Meurtres familiaux et infanticides

Plusieurs affaire criminelles dramatiques ont été relatées par la presse ces derniers jours. Il s’agissait de meurtres perpétrés au sein de familles. Ces affaires terribles posent à chaque fois tant de questions auxquelles aucune réponse satisfaisante ne peut être donnée.

infanticide01-web.jpgIl y a cet homme de 33 ans qui a tué au sabre et au couteau la mère de son bébé et ses beaux-parents dans un camping en Allemagne. Il y a cet homme à Genève qui a tué sa fille de 17 ans avant de se suicider. Cela se passe généralement dans un couple séparé ou sur le point de l’être.

A chaque fois, on peut lire des analyses et tentatives d’explication. La plus fréquente est que le ou la meurtrière veut pénaliser le conjoint et lui infliger une souffrance durable, ou se venger et reprendre un pouvoir perdu.

Mais, à moins d’avoir à faire à une personne mentalement perturbée, il faut me semble-t-il considérer la souffrance qui pousse à une telle extrémité. On se souvient de la mère de Chamoson qui avait noyé un de ses enfants dans sa baignoire et avait tenté de noyer les autres dans le Rhône, ou celle qui en novembre 2007 avait noyé son fils dans la baignoire. Ou du père infanticide d’Yverdon. Dans les trois cas on était devant une séparation, avec une grande détresse.

Dans les deux affaires que je cite en début du billet il y avait aussi séparation, ou projet de séparation.

Qui peut évaluer et interpréter la souffrance? Je ne crois pas trop aux théories psychologiques qui veulent y voir une réaction de domination sur l’autre ou une manière de le-la punir. Il y a peut-être de la rage ou de la vengeance avant de passer à l’acte, mais qui peut être dans la tête de celui ou celle qui tue au moment de passer à l’acte? Qu’est.-ce qui s’empare de l’esprit pour faire d’une personne ordinaire une personne criminelle?

Et pourquoi ne pas «simplement» se suicider? Pourquoi emporter l’autre avec soi? La grande détresse de perdre ce que l’on aime peut ainsi pousser à le supprimer. On le sait quand il s’agit de crime passionnels. On le sait aussi dans les infanticides ou les tueries comme celle d’Allemagne.

C’est moralement totalement inacceptable. Et pourtant cela se passe. Il y a un moment où toute considération éthique et morale disparaît. La souffrance, quelle que soit sa nature, envahit tout.

Il n’y a pas de recette miracle: une séparation est dans la plupart des cas douloureuse. Dans certaines situations, les services de protection de la jeunesse et les tribunaux ont été trop vite dans l’analyse d’une situation familiale. Beaucoup de divorcés le savent. Mais ce ne peut être la seule raison.

Tout n’est pas prévisible, de la même manière que je le disais hier dans mon billet sur  Jaycee, la jeune américaine séquestrée et violée pendant 18 ans.

Un couple adulte qui se sépare devrait trouver des formes pour diminuer autant que faire se peut la souffrance. La médiation, dans bien des cas, permettrait aux adultes de régler leurs problèmes avant le divorce et de ne pas prendre les enfants en otages. La garde alternée me semble aussi propice, dans bien des cas, à éviter un tsunami de souffrance.

Les différentes facettes de l’humain me laissent méditatif: parfois si génial, si créatif, si généreux, et parfois si terrifiant.

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Commentaires

  • Je pense que chaque système de valeurs, qu’il soit personnel ou social, possède sa cohérence interne. Dans notre société, chaque individu est encouragé à se placer soi-même au sommet de sa propre pyramide des valeurs, et à décider toujours en fonction de son humeur du moment. Chaque individu est ainsi encouragé à devenir le roi immature et arbitraire de sa propre destinée. Il ne faut pas s’étonner des meurtres qui éclaboussent les familles, car il y a longtemps qu’on a liquidé la famille. Il ne faut pas s’étonner des infanticides, dans notre société qui considère l’avortement comme un progrès. C’est une simple question de cohérence des systèmes axiologiques. Si les individus nient la logique, la réalité, elle, demeure logique.

  • Que de souffrances s'expriment à travers ces cas dramatiques. Le recours à la violence n'est moralement et rationnellement pas acceptable... et pourtant bêtement (???) humain. A travers les histoires de séparations douloureuses dont j'ai été co-acteur et dont je suis aujourd'hui le témoin par mes activités bénévoles dans les organisations oeuvrant en faveur de la coparentalité, un fait me frappe: l'impuissance des institutions dont notre société est pourvue face à ces situations délétères! Autorités tutélaires et justice paraissent souvent guidées par le principal souci de régler les aspects matériels de ces situations, accordant une attention moindre à la réalisation des autres aspects, notamment celui de la mise en oeuvre réelle des relations personnelles des enfants avec le parent non gardien. Il faut dire que la loi suisse actuelle n'est pas étrangère au pourrissement de ces conflits, puisqu'elle fait de l'autorité parentale et de la garde un enjeu, face auquel père et mère ne sont pas à égalité. On constate souvent une impuissance des tribunaux et des autorités tutélaires à faire respecter les dispositions qu'ils ont eux-mêmes rédigées et fait signer par les deux parties. Le recours à des spécialistes pour démêler ces écheveaux ne fait que prolonger la durée des ruptures voulues par le parent gardien, très majoritairement la mère. Ces temporisations conduisent à des états de fait que les institutions ne sont bientôt plus en mesure de corriger.

    Il faut vraiment espérer que la révision en cours du Code civil et du Code pénal, ainsi que d'autres mesures complémentraires, fassent faire un progrès significatif à notre pays dans le traitement des conflits familiaux liés à la séparation et au divorce. S'agissant de méthodes de résolution de conflits, les législateurs de notre pays feraient bien de s'intéresser de très prêt à ce qui a été expérimenté avec succès pas très loin de chez nous. Je fais allusion à la pratique créée à l'initiative de l'ordre des avocats, avec la collaboration très engagée d'un juge et la participation d'autres instances, dans l'Arrondissement judiciaire de Cochem-Zell en Rhénanie-Palatinat. Ici, il appartient aux parents de trouver les solutions de ré-aménagement de la vie familiale après séparation ou divorce, le rôle des autorités n'étant pas d'imposer les solutions, mais d'accompagner au besoin les parents dans leurs démarches pour sortir du conflit conjugal et pour mettre en place la coopération parentale qui permettra à leurs enfants de se développer dans un climat apaisé.

    La pratique de Cochem s'est révélée à ce point efficace qu'une nouvelle loi allemande inspirée de cette pratique entrera en vigueur demain 1er septembre sur l'ensemble du territoire allemand.

    Pour plus d'infos sur la pratique de Cochem voir info.crop.ch/cochem.

    Didier Roches, secrétaire de la Coordination romande des organisations paternelles (CROP)

  • Problématique ne datant hélas pas d'aujourd'hui. Ce serait même plutôt calme maintenant quand on se réfère à l'histoire.
    Mais je crois qu'effectivement ce qui est nouveau aujourd'hui ce sont ces meurtres suite à des séparations. Le plus souvent imputés aux hommes d'ailleurs, enfin c'est ce que j'ai lu. Je pense effectivement que le fait que l'homme quitté se sent probablement plus anéanti comme le disait justement Philip Jaffe que la femme quittée qui rebondira peut-être mieux.
    L'homme perd sa femme et en plus effectivement il se voit bien souvent privé de la possibilité de voir ses enfants comme avant avec un droit de garde imposé selon des normes....donc pour lui c'est une double perte parfois intolérable. De là à passer à cet acte aussi horrible que l'infanticide avant le suicide....désespoir? égoisme monstrueux? peut-être un peu des deux.

  • Dans la TdG de ce matin, article intitulé "A 13 ans, elle accouche puis tue son bébé". Tout ce que l'on trouve comme idée pour éviter ce genre de situations, c'est de parler de contraception déjà à l'école primaire, et de faire plus de publicité pour les centres de planning familial. Peut-être faudrait-il dire aux enfants/adolescents que la sexualité les engage, envers les personnes avaient qui ils couchent et envers les enfants qui vont peut-être naître de leurs jeux. Mais non. On va seulement encourager davantage les jeunes et très jeunes à profiter de leur corps, et leur vendre à plus grande échelle encore la solution capote et la solution avortement. Et les même bien-pensants osent critiquer la société de consommation.

  • @ Lord Acton:

    J'ai eu la même surprise que vous en lisant cet article de la Tribune ce matin. Donner la pilule contraceptive à 12 ans me paraît relever de l'abandon de l'éducation. Et en parler à l'école, à tous les élèves, serait banaliser voire encourager les relations sexuelles à 12 ans.

    De plus, cet article banalise le geste extrêmement grave de la jeune fille. Car tuer son bébé est un acte extrême, même si l'on parle de plus en plus des mères qui commettent cet acte.

    Je comprends qu'au planning familial on ne porte pas de jugement moral sur ces cas de très jeunes filles enceintes, mais il y a d'autres endroits où cela devrait être fait. Moral au sens d'une structuration du comportement avec les cadres et limites.

    L'article précise qu'elle a été conduite en établissement psychiatrique. Une fois de plus on évoque la possible irresponsabilité. Je reste perplexe.

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