Salaires des patrons: toujours plus! (avec nouveau clip audio)

Est-ce l’humain en tant que patron ou est-ce l’humain en lui même? Pourquoi l’humain en veut-il toujours plus? Dans quel angle de vue faut-il poser cette question?

argent3.JPG1. La crise rend difficilement supportables les écarts abracadabrantesques des salaires entre dirigeants et employés. Il ne s’agit pas ici d’une simple jalousie. La jalousie existe, bien sûr, mais quand des millions de personnes n’arrivent plus à payer leurs factures et que d’autres volent en jets privés ou en voitures de luxe, il y a inévitablement une tension exacerbée.

L’argument donné généralement est que si les patrons suisses ou français ne sont pas aussi bien payés que leurs collègues américains, ils fileront ailleurs et nous n’aurons plus que des seconds couteaux, incapables de faire prospérer les entreprises.

Cet argument est discutable. D’une part, rien ne dit que les “seconds couteaux” ne seront pas aussi doués que ceux qui partiraient. De plus il n’y a pas de place ailleurs pour tout le monde. Et les patrons les plus payés sont-ils vraiment les plus compétents?

Petite parenthèse: comme le souligne Le Matin de ce jour, on ne critique pas les acteurs, top modèles et sportifs qui gagnent des dizaines de millions par année.

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2. Les humains sont inégaux en capacités, en force, en intelligence, en sensibilité. Partant de cela, l’égalité absolue est un mythe. Une société totalement égalisée par des lois ne rendra pas les humains égaux dans ces domaines, outre le fait qu’elle devrait s’imposer par la force.

Par contre ils sont égaux en droits, en valeur, en dignité, en devoirs. L’un des droits est de vivre sans être à la rue, sans être dans l’angoisse de ce qu’il y aura le soir dans son assiette. C’est aussi pour cela que l’espèce humaine à créé des civilisations organisées: pour que chacun ait sa place sans être soumis aux aléas de la famine, de la guerre, des catastrophes.

Puisque les humains sont inégaux, cette société se doit de trouver un moyen de redistribuer la prospérité afin que chacun puisse vivre. Cela se fait en particulier par l’impôt et par les salaires.


3. La concentration des salaires les plus importants entre quelques mains pose donc question. Est-il souhaitable qu’une telle puissance soit entre les mains d’un seul homme? Il y a par exemple des lois contre les cartels, par crainte de l’excès de puissance qui fausserait le marché. Pourquoi n’y en aurait-il pas pour limiter les plus hauts revenus?

On entend dire que cet argent est réinvesti et continue à faire prospérer l’économie. C’est en partie vrai, puisque qu’un artisan qui veut développer un projet peut bénéficier d’un crédit bancaire grâce à l’argent déposé. Mais cela n’empêche pas une proportion importante de citoyens d’être sous le seuil de pauvreté.

 

4. Dans les anciennes sociétés rurales, il y avait déjà des inégalités. Là où la terre a été redistribuée, les petites exploitations se sont regroupées pour tourner et produire plus. Les coopératives ne permettent certes pas d’avoir une seule personne gagnant 4’000 fois plus que les autres, comme actuellement dans l’industrie.


bolt_zoom.jpgMais la question qui se pose alors est: qu’est-ce qui motive l’humain à travailler et à se battre? On se bat pour soi, pour assurer sa survie individuelle d’abord. Développer la force personnelle de lutter pour la vie, pour nourrir son clan, est pour moi un moteur fondamental. Cela se passe bien des les domaines: l’individu doit par exemple faire ses preuves et développer ses capacités à l’école (personne ne peut apprendre à sa place). Le moteur individuel reste à mon sens valable. Une société qui collectivise tout et où il n’y pas plus vraiment à se battre va probablement à sa perte.

Mais il y a d’autres facteurs qui se nourrissent et pervertissent cette dynamique individuelle. Acheter une voiture plus grosse que son voisin, avoir plus de bijoux, plus de conquêtes amoureuses, plus à manger, conduit facilement à la perte de deux choses:

- le sens de ses propres besoins, indépendamment de ceux du voisin,
- le sens du partage et de la nécessité pour tous que chacun vive décemment.

L’équilibre entre l’individuel et le collectif est une problématique ancienne et toujours d’actualité.

Il me paraît que la conscience de l’intérêt collectif est un élément “moral” qui doit être une valeur ajoutée à l’individualisme. La renonciation personnelle peut être une condition du développement et d’une vie décente pour tous. Mais l’humain étant de longue date construit sur le plus - plus de récoltes, plus d’avoirs, plus de communication, etc - la renonciation est souvent symptôme de perte de valeur, perte du moteur de lutte pour la vie. Ou alors elle est liée à une morale d’austérité ou à l’établissement d’un système politique autoritaire, ce qui à terme est démotivant.

“Toujours plus”, c’est un moteur. Mais c’est aussi un emballement qui fait aller dans le mur. Est-il possible de changer à ce point la structure profonde de l’humain?

Pour finir sur un un sourire, j’en ai fait une chanson un peu allumée, critique au second degré de ce mécanisme du “Toujours plus”:


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Catégories : société 11 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Bonjour Hommelibre,

    Le pourquoi de cette course effrénée au toujours plus n'est que le fruit d'une peur consciente et nourrie depuis des générations, celle de la mort. Au nom d'une vie trop courte et de cette satanée mort qui nous attend, nous nous devons de consommer toujours plus, d'aller plus loin, plus vite, de gagner plus pour dépenser plus, tout ceci sous couvert d'en profiter avant le châtiment ultime.

    Les grands patrons sont montrés du doigt uniquement parce que ce sont eux qui gagnent le plus alors que c'est tout un système de pensée qu'il faut changer.

    Salutations

  • Bonjour xx, bien possible. Il doit en effet y avoir une angoisse de fond pour que ce mécanisme soit si généralisé. Sans angoisse, nous ferions simplement selon nos besoins, sans peur, sans se soucier d'une comparaison inutile avec les autres.

    Il y a aussi autre chose qui pourrait expliquer en partie: la croissance physiologique. C'est une condition du développement, où de la naissance à l'âge adulte, nous fonctionnons selon un Toujours plus: plus de nourriture, plus de langage, plus de connaissances, plus de taille, etc. Peut-être ne savons-nous pas gérer ce phénomène une fois adultes.

    Tien d'ailleurs, il resterait quand-même des domaines où la quête du plus continuera: les connaissances. Mais là, ce n'est pas une faim au sens d'une angoisse.

    Bien à vous.

  • Où il y a un trop, il y a un trop peu...
    Où il y a un plus de ..., il y a un moins de ...
    L'impermanant, en permanence...
    " Toujours moins" est une chanson à écrire?...

    Plume!

  • Koool Raoul, Enfin Hl teufel! (ça rime, je n'y puis rien!)..Ce monde est faux! Simplissismus!
    Nachste unt bonne fin de llllllllllllloooong WE

  • @XX,pardon xx, vous vouliez parler de peur INconsciente? Ceci me paraitraît plus juste, par Sigismund! L'ensemble des rapports (si,si)humains dans lesquels le "commerce" (si j'écris capitalisme je vais me faire bouffer les fesses au minimum) interpose un objet consommable entre la personne et le Désir est/sont à la base de la "création des besoins"... Quand à la mort "Châtiment ultime", notion discutable que celle de châtiment làou il n'est que nature, il faudrait prendre gaaarde à ce qu'elle ne devienne "délivrance" pour les individus pris dans le piège à rats que sont devenues les "sociétés", Teufel!
    Bien à vous et bonne fin de loooooooong...

  • Bonjour Hommelibre,

    Que l'on décide d'augmenter le salaire d'employés qui sont des pointures dans leur domaine de 50 %, salaire qui passerait donc, en moyenne, de 200 à 400'000.-Frs ne me parait pas exagérer.
    Ils arriveront bien à les dépenser (entre la maison, la voiture dernier modèle, la femme, les gosses en école privée et les vacances à Gstaad et aux Seychelles !!
    Mais ceux qui gagnent 10 millions par an, ils en font quoi ? A moins de réussir à habiter dans 5 maisons différentes, de posséder 5 voitures (mais là, même le chauffeur ne peut en conduire qu'une à la fois) d'avoir en plus de l'épouse et des mômes, 4 maîtresses (c'est ce qui serait le plus "facile" à faire physiquement parlant, .....quoique).
    Bref oui pour de hauts salaires qui correspondent à quelque chose et pas des sommes qui sont complètement disproportionnées en regard du "travail" fourni !


    P.S. La chanson est déjantée... mais c'est ma préférée (en l'écoutant, j'vous imagine sur scène entrain de la chanter et j'en suis pliée en deux de rire !!)

    (*_*)

  • Yes Loredana, la boulimie ne correspond pas forcément aux besoins- Même pas du tout. La motivation de l'argent n'est pas illégitime, mais comme vous dites, 10 millions, qu'est-ce qui se passe dans leur tête?

    Pour la chanson, cool que ce soit votre préférée! Je ne m'y attendais pas, elle se démarque assez de l'ensemble. Oui, là je me lâcherais bien...

    (“-“)

  • Yes Hommelibre, elle se démarque des autres chansons. Et c'est pour cela que je la préfère.
    Les autres sont très bien, mais plus dans un registre "intimiste" ...(et là je vous vois, sur une scène, perché sur un tabouret de bar, chemise et pantalon noir, avec pour seul éclairage un spot, sans oublier les lunettes noires !!, qui font toute la différence) ... qu'on écoute plus parce que cela nous parle, que pour s'évader.

    (o_~)

  • J'aime bien le sultanat du Brunei :

    Le sultan et sa cour sont complètement déjanté dans leurs dépenses, mais ils redistribuent suffisamment à leur peuple pour être vénérés.

    Il y a là matière à réflexion. La même que je me faisais à Beverly Hills : si ces milliardaires redistribuaient un peu de leur fortune indécente, ils n'auraient pas besoin d'être enfermés dans leurs prisons dorées et entourés de gardes du corps par peur des pauvres qui les entourent...

    Ceci dit, personne de devient déraisonnablement riche en étant raisonnable, semble-t-il...

  • C'est dans nos gènes: Moi en vouloir toujours plus

  • Non, rien de rien, non je ne regrette rien, car avec tout l'or du monde, je n'achète pas le paradis étéernel. Savoir qu'il faut en avoir ... mais trop en vouloir ... sans pouvoir ... est un leurre

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