Un monde sans mémoire

Que s’est-il passé hier, il y a une semaine, il y a cent ans? D’où venons-nous, connaissons-nous la vie de nos arrières-grands parents? Que quel fil sommes-nous le bout provisoire, de quelle histoire sommes-nous imprégnés?

Mémoire.jpgL’époque actuelle privilégie l’instantané, l’émotion forte, le réagissant individuel. Les infos ne captent l’attention que par leur aspect fort, dramatique, viscéral, qui maintient en haleine et donne un sentiment d’exister ici et maintenant. Et les réactions viscérales produisent une sorte de serpent ondulant de vérités relatives et réactives, sans perspective autre que leur absolue emprise sur notre interprétation du monde.

Concrètement: les grands-parents sont de plus en plus relégués au rôle d’insignifiants pourvoyeur de gâteries. Alors que par le passé leur expérience, leur regard sur l’évolution des enfants, était à la fois une valeur et un garde-fou pour les parents. Parents qui sont aujourd’hui pris dans la nasse des psychologues et pédiatres, sans avis différent pour relativiser, nuancer, dédramatiser par exemple certaines maladies. L’angoisse des jeunes parents n’étant plus tempérée par les grands-parents, elle ne trouve comme baume que la surenchère médicale et la suppression rapide de tous les symptômes. Une mémoire disparaît, laissant le monde de plus en plus sous le contrôle de spécialistes qui dépossèdent les individus de leurs propres compétences et intelligence.

Comme si l’expérience accumulée, la mémoire transmise de génération en génération, cédait le pas à quelque chose de forcément beaucoup mieux. Je ne veux pas dire que la science actuelle fait fausse route. Elle apporte, on le sait, des connaissances et des outils extraordinaires. Mais face à elle l’individu, avec son ressenti et sa propre expérience, est fréquemment mis en infériorité. Aujourd’hui ceux qui savent ne sont plus ceux qui ont fait l’expérience personnelle des choses, mais ceux qui ont laissé des appareils faire l’expérience à leur place. Mais les appareils n’ont pas de mémoire.
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Autre exemple: qui connaît les relations hommes-femmes dans sa famille depuis 3 générations? Pourtant cette généalogie familiale est souvent éclairante sur nos propres comportements et nos propres relations avec nos conjoint-e-s.

Et l’histoire: qui s’intéresse vraiment à l’histoire des humains? Les civilisations passées, l’évolution des règles du jeu social? Pourtant leur étude est instructive pour comprendre d’où nous venons et les racines de notre vision actuelle du monde.

Dans un autre domaine encore, la souffrance morale est rapidement gommée par des médicaments qui diminuent ou neutralisent le vécu de l’individu. Celui-ci n’apprendra que peu de son expérience, sa souffrance - élément éveilleur - étant évacuée.

Je suis partisan de l’évolution des sociétés, de la non-obligation de reproduire les schémas du passé, d’une nouvelle vision de l’humanité détachée de ses terreurs et de ses soumissions ancestrales, et de la mise en valeur de l’individu hors de la contrainte collective et historique. Mais je reconnais aussi que nous ne sommes pas venus au monde par hasard et que nous sommes une des étapes multiples et successives d’une longue filière.

La dictature de l’instant, de l’émotion, telle qu’on la voit dans le traitement de l’information ou la survalorisation des réactions individuelles, abolit la mémoire. Et un monde sans mémoire est un monde sans repères. Soit un monde voué à l’angoisse, aux médicaments, et aux prêcheurs de «bonne parole».

 

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Commentaires

  • Comme vous avez raison dans ce que vous écrivez ici Monsieur Goetelen!
    Savoir d'où l'on vient, quelle est l'histoire de sa famille, permet en effet d'avancer bien mieux dans sa vie et surtout souvent de s'alléger de bagages qui ne nous appartiennent pas.
    Pour se faire, des méthodes assez efficaces telle la kinésiologie que j'ai testée, permettent d'aider à comprendre qui l'on est vraiment.
    Mais des méthodes, il en existe tellement, à chacun de trouver la bonne.
    Je vous rejoins sur, bien entendu, sur le rôle des grands-parents, des aînés tout simplement, aujourd'hui. Plutôt de l'absence de rôle de ceux-là.
    La surmédication, la psychiatrie remplacent malheureusement trop souvent la discussion, le "conseil de famille" d'antan.
    Aujourd'hui je lisais que de pluls en plus de jeunes et de plus en plus jeunes d'ailleurs ont recours aux antidépresseurs et autres pilules pour faire "la vie supportable" quelle tristesse...que faire pour redonner à nos enfants la joie de vivre, sommes-nous dans un processus irreversible.....sans vouloir être pessimiste...je le crains.
    Pour ma part, je privilégie souvent les méthodes naturelles et ancestrales pour me réfugier dans l'amour et la sérénité...mais c'est un travail de longue haleine!
    Merci pour cet article intéressant et intelligent

  • @ vali: merci pour ce commentaire. Je constate, en apprenant à nous connaître un peu au fil des billets et commentaires, que nous avons des convergences de visions sur plusieurs domaines.

    La prise un peu trop rapide d'anti-dépresseurs chez les jeunes en particulier est un vrai problème. Que deviendront-ils, adultes supposés responsables, incapable de faire face aux crises de la vie et de trouver en eux-même les ressources vitales que l'on attend de l'humain. Vont-ils vivre dans une bulle, un monde un peu irréel d'où tout problème est évacué? En effet cela laisse songeur sur leur avenir. Je ne suis pas opposé par principe à la médecine et aux anti-dépresseurs. Il y a des situations graves qui nécessitent un soutien. Mais en prendre pour une rupture amoureuse, cela me paraît abusif. Dans la période très dure que j'ai traversé pendant 7 ans, où j'ai souvent "zoné" plus bas que terre, je n'ai jamais pris de médics, sauf des oligo-éléments ou vitamines. Mais je ne suis pas dans la peau des autres et je ne puis m'ériger en modèle. Toutefois, comme vous je pense que les discussions familiales sont très importantes pour recadrer, donner sens aux épreuves, épancher sa douleur, être entendu sans jugement mais avec une compassion constructive.

    Moi qui suis très partant pour une humanité autonome, des individus indépendants, je suis troublé par cette société d'assistanat médical qui s'installe. Je suis aussi étonné que les professionnels de la médecine ne soient orientés presque exclusivement que vers les médicaments.

    Les méthodes naturelles ne peuvent pas tout, mais elles offrent un soutien sans dépendance, une vision constructive de l'humain, et surtout laissent chacun à sa propre capacité de gestion de sa vie.

    Bien à vous.

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