L’art du silence

J’emprunte ce titre à Georges Bogey, qui préface un recueil de poèmes: «Du Japon et de Chine». Ce court ouvrage est comme la caresse du vent un soir d’été, ou comme la trace fugace de la lune quand un nuage déchiré la révèle quelques instants.

Japon1.jpg«Ah! herbes d’été
tout ce qui reste des rêves
de tant de guerriers»
Bashô


La poésie japonaise et chinoise pourrait être comparée à de l’impressionnisme scriptural: des touches, des regards, une observation fine parfois d’apparence anodine, mais dont l’empreinte laisse une sorte de langueur bienfaisante dans l’esprit.

Goorges Bogey, dans la présentation, exprime avec beaucoup de sensibilité l’art de cette poésie:

«Bien plus que le tanka, le haïku, comme d’ailleurs toute la poésie de l’ellipse, de la litote, de l’énonciation lapidaire, de la narration brève appartient à l’art du silence. Dans cet art le poète se contente de désigner une voie poétique qui va vers l’Objet, vers l’Autre. Puis il disparaît, laissant le lecteur libre de s’engager sur cette voie ou de s’en détourner.»

Et plus loin:

«Cette poésie qui tend aussi vers la vérité cosmique est un moment où l’appartenance à la Nature englobante ne fait plus aucun doute, où l’enchaînement des causes et des effets perd son sens. Un moment où l’on se sait partie intégrante d’un tout qui nous contient. Cela procure un sentiment de profonde complétude. Plus rien ne manque. Cette prise de conscience - au-delà de la conscience - n’est ni une vision subliminale, ni une apparition magique, encore bien moins le produit de l’imagination mais seulement une révélation instantanée. Une sorte de perception lumineuse hors de soi et en soi.»

Je n’en dirai pas plus sur ce court recueil quand tout est déjà si bien dit sur l’art subtil de la perception.

Un autre haïku pour terminer:

«Brise printanière
blancheur des hérons
dans la pinède».

«Du Japon et de Chine»,
Editions Le Tour, dirigée par notre ami Rémy Mogenet (le Savoyard de la Tribune sur les blogs), 5€-
editionsletour@orange.fr

Catégories : Art et culture 6 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Merci, John! J'étais sûr que cette plaquette vous plairait. Georges Bogey a raison: grâce à cette poésie, qui n'a l'air de rien mais crée comme des pas intérieurs vers les objets, on se sent fondre dans le tout cosmique, et c'est ce qui est beau. Or, c'est à partir de l'observation et même de la contemplation du monde sensible, naturel, comme chez Rousseau. La lumière sourd pour ainsi dire des perceptions visuelles fixées avec attention. La lumière et le sentiment de l'éternité.

    Cela dit, je ne dirige pas les éditions Le Tour, dont je suis seulement secrétaite. Le dirigeant est mon père, Marc Mogenet. Mais c'est moi qui lui ai présenté Georges Bogey, qui est un ami.

  • SecrétaiRe (erratum).

  • @ Rémy: je partage tout-à-fait cette manière de dire et de voir les choses.

  • Cela dit, John, et Georges Bogey en était conscient, le poème de Li Po, au sein de ce recueil, montre un enracinement plus antique dans la mythologie chinoise. Georges du coup me l'a laissé lire, car comme tu le sais et c'est écrit sur le livre, lui et moi avons lu ces poèmes à haute voix récemment. Mais Li Po relie quand même la mythologie des "neuf cieux" à la nature environnante: ce n'est pas chez lui objet de savoir théorique et confiné dans l'intellect, comme cela l'est devenu depuis, notamment dans la culture occidentale. Georges a quand même préféré que je le lise moi, après cependant l'avoir choisi: il m'a fait ce cadeau, pour ainsi dire. Je l'en remercie, naturellement!

  • Etranges synchronicités que ce titre de l'art du silence, qui rappelle celui d'un titre d'un livre de Castaneda " la force du silence".
    Rien à voir apparemment, mais voilà la culture Castanédienne est basée sur la notion de l'"Aigle" comme source de la conscience.
    Juste précédemment il y avait ce post sur Igor Stravinski qui traitait précisément de son oeuvre "l'oiseau de feu".

    Rien à voir apparemment mais les deux discussions ont ramenés le thème de la poésie transcendante. Avec comme pont subliminal : le silence et les oiseaux

    Sympas !

  • Ecouter le silence... :)))))))) Chuuuuuuuuuuuuuut :-p
    Le silence est d'or et je vais dodo! :))

    Bonne nuit!

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