3 centilitres d’eau dans le ristretto? Non, 140 litres.

Une tasse à café ne peut contenir de 35 à 140 litres d’eau! Et pourtant c’est le cas virtuellement. Dans un ristretto nous consommons 140 litres. Et en mangeant un steack de 200 grammes nous consommons virtuellement 3’000 litres d’eau environ.

CaféEau.jpgL’eau virtuelle est un concept dû à Tony Allan, professeur au King’s College de Londres. En 1988, alors que le risque d’une pénurie d’eau potable au niveau mondial commençait à se profiler, il a eu l’idée de calculer l’empreinte en eau pour les produits alimentaires.

Ainsi, « chaque année, nous buvons 1 m3 d’eau [ou une tonne] par personne et utilisons 100 m3 pour les travaux domestiques divers. Mais nous consommons près de 1 000 m3 supplémentaires pendant cette même année au détour de la nourriture que nous mangeons ».

Le calcul de Tony Allan tient compte des besoins en eau pour la culture et l’élevage avant notre consommation.

“Prenons l’exemple d’un steak saignant consommé sur le Formica de notre cuisine. Avant d’atterrir dans notre assiette, il aura fallu trois ans pour que le boeuf atteigne l’âge adulte et produise environ 200 kg de viande fraîche. Durant cette période, l’animal aura consommé 1 300 kg de grains (ble, mais, soja, avoine...) et 7 200 kg d’herbe. Or, pour cultiver ces champs, il aura fallu environ 3 millions de litres d’eau. A cela, ajoutons les 24 000 litres d’eau lapés par le ruminant dans son abreuvoir et les 7 000 litres supplémentaires pour son entretien. Bref, pour obtenir 1 kg de boeuf, il aura fallu 15 340 litres d’eau.”

Cette consommation est dite virtuelle parce qu’invisible, mais elle est bien réelle.

Qu’en est-il alors pour les pays qui ont peu de ressource en eau potable? Ils peuvent bien sûr dessaler l’eau de mer s’ils y ont accès. Mais cela coûte très cher et est réservé aux besoins directs, pas à l’arrosage. En fait, en achetant par exemple des céréales, ils achètent l’eau qui a servi à les faire pousser. L’eau est donc devenue une véritable et chiffrable matière première. Avec, à terme, des risques de conflits entre Etats ou des pénuries lourdes de conséquences pour les populations.

En attendant, et même si cela ne représente qu’une infime partie de l’eau totale utilisée, nous pouvons en réduire notre consommation: douches plutôt que bains, et douches courtes avec jet économiseur; voiture lavée dans les stations disposant d’un récupérateur-recycleur; arrosages dans le sol et de nuit ou à la fraîche pour diminuer l’évaporation; etc.

Allez, santé.

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Catégories : société 15 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Excellent ... et utile!

  • Et pour aller plus loin (?) : La politique de l'oxymore, Bertrand Méheust. La Découverte.

    Maman, j'ai peur!

  • "Et pour aller plus loin (?)" Il suffit d'attendre, car les dernières paroles du dernier des hommes seront encore du même ordre.

  • J'ai déjà bu 420 litres d'eau aujourd'hui, rien qu'en ristretti: mais avec une plus grande conscience de ce que je faisais.

  • Si ces chiffre sont probablement bien réels, il faut ce mefier du terme "consommation". Il s'agit plutôt d'un cycle, puisque bien entendu l'eau "consommée" ne disparait pas.

    Ainsi quand je lave ma voiture ou me douche, c'est de l'eau pompée du lac qui retourne aussitot dans le Rhône a travers le reseau des eaux usée et une station d'epuration. Reduire cette activité ne changerait absolument RIEN au problème du Sahel ou autre.

    CE

    PS: Et les 24'000 litres d'eau lapé par le boeuf, vous savez ce qu'il en a fait ;)

  • Merci pour cet éclairage Eastwood. Comme d'hab, rien n'est simple... Toutefois le problème se pose quand-même en terme de nombre d'humains partageant la même nappe phréatique. A Genève, la nappe est réalimentée par les eaux de l'Arve depuis longtemps. Ce n'est pas possible partout, et cela dépend encore de l'accroissement ou non de la population dans les régions moins pourvues dans cette ressource. Mais je pense quand-même que de diminuer notre conso évite à terme d^épuiser les ressources et d'en garder par exemple assez pour l'irrigation des cultures quand c'est nécessaire.

    Dans notre région, il est tombé à nouveau plus de pluie depuis l'an dernier, mais nous avons connus des déficits pendant environ 5-6 ans. Normalement la pluie (ressource naturelle) pourvoit largement à l'arrosage. Mais quand on voit la désertification en Espagne, le problème pourrait se poser dans une partie de l'Europe.

    Euh... pour le boeuf... il rote du méthane?...

    (:o)

  • Loin de moi l'intention de pousser au gaspillage, c'est vrai que la sensibilité du problème de l'eau est très variable selon les regions. A Geneve certain prise d'eau se font effectivement dans la nappe freatique, mais egualement directement du lac (c'était pas une image). Alors tant que le niveau du lac reste acceptable... continuons a nous laver sans remords.

    CE

    PS: Le boeuf n'est pas un egoiste, il a rendu ses 24'000 litres a la terre en pissant (moins quelques litres equivalent a sa prise de poid, moins ce qu'il a transpiré ou expiré qui est reparti dans les nuages).

  • Salutations,

    Un autre intéressant constat est celui de la perte énergétique au travers de la chaîne alimentaire.

    http://www.biologie534.com/objectif8.html

    Bien à vous,

    Q.

  • Il se trouve que l'eau est très mal répartie sur la planète. Les plus forts et les plus intelligents ont occupé les meilleures places en sortant d'Afrique. C'est trop injuste !

  • Je rejoins Eastwood dans son analyse et ajouterai ceci :

    La Suisse regorge d'eau, à ne pas savoir qu'en faire. Aucune pénurie à craindre.
    Le problème n'est pas la quantité d'eau utilisée, c'est le type de pollution que nous y ajoutons.

    Dans un village de mon Jura ou j'ai grandi, par exemple, la baisse de la demande en eau pour les ménages par mode écologique crée plus de problèmes que d'autre chose : l'eau stagne plus dans les conduites, lesquelles vieillissent moins bien, donc surcoût à venir pour leur entretien. En gros, quand la demande d'eau baisse, le prix au mètre cube augmente. Et les stations d'épurations rajoutent l'eau "économisée" par les bonnes consciences.

    Ne cédez pas aux dogmes écolos sans vérifier s'ils concernent notre pays, ou d'autres différemment lotis...

  • @ Quentin: Je n'ai pas bien compris la démonstration sur le lien. Avez-vous des éclaircissements?

    @ Greg: En effet la matière première "eau" est diversement distribuée sur Terre, et de plus sa distribution est variable. La Suisse est plutôt bien servie. Pour autant je ne suis pas convaincu par votre argumentation. D'une part, si la situation que vous décrivez dans le Jura montre l'abondance dans cette région, faut-il pour autant utiliser des jets qui débitent autant d'eau au robinet alors que des systèmes existent qui permettent d'en utiliser beaucoup moins avec le même résultat?

    La tendance à économiser les ressources est logique, dans tous les domaines. Pas forcément par crainte du manque mais parce que c'est intellectuellement défendable. Cela fait partie d'une attitude d'anticipation: les humains savent que par périodes il y a beaucoup et par d'autres il y a moins.

    D'autre part, si les conduites se détériorent, il y a peut-être des matériaux différents à utiliser. Peut-être peut-on trouver un système pour diminuer la quantité d'eau en circulation. Pour ma part, sans être prisonnier de dogmes, je pense que la vue à long terme fait partie de la gestion de notre espèce. C'est peut être en partie ce qui lui a permis de survivre dans toutes les conditions sur toute la planète.

  • Quand l'absurde est utilisé à des fins politiques ...
    L'eau de notre planète ne disparaît pas quand on l'utilise, elle est simplement recyclée. Si je bois 2 à 3 litres d'eau par jour (dans toute ma vie j'aurai bu plus de 60'000 litres), je ne ressemble pourtant pas à une citerne.

    Plus de 70% de la surface de notre planète est occupée par l'eau, sans compter les milliards de litres d'eau retenus par les glaciers. Malheureusement, la répartition est inégale. Le manque d'eau dans certaines régions était la raison principale pour les migrations de nos ancêtres et de certains animaux.

    On estime le nombre de buffles qui habitaient le continent américain dans le 16ème siècle à 30 millions. Je présume qu'ils consommaient aussi de l'eau ...

  • @Quentin Adler: "...de la perte énergétique au travers de la chaîne alimentaire."

    Ceux qui ont fait attention pendant les cours de physique savent que l'énergie ne peut pas être perdue, elle peut seulement être transformée en une autre forme et déplacée.

  • Il ne faut pas oublier que l'eau doit être traitée pour être rendue potable. (consommant énergie et chimie)


    @benpal:
    Merci de votre exactitude. Je corrige donc "perte" par "rendement" ou de "gaspillage", même s'il me semble que l'énergie résiduelle ne soit actuellement pas une notion très importante en biologie.
    (peut-être à tort... qui sait?) ^^
    @hommelibre:
    Lisez simplement le point 3 sur l'énergie.
    Il faut compter qu'à chaque maillon de la chaîne alimentaire une partie de l'énergie est utilisée et perdue pour le maillon suivant. Ce "gaspillage" est dû à la consommation métabolique, à la non-comestibilité de certains organes et à l'imperfection des systèmes de digestion/photosynthèse. En simple, la viande a un coût énergétique supérieur aux plantes pour un même apport énergétique. (On ne prend en compte que l'aspect énergétique.)
    En bref, devenez végétarien! ^^
    Ou bien simplement modéré. ;-)

    Sincèrement,

    Q.

  • Claro. Réduire sa consommation de viande (voire devenir végétarien) est un excellent moyen de réduire massivement son impact sur la planète et sur les ressources.

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