Le vrai libéralisme recule

Voilà un mot teinté d’interprétations très diverses et contradictoires. Aux Etats-Unis le libéralisme est social et exprime un projet de société qui serait considéré plutôt à gauche en Europe, où le mot libéralisme est associé à la droite des affaires.

liberté3.jpgNéo-libéralisme, ultra-libéralisme, national-libéralisme, social-libéralisme, et j’en passe: on ne s’y retrouve plus vraiment.

A une époque ce terme  a d’abord été synonyme de liberté politique. L’Etat n’était plus le pré carré d’un groupe dominant et la démocratie permettait à tous d’intervenir dans l’organisation de la société. La liberté d’entreprendre sonnait le glas d’une économie dirigée par ceux qui possédaient les moyens financiers.

Toutefois le libéralisme économique pur, sans rien pour l’encadrer, a conduit à une nouvelle concentration des richesses en peu de mains et a engendré des monopoles qui faussent le marché et la liberté économique initiale, et disposent d’un pouvoir quasi politique.

Dans les années 30, l’ordolibéralisme prônait le rôle de l’Etat pour encadrer l’activité économique sans dirigisme excessif et pour jouer un rôle modérateur et régulateur entre les partenaires sociaux (entrepreneurs et syndicats). Ce courant de pensée a influencé durablement la politique allemande.Liberté.jpg


La financiarisation de l’économie a contribué à fausser la notion de liberté du marché (versant économique d’un système politique non dirigiste). Faire de l’argent sur l’argent, spéculer sur des produits financiers c’est considérer l’argent comme une marchandise en soi au même titre que le pain ou le lait. C’est une erreur logique, philosophique et économique. L’avidité humaine est insondable, peut-être suicidaire, et l’affaire Madoff a montré que le jeu de l’avion mondial est voué à l’échec.

Ces excès n’ont plus rien à voir avec le libéralisme initial. Ils le mettent en péril, générant par réaction des appels à un nouveau dirigisme. La liberté recule.

Ce dirigisme, anti-libéral (c’est-à-dire anti-liberté), se développe anarchiquement dans d’autres secteurs de la société. Il profite de ce qu’il n’y a plus de pensée politique autre que le coup par coup, plus de vision globale, plus de philosophie véritable de la société.


Ainsi la Grande-Bretagne vient d’adopter une loi anti-pédophile ahurissante: toutes les personnes en contact avec des enfants doivent demander une autorisation à l’Etat, avec preuve d’un casier judiciaire vierge de toute condamnation. Messieurs, ne vous avisez pas d’en demander une si vous avez été accusé faussement par votre ex et acquitté: l’autorisation vous sera refusée et vous ne pourrez même plus conduire votre nièce ou les enfants du voisin à l’école. 11 millions d’anglais y seront soumis, avec à la clé une amende de 6‘000 euros pour qui ne s’y plierait pas! La liberté recule.

Liberte.jpgLes tentatives sécuritaires sont fondées sur quelques cas qui sont l’exception mais qui engendrent des lois pour tous - ou contre tous. La société se méfie de plus en plus d’elle-même. A vouloir vivre dans un monde à risque zéro (ce qui est impossible) nous finirons tous par étouffer et ferons le lit d’un fascisme rampant généralisé, universel, sans chef précis, dans lequel nous serons à la fois victimes et bourreaux du système que nous aurons contribué à mettre en place.

La liberté recule et le monde semble vouloir se vautrer dans une paranoïa collective. Les «ennemis» sont légions, et sans en faire un tour exhaustif je citerai, par exemple: la grippe A (aux retombées économiques fascinantes pour quelques-uns pendant qu’on terrorise les populations); les assassins d’enfants et d’adolescents (2 à 4 cas par année en Suisse, soit 0,00005% environ de la population globale); violeurs (2‘000 condamnations par année en France soit 0,0001% de la population masculine globale).

Dans cette anarchie déraisonnable la société se flagelle  et s’installe dans un climat semblable à 1984 d’Orwell avec la vidéosurveillance qui se Peur2.jpggénéralise et la suspicion mutuelle qui s’étend, favorisant l’augmentation de l’indice «peur» et la soumission à l’autorité. Le terrorisme et la criminalité, phénomènes marginaux en regard de la faim, des maladies créées par nous, des morts sur la route, sont en voie de modeler nos sociétés.

Dans «Des sources de la connaissance et de l’ignorance» (merci Lord Acton) Karl Popper rappelle ce que sont les convictions libérales: croyance en la possibilité d’une société régie par le droit, d’une justice égale pour tous, de droits fondamentaux et d’une société libre.

La politique, l’économie et la Justice semblent ne plus tout-à-fait suivre ce chemin. L’avenir est plutôt sombre pour la liberté et le 21e siècle pourrait être pire que le 20e si aucune force démocratique ne s’oppose à ces dérives anti-libérales - donc anti-liberté.

 

VRAC D'IDEES ici.

 

 

 

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Commentaires

  • Merci de ce billet, John. Vous avez un sens aiguisé de la démocratie. Oui. Notre société se contente de fadeur, de tiédeur, de mollesse. Elle ne sait plus bien diriger son regard sur les éléments importants de l'existence. A qui la faute? Au gavage de la presse people qui nous appelle à la frivolité tout en maintenant une masse de gens dans la pauvreté, voir l'indigence? Aux politiciens qui ne veulent plus prendre de vrais risques, de vrais options qui mettent en danger leur position, voir leur propre vie? On ne demande pas du fanatisme. On demande "des couilles". Des femmes et des hommes qui ont le courage de leurs opinions, qui recherche la paix, la prospérité, la liberté, mais pas au mépris de certaines populations, mais pas à n'importe quel prix bradé sur l'hôtel des convenances commerciales. La démocratie est en déliquescence. C'est là-dessus que des hommes comme Kadhafi construisent leur nid de pouvoir et d'autorité. A nous, citoyennes, citoyens, de démontrer que la dictature, d'où qu'elle vienne, ne nous intéresse pas du tout. A nous de dénicher les femmes et les hommes de conscience et de confiance qui gouvernent le paquebot "Démocratie" vers des eaux plus clames et plus généreuses. Le temps ne s'arrête pas à aujourd'hui. Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir. Continuez votre travail, John. Il est utile au bon fonctionnement de nos institutions démocratiques. Bon Dimanche.

  • "La financiarisation de l’économie a contribué à fausser la notion de liberté du marché (versant économique d’un système politique non dirigiste). Faire de l’argent sur l’argent, spéculer sur des produits financiers c’est considérer l’argent comme une marchandise en soi au même titre que le pain ou le lait."

    C'est faire un faux procès sur une branche de l'économie en crise dont l'origine de cette dernière sont multiples dont l'état en fait partie.

    Il n'y aurait pas d'économie dit reél sans les banques et vice versa,comme il n'y aurait pas d'économie libérale crédible sans l'état de droit.

    "Toutefois le libéralisme économique pur, sans rien pour l’encadrer, a conduit à une nouvelle concentration des richesses en peu de mains et a engendré des monopoles qui faussent le marché et la liberté économique initiale, et disposent d’un pouvoir quasi politique."

    Vous auriez du le dire au conditionnel,vu qu'il n'existe aucun pays ultralibéral.L'état est omniprésent partout,les interventions public dans la crise en est la preuve de sa présence.

    Mais son contraire,les sociétés communistes où l'etat est le tout existent encore.

    D.J

  • Je sens qu'il serait souhaitable que nous nous rencontrerions.
    N'hésite pas à prendre contact par le biais de ma messagerie.

    Bonne continuation à vous,

    Q.

  • "les assassins d’enfants et d’adolescents (2 à 4 cas par année en Suisse, soit 0,00005% environ de la population globale); violeurs (2‘000 condamnations par année en France soit 0,0001% de la population masculine globale)."

    Hommelibre, 0,00005%, 0,0001% c'est déjà de trop s'agissant d'enfants! Ce sont des statistiques françaises..... Pas de statistiques en Suisse?

  • @ Patoucha: en Suisse pour 2006, 640 viols déclaré pour moins de 500 élucidés, soit 0,0001 % de la population totale.

  • Hommelibre,c'est aussi et encore de trop!

    Bien à vous

  • "ce que sont les convictions libérales: croyance en la possibilité d’une société régie par le droit, d’une justice égale pour tous, de droits fondamentaux et d’une société libre."

    Hommelibre, la Suisse est une démocratie directe! A voir le résultat des votations - tabac, chiens et j'en passe, une bonne majorité de votants qui se déplacent sont pour l'oppression plutôt que pour la liberté!

    Alors! à qui la faute?

  • @ Patoucha: oui c'est encore trop, c'est évident. Même un seul serait encore trop! Ce que je veux dire est qu'il y a un danger pour la démocratie de faire des lois générales sur la base de crimes touchant une infime partie de la population et d'avancer vers une société de plus en plus contrôlante et paranoïaque à cause de quelques-uns. Il faut trouver des solutions pour cela, mais la peur ne fait pas une vision du monde.

    Et malheureusement, oui, une majorité de suisse vote pour l'oppression. Pour moi c'est un vrai problème de perte de vision et de responsabilité citoyenne.

  • @ D.J.: j'apprécie vos contributions, même si nous ne sommes pas d'accord sur tout. Je réfléchis à votre point de vue en général, mais je dois dire que je n'ai pas encore trouvé ce qui pourrait me convaincre que le marché seul peut s'auto-réguler tout en assurant stabilité sociale et prospérité pour tous.

    Oui les gouvernements sont intervenus, pour limiter les dégâts sur l'emploi. Mais cela ne change pas grand chose dans les pratiques financières.

    Je ne veux pas la fin des banques, qui sont un moyen de trouver des fonds pour des citoyens qui veulent créer une activité. Elles ont leur rôle.

    Le problème du marché est qu'il n'a pas d'éthique pour préserver la paix sociale et la pérennité de la société. Sans éthique je doute qu'une organisation humaine puisse survivre.

  • " Pour moi c'est un vrai problème de perte de vision et de responsabilité citoyenne."

    C'est là le seul vrai problème! Cette majorité vote sur des mensonges grossiers. On la balade et elle se laisse embarquer comme des gamins apeurés! C'est là un constat de fait. C'est consternant!

  • Cher Hommelibre, ce ne sont pas les libéraux genveois qui vont changer quelque chose. La valeur dutravail (créativité, innovation, résultats, etc) ne fait pas partie d eleur vocabulaire; ils comptent dans leurs rangs les gens les plus friqués mais leur système économique ne repose pas sur les valeurs citées. De plus, ils sont responsables de la cherté de la vie, véritable problème auquel ils ne veulent pas apporter de solution, si ce n'est en renforçant la solitude dans laquelle se trouvent les gens en proie à d'énormes difficultés ... malgré le fait de travailler. En députation, ils décident toujours de se ranger du côté du pouvoir (leur accointance à Chalres Beer en dit long, en matère de budget entre autre). Le libéralisme fut une magnifique philosophie débutant au 17e siècle mais aujourd'hui on ne reconnaît plus le nom

  • @ 2+2=4:

    Je vous entends bien. D'ailleurs si cette belle philosophie a du plomb dans l'aile, c'est qu'elle n'a plus vraiment de représentants politiques. Et pourtant elle a encore à être réalisée, car elle n'a pas vieilli, au contraire elle pourrait renforcer la démocratie et la justice. Mais je ne vois pas actuellement qui incarne cet héritage, cette hauteur de vue et cette philosophie.

  • "Mais je ne vois pas actuellement qui incarne cet héritage, cette hauteur de vue et cette philosophie."

    Moi non plus! à moins d'un miracle......

  • "Et malheureusement, oui, une majorité de suisse vote pour l'oppression."

    C'est une plaisanterie, et elle n'est même pas drôle. Qui est opprimé en Suisse, svp?

  • "Qui est opprimé en Suisse, svp? "

    La vie ; Johan, c'est la fluidité de la vie qui est opprimée par les réflexes sécuritaires, voulant réglementer toutes les images, les infos paranos et l'usage abusifs des statistiques que l'on nous balance ! La communication d'aujourd'hui qui tapent sur les réflexes pavloviens est une forme d'oppression qui mènent à l'auto oppression.

  • A TOUS LES COMMENTATEURS, rendez vous chez Blondesen sur ROYAL POURCEAU. Ce que vous lirez vous fera dresser les cheveux sur la tête!

    Merci, Hommelibre de ma permettre de passer ce message pour dénoncer la cruauté de Johann.

  • Vous auriez dû ajouter le lien, Patoucha (je me permets de le faire):
    http://blondesen.blog.tdg.ch/archive/2009/08/03/inauguration-le-nouveau-must-des-trolls.html

    En effet, après lecture, on se demande dans quelle porcherie l'on doit être éduqué pour pouvoir tenir des propos aussi orduriers.

  • "mais je dois dire que je n'ai pas encore trouvé ce qui pourrait me convaincre que le marché seul peut s'auto-réguler tout en assurant stabilité sociale et prospérité pour tous."

    Je n'est pas prétendu celà à 100%,mais le marché en général est plus efficasse que l'état en économie.Mais comme tout les gouvernements sans exeption,sont intervenu massivement pour sauver le systhème bancaire,il n'est pas possible de dire si l'autorégulation du marché aurait été plus efficace.Il est de toute façon trop tôt pour en tirer un bilan définitif.Personnelement,je pense que l'état devait intervenir d'une certaine manière,mais je pense également que ces interventions ont été excessif.

    "Le problème du marché est qu'il n'a pas d'éthique pour préserver la paix sociale et la pérennité de la société. Sans éthique je doute qu'une organisation humaine puisse survivre."

    Le marché ou le capitalisme est amoral.Ce sont les acteurs de ces derniers qui sont moraux ou immoraux.L'ethique n'est pas contraire au liberalisme,puisque comme le disait Friedrich von Hayek,il faut des règles de juste conduite,dont l'état doit en être le garant.

    D.J

  • Merci, un passant. J'espère que cet appel a été entendu!

    Bien à vous

  • Hommelibre,c'est aussi et encore de trop!

  • "Vincent" Troll, vous ne vous vous sentez pas de trop sous ce nouveau pseudo?
    Seriez-vous moins cruel et antisémite que sous Johann?

    Vincent : phone cards

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