Famille décimée: le choc

Le drame survenu hier au quai du Cheval-Blanc est largement commenté dans la Tribune du jour. Pour l’heure il y a plus de questions que de réponses sur la genèse de cette tuerie

Arve_08.jpgUn psychologue tente d’expliquer la probable détresse extrême vécue par cet homme. Soit, c’est important de tenter de comprendre. Une personne en profonde dépression ne veut plus de la vie: cela arrive, on le sait, et c’est toujours une difficile question pour ceux qui restent et connaissaient la personne: que n’ai-je pas vu? Pas entendu? Qu’aurais-je pu faire? Après coup notre sentiment d’impuissance est peu de chose: c’est trop tard. Et l’on ne peut pas tout voir, tout anticiper.

Mais il manque des bouts.

Par le droit à disposer de sa propre vie, la personne qui se suicide fait un choix pour elle-même. Choix contraint par la douleur, ou guidé par le sentiment d’échec ou d’inexistence. Mais pourquoi emporter les autres avec soi? De quel droit décider qu’ils sont liés à sa propre souffrance?

Le peu que l’on sait du drame montre qu’il a préparé son acte. Il a peut-être agit sous l’emprise de la détresse, mais pas sur un coup de folie spontané. Sa détermination est démontrée par le fait qu’il ne s’est pas raté lui-même. Sa lettre posée dans sa camionnette, l’acquisition d’une arme, la tuerie méthodique (une balle dans la tête de sa femme et de ses deux fils) sont pour moi plus que de l’ordre de la seule détresse. Des meurtres planifiés. Comme si en les tuant il se vengeait de quelque chose. D’eux? De la vie? On ne le saura pas. On ne saura pas quelles étaient leurs relations intimes, les conflits, les vases communicants entre eux. Mais on saura peut-être pourquoi il a pu les tuer l’un après l’autre sans que le premier coup de feu ne fasse réagir les survivants.

Décider de la vie et de la mort des autres est et reste inacceptable. La détresse ne justifie pas tout, n’explique pas ce qui s’est passé dans sa tête. Mais comprendre reste nécessaire pour, peut-être, intervenir plus vite dans un autre cas et éviter d’autres drames. Si c’est possible. Voeu pieux. Alors, au moins pour nous rassurer sur notre incapacité à commettre de tels actes. Car celui qui passe à l’acte doit bien avoir une psychologie particulière, doit être dans un autre monde, pas le nôtre. Peut-être.

Question du jour: quel est le passage entre le respect de la vie et le meurtre?

 

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Catégories : société 7 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Ce genre de "faits divers" (quel terme terrible...) arrive régulièrement, je m'étonne qu'on n'ait pas encore réussi à le décrypter suffisamment pour pouvoir prévenir ce genre de carnage.

    Les hommes malheureux sont incapables de s'exprimer (cf le film Taxi Driver) et la seule solution qu'ils trouvent à leur malheur, c'est de faire un massacre. C'est le même schéma que les massacres dans les lycées (Columbine, Jokela, etc...). Ils ne veulent pas que leur femme et leurs enfants leur survivent, cette pensée leur est intolérable (pourquoi??? une fois mort, qu'est-ce que ça peut bien leur faire?)

    C'est un comportement totalement primitif et animal. Il faudrait apprendre aux hommes qu'il n'y a pas de honte à être malheureux, il n'y a pas de honte à "rater sa vie" comme le pensait l'homme de ce récent drame. Qu'on crée des groupes d'entraide (cf Fight Club!!), qu'ils aillent exorciser leurs démons en hurlant dans les bois, en dansant nus sous la pleine lune, en plongeant dans le lac glacé... Qu'on trouve quelque chose!!! Que ça ne se reproduise plus!

    Quel gâchis...

  • Teufelerei! Sens trop aigü du Devoir? oui avec un grand D, édukation sociale au sens de la famille comme propriété? Amour, tel qu'il paraît impossible de laisser "les siens" dans la douleur et la difficulté de la situation déclencheuse de l'acte?
    Personellement, et vous allez me hurler dessus Hommelibre, si,si! Ces actes ne peuvent avoir lieu que dans une société qui se fragmente en famille, individu, unités de consommation. J'assène, mais de tels faits ont-ils lieu dans des sociétés plus "tribales", plus communautaire? Ja, quelqu'un? Margaret Mead? le relire en entier?...

  • Salut redbaron, si si je vous comprends, et je ne vous hurle pas dessus. Car malgré mon individualisme profond, j'aimerais croire que les sociétés tribales sont un modèle utilisable. J'aime par exemple la palabre africaine, qui dure tant que tout n'est pas posé correctement. Mais les société tribales sont très hiérarchiques. Il y en a eu aussi des anthropophages. Et n'ont-elles pas malgré tout des cellules familiales ou clanique? J'aimerais bien vous rejoindre, mais je ne suis pas certain que cela ait existé au sens où nous l'avons esquissé précédemment. Décidément, rien n'est parfait...

  • @ redbaron encore: à propos d'éducation à la famille comme propriété. Et si ce point était non pas une éducation, mais un instinct, que l'éducation ne fait que relayer, valider conceptuellement et amplifier? Quel parent, père ou mère, n'a pas un certain instinct de "propriété" sur les siens? D'ailleurs cela ne ferait-il pas partie de la survie de l'espèce?

  • Redbaron, dans sa réfutation du totem et tabou de Freud, le grand ethnologue Malinowski analyse une coutume pour le moins particulière des Mélanésiens des ìles Trobriand parmi lesquels il a vécu 2 années en 1915. Il fut par la suite violemment critiqué par les psychanalistes qui tentèrent de nier la réalité de ce qu'il décrivait. L'influence des missionnaires aidant, ces coutumes avaient effectivement quasiment disparues lorsque d'autres voulurent les étudier après la seconde guerre mondiale.
    Malinowski décrit donc une très grande liberté sexuelle qui aboutit à la négation du rôle du père, les enfants étant élevés par la mère et son frère, leur oncle donc. Du coup plus de complexe d'Oedipe, ce qui restait en travers de la gorge des psys, toutes chapelles confondues. Mais dans l'une des îles, le premier né d'une femme était systématiquement égorgé à la naissance, et remplacé par un jeune goret, qui était élevé comme un membre de la famille durant une année, avant d'être égorgé à son tour et mangé.
    Au-delà de la violence de l'acte, sa raison profonde demeure obscure. Les ìles Trobriand produisent à priori tout ce qu'il faut à l'homme pour se nourrir sans trop d'effort, mais peut-être qu'une surpopulation eut pu mettre en péril ce bel équilibre, expliquant ce contrôle des naissances d'une brutalité absolue.
    A moins que l'origine soit purement symbolique, comme le voudraient les psys.
    Désolé, je ne retrouve plus le titre du livre, que j'avais lu à l'époque en 10/18. Mère pourra peut-être nous aider ?

  • Ja,Hommelibre, RIEN n'est simple... Que dire de plus, les expériences des communautés hippies (planète avait passé un doc la-dessus, en interrogeant parents et enfants, dont... l'acteur Peter Coyote), celles qui ont fonctionnés et durent encore... Sinon, M.Mead, qui était la référence dans mon commentaire, si mes souvenirs sont bons, parlait d'une responsabilité collective pour les enfants chez les polynésiens, mais bon, l'anthropophagie, tout ça... donc
    Pour le second commentaire, oui les "liens de sang" (pour résumé,ce terme, il y a des tas d'autres liens filliaux (?) ça s'écrit ça? ben pour résumer je me résume là) existent, plus ou moins lache selon les personnes, les individus, les "scénarios" et "contre scénarios" (termes A.T)... Etait-cedans "propre en ordre", ce bouquin qui parlait de comment la suisse... et ou étaitr raconté que les gens de "basse couche sociale" vivaient "entassés" dans des "taudis", et que pour éviter les agitations potentielles politiques, on avait construit des immeubles collectif afin de les séparer en famille "ordonnées"... J'écris ceci, parce que je ne sais pourquoi, mais il me semble que cela peut faire partie des causes. Les solutions données par...par (je monte d'un ou deux écrans)... T. Hyvärinen, ne sont pas mauvaises elles ont fait leurs preuves en milieu psychiatrique, mais dans les cas comme celui-ci, serait-ce suffisant? Si les raison du père (en l'état actuel des connaissance de "l'affaire") sont d'ordre économique, alors je me permets de dire que la "société" en est aussi co-responsable. Pourquoi un homme ne difficulté financière ne va pas (fierté, peur?) demander une aide? encore une trace d'éducation parmis d'autres!
    Petits,les missiles hommelibre bitte! Là, je suis plutôt le raidebaron, non, HL au sens de fatigué.
    Bien à vous

  • @Phillipe Souaille, très intéressant commentaire. J'y ai appris plein de choses. Sérieux! L'homme est un sacré mystère. Même sans problème apparent, il faut qu'il s'en crée, et les garde précieusement!
    Merci, Bien à vous.

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