28 mars 2009

Les magnificences illusoires

Assis sous un arbre, sur une colline, le sage regardait le monde, la marche tranquille des nuages qui prenaient forme avant de se défaire, et la course des vivants en quête d’existence.


Arbre1.jpgIl regardait les empreintes des générations passées s’effaçant dans les hautes herbes, laissant çà et là quelques traces dont on ne savait plus l’auteur.

Il regardait les empires construits sur la violence des ambitions. Leurs chefs en habits d’or et de lumière, entourés de la cour des admirateurs et de la cohorte des traîtres. Il voyait leur fin dans le sang et la poussière.

Il regardait la beauté de femmes et d’hommes, jouant de leur séduction, prenant valeur dans un corps et un visage, inspirant poètes et photographes de mode avant que d’être gravés dans un marbre usé. Il voyait le visage des vieux que le désir n’habitait plus.
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Il regardait la richesse et ses signes de puissance, esclaves, diamants et perles. Et l’arrogance des hommes noyés dans la certitude que leur importance se mesurait à la grosseur de leur voiture. Il voyait ces âmes perdues quand la fortune avait tourné.

Il regardait la beauté des fleurs qui peu à peu retournaient à la terre, la majesté des fleuves coulant entre les rives de villes inouïes avant de se perdre dans la mer.

Il regardait le monde et voyait l’impermanence de toutes ces choses brillantes, et la vanité de les poursuivre. Détaché du monde il prenait la mesure de la paix et de la sagesse qu’il pensait avoir trouvées, où nul désir ni ambition ne le feraient plus entrer en guerre contre d’autres humains. Il était fier d’avoir enfin rencontré cette sagesse.

Enfantsplaying.jpgPuis un groupe d’enfants vint jouer près de lui, riant, pleurant, se disputant qui la meilleure place, qui le plus beau garçon ou la plus belle fille, qui le commandement. A travers leurs jeux il voyait déjà le futur empereur, la nouvelle reine de beauté, le prochain Crésus. Et il sut que la magnificence de sa propre sagesse s’éteindrait alors que la vie, à chaque fois, dans chaque enfant, clamerait sa faim et sa soif d’exister.

Et les enfants l’entourèrent, tirant ses cheveux, pinçant son nez, faisant de ses genoux un trône. Et ils le prirent par la main et l’emmenèrent dans une ronde folle où les chants et les rires jouaient une symphonie dans la prairie, sous le ciel immense.

Et il rit avec eux, et dansa, et rit encore longtemps...

 

 

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07:50 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : sagesse, enfants, nature, beauté, poésie, femme, homme | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

/me likes it. =)

Écrit par : Quentin ADLER | 28 mars 2009

- thank U :)

Écrit par : hommelibre | 28 mars 2009

dommage pour la fin...car rien n'est inéluctable. Le monde est ce qu'il est mais il a évolué et continuera d'évoluer. Il ne foncttionnera pas toujours selon le même processus car les valeurs (universelles) nous guideront vers un monde vraiment humain ( tout ce qu'il a de bon et juste ).

Écrit par : deiana gerard | 28 mars 2009

@ gerard: Oui, je pense aussi que le monde évolue, mais avec des reprises: les enfants ne font plus autant de chemin que les hommes des cavernes mais ils ont quand-même un bout à refaire. Le rire du sage est sa façon de dire aux enfants: ce n'est pas grave, faites votre chemin, je vous attends...

Écrit par : hommelibre | 28 mars 2009

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