“Jeune et Jolie”…

Comme titre de magazine c’est bien trouvé. Quelle ado ne voudrait pas être jeune et jolie. Mais sont-ce vraiment leurs seules préoccupations? Voyons plutôt la livrée de cette semaine.

Les titres de couverture parlent d'eux-mêmes.

J&J-avril09.jpgJeune et Jolie:

- Bon, il m’aime… ou il m’aime bien?
- Love: regardez ce mec et vous l’aurez!
- Avec ce garçon-là je deviens femme
- Au lit c’est top, le reste bof!

Sans compter bien sûr les accessoires indispensables de l’été.

Love Mag:

- Es-tu prête à tout par amour?
- Donne-lui envie de toi!
- Comment bien faire l’amour?
- Ce que les mecs attendent de nous!
- Le grand quiz sexo

Fashion Love:

- Drague mode d’emploi
- Love: Que veulent les beaux mecs?
- Pour quel genre de mec es-tu faite?
- Spécial Love: 10 conseils pour bien démarrer ton histoire d’amour!

Sixteen:

- Comment séduire un beau mec?
- 7 conseils capitaux pour rendre dingue ton mec!
- Les trucs qui font craquer les mecs
- Comment garder son mec?
- Il m’aime ou non?


Les émois ados sont certes très importants, et que de questions à cet âge - les mecs comme les nanas. Mais pourquoi n’y a-t-il rien d’autre comme sujets? Je sais pas moi, par exemple un résumé de “Ainsi parlait Zarathoustra”, des pages choisies de “L?étranger”, ou autre.

J’ai une idée: on devrait présenter les sujets plus philosophiques en connotation avec la sexualité et la mode. Cela pourrait donner, par exemple:

- T’as vu, il y a Thoustra qui présente une nouvelle collection jeune chez Zara.
- Le top orgasme avec Nietzsche!
- Comment garder la tête froide en lisant Platon?
- Love: Le dégel de Hégel.

Ce ne sont pas les idées qui manquent.

Pour les mecs, les magazine s’adressent à eux vers la trentaine. Voyons voir.
HFM.jpg
Men’s Health:

- Plus de sexe grâche à l’hypnose
- Gagnez du muscle plus vite!
- Comment gagner 10 ans sans chirurgie.
- Notre plan pour perdre 4 kilos en 1 mois.

H For Men:

- Vite musclé!
- Le japon cochon
- Votre nana se touche-t-elle?

Suggestion pour les acculturer un peu:

- Fais bander ton cerveau avec Rimbaud
- Les fleurs du mâle…
- Touche deux mots de Sartre à ta nana, elle va hurler!

Ben voilà, comment rendre le monde intelligent? Suffisait d’y penser!

Catégories : Humour 21 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • "Jeune et Jolie:

    - Bon, il m’aime… ou il m’aime bien?
    - Love: regardez ce mec et vous l’aurez!
    - Avec ce garçon-là je deviens femme
    - Au lit c’est top, le reste bof!

    Sans compter bien sûr les accessoires indispensables de l’été.

    Love Mag:

    - Es-tu prête à tout par amour?
    - Donne-lui envie de toi!
    - Comment bien faire l’amour?
    - Ce que les mecs attendent de nous!
    - Le grand quiz sexo"

    Effarant...comment apprendre aux jeunes filles à ne se sentir exister que dans l'attrait qu'elle peut avoir aux yeux d'un garçon....pour le coup je crois que vous ne pourrez pas me contredire!

    Quelques suggestions:

    "- Bon, il m’aime… ou il m’aime bien?"

    La question serait plutôt: est-ce que je l'aime vraiment?

    Je comprends maintenant pourquoi il y a quelques années j'en arrivais encore à des remises en question existentielles pour des garçons qui ne me plaisaient pas vraiment. A force de lire ce genre de conneries lorsqu'on est influençable on finit par croire que notre valeur est déterminée par l'amour qui nous est porté.

    "Avec ce garçon-là je deviens femme"

    A remplacer par: "On ne naît pas femme on le devient: Simone de Beauvoir, parcours d'une jeune et jolie du siècle dernier"

    "Donne-lui envie de toi!"

    Apprends à t'aimer pour ce que tu contiens avec que de te réfleter par la grosseur au niveau de la braguette du garçon d'en face.

    "- Comment bien faire l’amour?"

    Comment expliquer à ton copain où se situe le clitoris et à quoi il sert? (A 17 ans, ça peut être utile)

    "- Ce que les mecs attendent de nous!"

    Ce que tu devrais attendre d'un compagnon: astuces pour lui faire faire le ménage sans lui promettre une fellation à la clé!

    Décidément je n'ai pas hâte d'avoir des enfants qui vont certainement détester leur maman...

  • @ Audrey:

    "Effarant...comment apprendre aux jeunes filles à ne se sentir exister que dans l'attrait qu'elle peut avoir aux yeux d'un garçon....pour le coup je crois que vous ne pourrez pas me contredire!"

    En effet. Je traite sur un ton léger, mais j'espère qu'il y a quand-même quelqu'un pour dire à ces ados qu'elles existent autrement qu'autour d'un mec!

    C'est très rare que je m'arrête devant de genre de magazine, et là ça m'a sauté aux yeux: Mais c'est tout ce qu'on leur dit?!?!?! Assez navrant, oui. Bien sûr qu'ados j'avais aussi mes doutes et angoisses, mais on passait aussi des heures à parler du monde, à faire des voyage dans l'esprit, à décrocher la lune!

  • Bonsoir Hommelibrehommelibre,

    Bah apparemment oui, il y a des parents qui savent dire à ces ados qu'elles existent autrement que par un mec. Moi !! avec l'aide, essentielle, de son papa (sur ce coup je suis très fière de moi... ça me change...je suis toujours fière d'elle !)

    je n'ai jamais vu ce genre de magazines dans les mains de ma fille et quand je lui ai fait lire votre billet, elle m'a dit "Mman ! tu me prends pour une idiote ou quoi ? lire ce genre de con..... j'suis pas blonde ! Ce qui veut tout dire... pour elle.

    Donc, rassurez-vous les ados pour la plupart sont moins c..s que ce que l'on crois !! Ils refont le monde, le leur et le notre !! dans ce dernier cas on a intérêt à s'accrocher, car ça tangue. Quant à la lune elles/ils essayent de la décrocher mais c'est encore plus dur que pour nous !!

  • Bonsoir Audrey,

    Vous n'avez jamais détester vos parents ? je suis sure que oui, mais vous en êtes revenue, donc comme dirait Monsieur Losio "tout passe".

  • Bonsoir Loredana,

    certes "tout passe", mais je craindrais de provoquer l'effet contraire chez mes rejetons. Vous me direz que prendre le contre-pied de l'éducation reçue est souvent aussi un passage, néanmoins il y en a tout de même qui reste coincé-e-s dans des stades réactionnaires.

  • "C'est très rare que je m'arrête devant de genre de magazine,"

    moi j'aurai parié que vous ne faites que ça ...

  • Bonjour à toutes et à tous,

    Bonjour Hommelibre,

    je m'insurge devant l'image de ce mec au "corps parfait" ! En fait, je jalouse son anorexie parce que pour être aussi "bien dessiné", il doit se nourrir d'eau c'est pas possible autrement ???!!!!

    NAN MAIS comment voulez vous avoir un corps pareil et rivaliser un tant soit peu avec un "gulu" pareillement sculpté ????

    Purée de pois chiche cuit à l'eau !!!!

    C'est de l'injustice.

    PTDR :o)


    Bien à vous,

    Stéphane


    PS. Je me mets à l'eau dès ce soir... eau du soir, espoir... :o)

  • Bonjour à tous,

    Anorexique le mec ?? une tablette de chocolat pareille j'croquerai bien dedans !!

  • Le problème, c'est que si ces magazines existent (ou ces magazine sexistent), c'est parce qu'il y a des gens qui les lisent et qu'ils répondent à des interrogations. Quitte à répondre stupidement, mais s'il existait des réponses justes à ces questions, ça se saurait... Certes il y a des effets de mode, mais ce n'est pas uniquement une démarche marketing, encore moins une volonté déterminée d'asservir telle ou untel.
    La preuve, c'est précisément que chez les mecs, il faut attendre qu'ils aient 30 ans pour oser s'en préoccuper officiellement, de "comment séduire?" et de "qu'est-ce que je peux faire pour elle ou pour lui?". Ou "comment faire pour qu'il ou elle m'aime?" Parce que c'est bien joli d'être certain de l'aimer, mais si la réciproque n'est pas vraie... On est dans la M... On pourrait aussi dire qu'avant 30 ans, les mecs ne lisent pas, ce qui ne serait pas faux... Et confirme mon propos.
    Je ne défends pas du tout cette presse vulgaire et cuculaprâline, mais je remarque juste que les choses sont un peu plus compliquées que ce qu'expliquait Tante Simone dans du Côté des Petites Filles. Il y a certes des différences sociétales, acquises, mais il y a aussi des différences biologiques, naturelles. Nous ne secrétons pas les mêmes hormones.
    Pour le reste, Audrey, s'il est vrai qu'il est idiot de chercher à se réaliser à travers quelqu'un, fût-ce la femme ou l'homme de sa vie, voire grandir ses enfants demeure un des grands pieds de l'existence... Et les conflits font partie de la vie, mieux vaut apprendre à les gérer.

  • Bonjour à toutes et à tous,

    la réaction de Loredana atteste de ma réaction... Voilà, l'exemple même de ce que provoque ce genre de photo.

    Donc, il ne me reste plus que le charme pour palier à la gourmandise naturelle que provoque le "chocolat" sur la gent féminine :o)

    Il va m'en fallori beaucoup, mais bon...

    Eau du soir espoir...

    Bien à vous Loredana,


    Stéphane

  • Vous faites pas de soucis, Stéphane

    le charme des hommes grandit à mesure que les cheveux grisonnent, donc plus le temps passe plus vous êtes charmants !! Veinards ;-)

  • @ Philippe Souaille

    Pour qu'ils soient achetés il faut évidemment que ces magasines répondent à un "besoin". Néanmoins la question reste de l'origine de ce besoin et de sa reproduction par ces magazines (l'oeuf et la poule)... Qui/quoi crée cette question chez les si jeunes filles (jeune et jolie est plutôt la presse des 14-17 ans si je me rapporte à mon époque)? Par quelle(s) pression(s) recherchent-elles déjà des conseils maquillages? Pourquoi les besoins changent, se tranforment, évoluent?

    Certes nous ne sécretons pas les mêmes hormones, encore que si l'on allait regarder les variations hormonales intra-sexes on pourrait avoir des surprises. Ayant suivi une androcure par le passé (des petits boutons, pas de l'hirsutisme je précise :-) ) et bien honnêtement je n'ai pas vu de différences dans ma manière de penser, de désirer, de ressentir, etc.Je veux bien que les choses soient plus compliquées qu'un simple ressenti personnel, néanmoins je m'interroge. Et puis, si les choses ne sont pas si simples, il reste que les explications sont toujours généralement dichotomiques: soit tout biologie, soit tout social. Simone de Beauvoir n'a peut-être pas produit une analyse complète (remarquez qu'on l'attend toujours), néanmoins pour l'époque (1949) il fallait tout de même le faire.

    Personnellement je penche pour le social, non par doctrine personnelle (quoique), mais bien parce que l'influence de la biologie sur le social ne peut rester qu'un présupposé, l'être humain n'existant pas dans des contextes a-sociaux, aucune expérience sociale ne pouvant vraiment être jugée totalement comparable d'un individu à l'autre. Et puis par idéologie peut-être aussi, la biologie me paraît bien morne, bien déterministe (sans parler de ses dangereuses dérives), là où le changement social est toujours possible et nous porte à espérer.

    Bonne journée

  • Audrey, la réponse est dans votre question: à 14-17 ans, ces filles si jeunes sont biologiquement des femmes depuis peu, et dans les sociétés moins développées que la nôtre, c'est l'âge où elles font des enfants, donc cherchent à séduire les mâles alpha, etc...
    Simone a eu l'immense mérite d'exister et d'écrire ce qu'elle a écrit quand elle l'a écrit. Elle a permis une évolution décisive, mais qui ne doit pas rester figée à ses écrits.
    Accessoirement, elle était une fort jolie femme, en plus d'être intelligente. Contrairement à Jean-Paul qui en dehors de son brillant cerveau, n'était qu'un concentré de laideur. Je ne suis pas certain que dernier aurait craqué pour un laideron...
    L'être humain est avant tout un animal, qui réfléchit, certes, mais un animal tout de même. En matière de différenciation sexuelle, qui est l'une des choses les plus basiques et animales qui soit, cela relativise fortement l'aspect "social" des choses.
    Là où je vous retrouverai sans doute, c'est que ce n'est certainement pas une raison pour faire ou ne pas faire la vaisselle. Le social peut et doit intervenir pour corriger l'animal. Du moins dans une certaine mesure, car si on le corrige trop, on arrête de faire des bébés...

  • @ Loredana:

    "une tablette de chocolat pareille j'croquerai bien dedans !!"

    Vous savez ce qu'on dit quand on mange des douceurs? 2 minutes dans la bouche, 2 heures dans l'estomac, toute la vie autour de la taille...

    (:o)

    @ Philippe & Audrey: je vous rejoins: il y a bien quelque chose qui fait que les hommes et les femmes se séduisent, une différence autre qu'une construction, qui est de l'ordre du biologique peut-être, de l'archétype peut-être, et qui déborde sur le social et finit en construction. Mais d'accord avec vous Philippe, et avec Audrey: il n'y a aucune raison pour que cela engendre une discrimination.

    J'ai parfois l'impression que l'argument de la construction sociale des genres est très fortement mis en avant pour dire que si les genres sont quelque part égaux ou indifférenciés, toute discrimination serait une erreur conceptuelle, et que donc il suffit d'accepter cette théorie pour que tout rentre dans l'ordre. Or s'il y a différence (qu'elle soit construite, biologique ou autre) entre les genres, la non-discrimination n'est plus conceptuelle, elle est d'ordre moral ou éthique. C'est plus fragile, mais cela engage les humains, car ce n'est plus une évidence mais un choix.

    Personnellement j'adhère bien à l'idée qu'il puisse y avoir des différences autres que construites, même si c'est difficile à démontrer de manière absolue, et je choisis de dire et de vire dans l'esprit que les différences ne doivent engendrer aucune discrimination.

  • D'accord nous sommes des animaux sociaux. Mais nous sommes également des individus, avec leurs particularités.

    Pour cette presse là, je crois qu'il faut relativiser, dans le sens où (heureusement...) toutes les adolescentes n'en sont pas friandes. Et surtout ce n'est sans doute pas leur seul et unique intérêt.

    Par contre, dans un moment de construction, de doutes, de peur d'être différent, moins bien que l'autre, il est sûr que le pouvoir de séduction est important. C'est une manière de se confronter aux autres, de s'auto-évaluer.
    Et pour le moment il semblerait bien que lors de ce passage à l'adolescence, les choses restent les mêmes, à savoir la performance sexuelle pour les mâles et le pouvoir de séduction pour les femelles. Pas sûre que l'un soit enviable à l'autre d'ailleurs. Et pas sûre que cela change un jour.

    Et cette mauvaise presse-là utilise cela pour attirer des lectrices.
    Futures clientes de la presse féminine "adulte" qui ne vaut guère mieux. Qui nous montre une femme collectionnant les succès sur tous les fronts, multi-compétente, multi-tâche, multi-orgasmique et j'en passe.

    Il n'existe pas vraiment d'équivalent masculin à cette presse pour midinettes, peut-être parce que les sujets abordés (si l'on admet qu'à l'adolescence les filles veulent séduire et les garçons être performants) seraient un peu plus crus, dans le genre: tous les trucs et astuces pour être une véritable bête de sexe...

    Un peu hors sujet, mais un article que j'ai trouvé intéressant sur la presse pour filles (enfants/adolescentes) et des questions autour de ce qu'elle colporte:
    http://www.acrimed.org/article2210.html

  • @Hommelibre,

    Très joliment dit. Mais c'est comme pour tout, faut pas en abuser.

    Ou alors faut augmenter le "sport" ;o)

  • Oui, l'avantage est qu'avec ce chocolat-ci, le sport est (en principe) assuré... Ceci compense cela... (:o))

  • Loredana, je m'interrogeais depuis un moment: pourquoi aviez-vous redoublé mon pseudo dans un des commentaires plus haut? Et j'ai enfin compris...

    :o)))))

  • @ Stéphane: un truc qui marche, c'est de mettre la grosse plaque de choc noir sous la chemise. La vue de ces abdominaux tentateurs sous la chemise en fera craquer plus d'une.

    La seule contrainte est de bien calculer le moment où on doit la mettre, parce que si elle reste trop longtemps en place, je vous laisse imaginer...

    (:o)

    Bien à vous.

  • Je ne voulais pas contrarier le fait que vous vous sentiez, doublement homme et doublement libre... à ce moment-là ! Je suis conciliante à défaut d'être diplomate.

  • @ Philippe Souaille

    "Audrey, la réponse est dans votre question: à 14-17 ans, ces filles si jeunes sont biologiquement des femmes depuis peu, et dans les sociétés moins développées que la nôtre, c'est l'âge où elles font des enfants, donc cherchent à séduire les mâles alpha, etc..."

    Je vous suis peu là-dessus. En premier lieu tout le monde a connu des amourettes d'enfance. Beaucoup d'enfants sont coquets aussi sans que ceci ne les ramène forcément à leur fonction reproductive. Quoique qu'on puisse penser de l'instinct reproducteur, et quoique puisse penser l'Eglise, les premiers gestes "sexuels" des enfants sont à caractères auto-érotiques. Je ne suis pas certaine que l'on puisse donc mélanger si facilement: fonctions reproductives-sexualité-amour-désir de plaire. Et puis ces journaux ont formidablement tendance à faire l'impasse sur tout ce qui ne correspond pas à notre logique hétérosexuelle: sexe=genre=désir. A moins de considérer que les homosexuel-le-s sont des "anormaux", on ne peut donc déduire si logiquement de la puberté, des hormones, l'orientation sexuelle, l'amour, et la manière dont tout ceci devrait s'agencer "naturellement".

    Ces jeunes filles sont souvent plutôt en recherche de la féminité telle qu'on se la conçoit. Elles se cherchent dans une identité de genre. Ce qui explique d'ailleurs que les jeunes filles sont parfois "sur-féminisées", développant à outrance des caractéristiques que les femmes plus "mûres" (sorties de la puberté), toujours en âge de procréer, montrent souvent avec plus de subtilité.

    Et puis, si l'on devait suivre la "nature", on devrait également voir les mâles faire la roue, s'inquiéter de se faire aussi beau que des paons, s'inquiéter de savoir quel est leur potentiel séducteur, et donc se faire donner des conseils dans des magazines. L'exemple de magazine masculin présenté ici s'adresse à une clientèle beaucoup plus âgée. En tous cas à mon époque les garçons étaient plus plongés dans les journaux de mangas, voir représentant des nues de femmes, que dans les conseils beautés. C'est là où pour moi ces magazines ne font pas que répondre à une besoin "biologique" mais perpétuent et se nourrissent du stéréotype de l'indolence féminine, encouragée à toujours se montrer sous ses plus beaux atours, et non à se cultiver. Et puis, comme nous avions pu en discuter, les magazines, la mode, présentent des modèles de féminités bien définis, qui sont souvent loin de coller à un idéal "biologique": comment perdre des kilos, ressembler à kate moss, etc., etc.

    Enfin vous savez mieux que moi que, même dans les sociétés moins "développées", il est rare que le choix de la conjointe s'effectue sur de véritables considérations de "séduction animale". J'avoue ne pas être très experte dans le domaine, et j'imagine qu'il est fortement controversé, mais il me semble qu'à part dans les mythes du bon sauvage il est rare que les échanges sexuels ne soient pas codifiés, d'une manière ou d'une autre, et à un moment ou à un autre.

    "En matière de différenciation sexuelle, qui est l'une des choses les plus basiques et animales qui soit, cela relativise fortement l'aspect "social" des choses. "

    Oui, sauf qu'on a tendance à oublier que nous avons su, tout du moins théoriquement, éliminer une des autres différences de base, tout autant fondamentale si on considère que les luttes claniques ont de tout temps existé: les différences ethniques. Le racisme existe encore, et m'est avis qu'on ne pourra jamais l'abolir. Néanmoins la racialisation des différences sociales est aujourd'hui très mal perçue, et l'on aurait bien de la peine à tenir des discours biologisants sur ces sujets à la télévision et dans les médias, alors même qu'un Eric Zemmour, ou un Alain Soral se prononcent, surtout pour le premier, très régulièrement dans les médias sur les différences biologiques entre hommes et femmes qui construisent le social. Et puis, les animaux sont des êtres sociaux, il en existe de toute sorte, même chez les mammiphères.

    "Du moins dans une certaine mesure, car si on le corrige trop, on arrête de faire des bébés..."

    Vous savez, tant qu'il y aura des ovules, des utérus et des spermatozoïdes on devrait s'en sortir. L'égalité sociale peut encore bien avancer d'un bon pas. Notons au passage également que toutes les tâches aujourd'hui étiquettées de manière sexuées sont évidemment sociales: sans processus de civilisation pas d'aspirateur ni de vaiselles, éducation des enfants plus qu'écourtées, etc. etc.

    @ homme libre

    Vous allez me faire pleurer...

    "J'ai parfois l'impression que l'argument de la construction sociale des genres est très fortement mis en avant pour dire que si les genres sont quelque part égaux ou indifférenciés, toute discrimination serait une erreur conceptuelle, et que donc il suffit d'accepter cette théorie pour que tout rentre dans l'ordre."

    Le genre est une construction sociale par définition (on l'aura remarqué j'ai toujours l'impression qu'à force de tapper sur le clou ça va rentrer). Biologiquement les genres n'existent pas. On parle de sexe dans ce cas là. Le problème de la biologie à l'heure actuelle en matière de sexe, comme de toute science en fait, elle qu'elle n'envisage le biologique qu'à partir des conceptions intelligibles humaines. Cela paraît évidemment logique, mais il est bon de le rappeler. A partir de là, la biologie a un sérieux problème dès qu'il faut sortir des dichotomies hommes et femmes, puisque les chromosomes sexuels sont souvent bien plus compliqués que xx ou xy. Il y a des xxx, des xxy, etc, etc. Certains développeront plus ou moins un hermaphrodisme, des stades les plus légers jusqu'à la panoplie complète des caractères sexuels primaires et secondaires. Généralement on résoud la chose en parlant "d'anomalies", une "anomalie" qui représente selon les études médicales tout de même 1,7 à 4%des naissances (source: communiqué de presse de la revue Nouvelles questions féministes volumme 27, no 1: http://www2.unil.ch/liege/nqf/documents/CP-NQF27_1.pdf), ce qui est juste énorme pour une "anomalie" (en comparaison le pourcentage de foetus trisomiques 21 serait environ de 1/600 (source: Janine Goujard, La trisomie 21: approche épidémiologique, http://www.gyneweb.fr/sources/congres/nice/97/t21epid.htm)).

    De fait, la biologie est donc aussi productrice de sens sur la "nature" puisqu'elle arrive à classer 4% des naissances comme anormales, ce qui donne évidemment ensuite "droit" à la médecine d'opérer les enfants intersexes dès le plus jeune âge, histoire que ceux-ci ne soient pas perturbés, ce qui postérieurement tend paradoxalement à créer de véritables problèmes identitaires. En décrétant qu'on ne peut être que homme ou femme, la biologie en tant qu'activité humaine (rien n'existe sans être "révélé") crée donc cette différence première, là où la "nature" est elle-même beaucoup plus nuancée.

    Si vous voulez, je ne réfute pas la biologie en tant qu'"existant", j'ai de la peine avec la biologie en tant que "connaissance" humainement construite et qui se voudrait vérité révélée. Le problème c'est l'orientation positive de l'Occident, sa croyance en une "réalité" qu'il suffirait de révéler, et qui serait directement transcrisible par notre vision. C'est ce positivisme qui a créé, sans forcément se référer aux atrocités du 20e siècle, cette arrogance occidentale, ce droit d'instituer un ordre social. La science n'est jamais neutre, pas plus objective, la biologie comme tout autre a besoin d'être mise en mots, des mots eux-mêmes inscrits dans des schèmes de pensée culturellement construits, ce qui se prouve facilement par la difficulté de traduction de certains termes et expressions.

    Poser la question sur la différence des sexes, une question d'ailleurs à laquelle nous ne pourrons jamais répondre dans l'absolu, c'est donc quelque part s'élever contre le dogmatisme qui, des religions, à l'"ordre de la nature" jusqu'au positivisme (religion de la science s'il en est), n'a jamais été aussi formel que sur cette différence, qui doit rester une question, non un postulat de départ. Les études sur le genre, donc sur la part socialement construite des différences sexuelles, ne font rien d'autres que cela: poser en question cette différence d'une autre manière, tenter d'apporter un autre point de vue. On n'y postule pas que la biologie n'existe pas, on se dit: "Et si celle-ci n'était pas aussi prégnante, comment pourrait-on expliquer la différenciation sur la seule base chromosomique?".

    "Or s'il y a différence (qu'elle soit construite, biologique ou autre) entre les genres, la non-discrimination n'est plus conceptuelle, elle est d'ordre moral ou éthique."

    Oui, mais toute discrimination/ non- discrimination est par essence toujours d'ordre moral, quelque soit la source de différenciation. Personne ne possédant la Vérité absolue toute décisions d'exclusion ou d'inclusion se fonde forcément sur des postulats humains premièrement, et le choix de discriminer ou pas une différence, quelque soit son origine, est forcément une décision humaine. Evidemment que le juste et l'injuste ne peuvent être conceptuels, c'est malheureusement ce que beaucoup avancent grâce à des arguments biologiques. Un bon exemple sur ce blog était celui du (non-)regretté Leclercq qui avançait, ni plus ni moins que, quelque soit nos choix, il y avait des attitudes et des rôles d'hommes et des rôles de femmes, dictés une fois pour toute à l'époque de Lucie et inchangeables jusqu'au jugement dernier que cela nous plaise ou non. Au final, à tout bien y prendre, l'explication sociale est toujours moins déterministe que la biologie, sans compter qu'elle ne dispose que de peu de soutiens, dans un rapport de force scientifique qui, lui, est bien social.

    Vous soulevez également une autre question problématique, et qui relève bien de l'amalgame inconscient entre égalité et indifférenciation, que l'on retrouve souvent lorsqu'on soulève la question de l'égalité et que l'on s'entend répondre: "Oui mais bon, on est différents qd même non?". Quel rapport au juste? Si l'on peut discuter autour des différences, amalgamer égalité et différenciation montre qu'inconsciemment on ne croit pas à l'égalité dans la différence. Si je trouve encourageant que vous fassiez votre credo de la non discrimination, j'ai rencontré assez de gens pour savoir que ceci est très peu partagé. Lorsque j'entends untelle me dire qu'elle va s'arrêter de travailler, parce que c'est son "rôle" de mère, et bien je suis navrée mais je ne peux que croire que la différenciation continue à être obligataire. Qu'un être humain veuille se consacrer entièrement à son enfant peut être compréhensible et n'a pas à être critiqué, mais certainement pas en raison d'une obligation de genre. Lorsque la chose est pensée comme une obligation, comme un destin tout tracé, alors il y a aliénation, et moralement je ne l'accepte pas.


    Lorsqu'au collège on tentait de m'expliquer l'arc-en-ciel par des jeux de lumière sur une manifestation d'humidité, j'ai toujours eu de la peine à comprendre ce besoin humain de formaliser la richesse du monde dans une petite équation. Je comprends bien que ces mêmes équations ont permis les avancées technologiques qui font que nous échangeons aujourd'hui sur ce blog. J'avoue ma passion des questionnements sans réponses et c'est aussi en ce sens que j'ai de la peine à me satisfaire des explications sur les fonctions biologiques primitives.

    Très bonne soirée à vous deux!

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