20 mars 2009

Nuit et brouillard sur Genève - (Parquer les sdf ou les mettre en stabulation?)

Sur un plan analogique, le terme “parquer” est presque correct. On le verra ci-dessous. Sur le plan de l’usage courant, il est pour le moins discutable.


Stalag.jpgLe Matin cite une proposition d’Eric Stauffer, soit de «parquer les SDF étrangers en situation irrégulière durant la nuit dans la caserne des Vernets avec l'aide de l'armée». Quant aux SDF suisses, il leur réserve les logements adaptés et l'aide des services sociaux.”

Que disent du verbe parquer les différents dictionnaires que j’ai consultés? Voici les extraits.

Commençons par Le Littré:

1°Mettre dans une enceinte, dans un parc. Parquer des boeufs.  Enfermer un troupeau dans une enceinte non couverte, qu'on transporte dans le champ à différentes places, pendant plusieurs mois de l'année, pour le fertiliser par l'urine et la fiente des animaux. 
Faire parquer un champ, y faire parquer un troupeau.  Parquer des huîtres, les mettre dans les clayères. 
2°Terme militaire. Procéder à l'installation d'un parc. 
3°Fig. Renfermer, en parlant des personnes.

Le dictionnaire de l’Académie Française, édition 1932:

PARQUER. v. tr. Mettre dans un parc. Parquer des boeufs, des moutons. Parquer des juments poulinières, des pouliches, des poulains. Parquer des huîtres pour les engraisser.

Il se dit aussi en parlant des Munitions à l'armée. On parqua l'artillerie, les vivres en tel endroit. Nos artilleurs se parquèrent du côté de la rivière.

Par analogie, il signifie Enfermer dans un espace étroit. Les agents parquèrent au poste de police tous ceux qu'on avait arrêtés.

Il signifie, figurément et familièrement, Enfermer dans un emploi, dans une attribution spéciale. Il voulait me parquer dans cette fonction, sans qu'il me fût permis de m'occuper d'autre chose.

Stalag3.jpg
Le Larousse:

Mettre des animaux dans un parc, un enclos : Parquer des moutons.
Enfermer des personnes dans un espace clos et limité, où elles sont entassées : Parquer des réfugiés dans un camp. (La troisième image plus bas illustre précisément que que signifie “parquer” en langage courant).
Maintenir quelqu'un étroitement dans une situation : Parquer les nouveaux embauchés dans des emplois subalternes.
Ranger un véhicule dans une aire de stationnement, un parking.
Placer les huîtres en parc.



De ces différentes définitions il ressort ceci:

1. Au sens propre, le verbe parquer est utilisé pour les troupeaux. On les met dans des enclos ouverts.

S’agissant de sdf qui seraient enfermés et non pas en espace ouvert, on devrait dire: “Les mettre en stabulation libre”...

En effet le Larousse dit: “ On parle de stabulation permanente lorsque les animaux sont maintenus dans des bâtiments fermés pendant de longues périodes (généralement l'hiver) ou même tout au long de l'année (cas de bovins à l'engraissement). Si les animaux sont attachés, gardant une place fixe dans l'étable, on parle de stabulation entravée. Dans la stabulation libre, les animaux ne sont pas attachés et peuvent se déplacer dans l'étable et sur une aire extérieure.”

2. L’utilisation du verbe parquer quand il s’agit d’humains est une analogie, donc pas un sens propre. On vient de le voir: il concernait initialement les animaux.

Stalag4.jpg3. L’usage courant affirme la connotation péjorative du verbe. Le Larouse l’exprime clairement: “Enfermer des personnes dans un espace clos et limité, où elles sont entassées : Parquer des réfugiés dans un camp.” De plus, le mot “camp” associé à l’armée (puisque M. Stauffer propose que l’armée encadre les sdf mis en stabulation) prend lui aussi une toute autre connotation. Un camp surveillé par des militaires, c’est au mieux une prison, au pire un goulag.

Il y a des mots qui dénotent une façon de penser. Cette façon-là ne saurait jamais être la mienne.

Il y a des mots qui tuent moralement celui qui les utilise: M. Stauffer est mort pour moi.


Sur le fond de la proposition, si des sdf étrangers ont un comportement criminel, des sdf suisses aussi, et pas seulement des sdf. Il faudrait donc créer aux Vernet un camp de concentration pour y mettre tous les criminels. Sans procès, bien sûr.

Et les tenir enfermés la nuit seulement ne suffit pas: ils peuvent être criminels le jour.

Au fait, qui déportait les criminels dans des camps: les nazis ou Staline? Ou les deux? Excessive, cette question? Bah, qui est le plus excessif des deux? Lui ou moi?

Pour ceux et celle qui n’ont pas connu, Nuit et brouillard est un vieux film d’Alain Resnais sur la déportation et les camps de concentration.

7LybieTime.jpg

16:10 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : camps internement, eric stauffer, sdf, enfermement, étrangers, nazis, staline | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Je dois dire que les propos du blog de Mr Stauffer semble assez etranges. Mais j'ose esperer qu'il s'agit plus d'une maldresse de langage plutot que d'une volonté de créer des camps de concentration.

Je suppose donc (mais c'est a confirmer) que Stauffer a mal usé du terme SDF pour designer en fait les "touristes du crime sans domicile fixe".

Vous n'êtes pas sans savoir que ces derniers, bien qu'étant tous au plus quelques centaines, sont responsable de 90% de la criminalité de rue qui pourrit au quotidien la vie de quartier entier comme les paquis ou les eaux-vives (cf les bulletins journalier sur www.geneve.ch/police).

Parce qu'il est tout aussi innaceptable (et degradant pour l'état de droit et la democratie) de simplement relacher dans la rue et donc sur la population des pick-pocket-zizous-dealers multirecidivistes et en situation irregulière simplement parce que pour des raisons 'bureaucratiques' on ne saurait pas faire autrement.

En fait c'est l'incroyable incompetence de notre état a remplir ses devoirs fondamentaux de protection des biens et des personnes qui deroule un tapis rouge a l'extremisme.

CE

Écrit par : Eastwood | 20 mars 2009

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Je viens de lire le votre. Il est bien documenté. Je vois que vous aussi vous adorez les idées de M. Stauffert...

Écrit par : Haykel | 20 mars 2009

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@ homme libre

Je suis assez contente de vous entendre prendre position ainsi. On a certes les affiliation politique qu'on a, mais il est vrai qu'après quelque temps sur votre blog je ne comprennais pas réellement ce que vous pouviez avoir à faire avec ce parti, qui n'a pas eu que des mauvaises idées, mais dont le fond est des fois tellement repoussant qu'on se dit que non, décidément, on ne votera pas pour des gens comme ça. Certes ce monsieur ne représente pas l'entier de son parti, mais en tant que président, à mon sens élu, et en tous cas généralement soutenu par sa base, il y a de quoi se poser des questions tout de même.

@ Eastwood

Quelque soit le taux de criminalité d'une population (au surplus hétéroclite : étranger ce n'est pas une nationalité) on ne peut la "parquer" dans son ensemble sans distinction aucune, par simple présomption. S'il y a des éléments réellement perturbateurs, des procédures d'expulsion sont déjà possibles, nul besoin de stigmatiser une population dans son entier. Mais c'est vrai que c'est plus simple de ne pas "trier", on fait le "ménage" d'un coup. Avec une telle vision on pourrait peut-être aussi penser à les stériliser au passage, des fois que ce serait génétique hein... On ne peut pas tout accepter au nom de la sécurité

Écrit par : Audrey | 20 mars 2009

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Tout ces écrits, et surtout ces dérapages, pour le simple verbe "parquer", et bien...
N'avez-vous jamais vous-même "dérapé" ou commis de lapsus malheureux ?
Je ne connais pas Eric Stauffer, ni ses idées, ni même son parti politique, mais de là à écrire tout ce que vous dites pour une terme certainement malencontreusement utilisé... tout de même...
J'estime le grand écart que vous faites plutôt malsain, à la limite de la diffamation.

Écrit par : xx | 20 mars 2009

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@Audrey,

Vous êtes gentille, mais si vous me repondez lisez au moins mon texte.

J'essaye precisement de faire le distingo entre sdf et criminels, et d'ailleur le mot "etranger" n'apparait pas une seul fois dans mon commentaire.

Bonne nuit !

Écrit par : Eastwood | 20 mars 2009

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@ Eastwood

Je vous concède avoir peut-être parlé un peu trop vite, mais sachant que dans sa motion ce monsieur ne vise pas seulement les "touristes du crime" mais fait bien la distinction entre les SDF Suisses, et puis les autres (les non-suisse plutôt que les étrangers si vous préférez mais bon), alors peut-être ai-je amalgamé trop vite ses paroles avec les vôtres.

Mea culpa, mais le reste est valable. Il y a déjà des possibilités d'expulsion, pas besoin de mesures complémentaires discriminantes.

Écrit par : Audrey | 20 mars 2009

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@ xx:

il y a de "simples mots" qui ne sont pas le fait du hasard.

Il sont choisis délibérément pour leur effet, pour la consonance malsaine qu'ils véhiculent.

Pour la violence, je dirais même l'extrême violence qu'ils contiennent et qu'ils ont pour but de réveiller.

Un peu comme la méthode Le Pen et ses jeux de mots tristement célèbres.

Et non, même pas de diffamation, seulement une anticipation, et une mémoire.

Mieux vaut prévenir que guérir.

Écrit par : hommelibre | 20 mars 2009

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@ Eastwood: d'accord sur votre critique à l'égard des autorités.

Écrit par : hommelibre | 20 mars 2009

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Bonjour à toutes et à tous,

Bonjour Hommelibre,

eh bien hommelibre, c'est clair que l'Armée n'a pas pour rôle d'encadrer des civils, étrangers soient ils, et d'autant moins de participer à rétablir des camps.

Penser que notre armée pourrait servir à interner et surveiller des civils... C'est une insulte à nos soldats et à nos officiers qui soyons en sûrs refuseraient d'être mêlés à pareille infamie.

C'est à l'Europe de prendre ses responsabilités envers ces populations de miséreux et non à l'Armée suisse de participer à la renaissance des camps.

Votre billet rappelle que la dérive d'un autre temps a bien commencé un jour.

Fermeté oui, dérive non. Et là, c'est une dérive, le moment est donc venu de dire "stop".

Bien à vous,

Stéphane

Écrit par : Stéphane | 21 mars 2009

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Pourquoi, il faut laisser les SDF crever de froid dehors?

Tout le monde s'en fout en général. Ils peuvent crever, de froid ou de faim, Hommelibre et les autres s'en fichent.

Ce débat devient surréaliste et entre dans un délire historique assez phénoménal. Quand un enfant crève de faim à Bombay tout le monde s'en fiche mais ici chacun dit vraiment n'importe quoi pour se donner bonne conscience.

Mais nous sommes tous des monstres et des pourris puisqu'on crève de faim et tout le monde s'en fout.

Tous des hypocrites. Et Hommelibre, tes malheurs avec la justice qui t'a fait passer pour un monstre semblent bien oubliés. Il manque un peu de raisonnement à tout ça en arrêtant de sortir de vieux clichés éculés.

Écrit par : zozo | 21 mars 2009

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"Il y a déjà des possibilités d'expulsion, pas besoin de mesures complémentaires discriminantes."

Non, certains délinquants sont inexpulsables. C'est tout le problème.

Écrit par : Johann | 20 septembre 2009

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"Et.... seulement une anticipation, et une mémoire."

Je suis choquée, Hommelibre, de l'amalgame outrancier que vous faites avec ces images bouleversantes et le terme employé par ce parti! Les SDF seraient-ils "parqués" via des chambres à gaz?!!!!!!

Écrit par : Patoucha | 20 septembre 2009

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@ Patoucha: Je comprends votre réaction. J'ai voulu répondre avec la même force que celle que le mot "parquer" suggère concernant les humains.

Écrit par : hommelibre | 20 septembre 2009

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"Patoucha: Je comprends votre réaction"

Je vous sais gré d'avoir de l'avoir comprise même si j'en suis encore toute retournée!

"...avec la même force que celle que le mot "parquer" suggère concernant les humains."

Vous avez eu des mots forts et bien placés pour dénoncer ce parti, mais de là à prendre en plein visage un wagon de la mort.... cela m'a déroutée!

"Pour ceux et celle qui n’ont pas connu, Nuit et brouillard est un vieux film d’Alain Resnais sur la déportation et les camps de concentration."

et tant d'autres encore....

Bien à vous

Écrit par : Patoucha | 20 septembre 2009

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Oups "d'avoir" pas eu le temps de l'effacer. Désolée!

Écrit par : Patoucha | 20 septembre 2009

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