la critique des clichés.

    Au final j'ai d'abord pensé à un gag, une sorte de mise en couleur des archives de la TSR. Le simple fait qu'on ait pas encore eu beaucoup de réactions prouve à mon sens que le féminisme romand est loin d'être aussi actif que vous le soulignez souvent.

    Reste à savoir si la TSR compte un peu sortir des cadres et nous montrer aussi les hommes de...les concubin-e-s de...les partenarié-e-s de... bref quelque chose qui sorte un peu du cadre "carte postal" et qui serait certainement nettement plus croustillant :-)

  • Dès que possible je regarde et vous redis.

  • (#O_O#)

  • Loredana, vous n'êtes pas près de vous faire détrôner... C'est en route pour la palme de diamant!

  • @ Régis: on pourrait retirer une grande affiche de la SGA par affichette posée dans un lieu officiel comme une douane: la règle du jeu serait vite apprise...

  • (#O_O#) Merci Loredana :-p = tirer la langue :))))))))) = (rire à gorge déployée) :) (sourire) Voilà voilà!

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