Outreau: la descente aux enfers du juge Burgaud

Fabrice Burgaud, le juge d’instruction tristement célèbre de l’affaire d’Outreau, passe devant ses pairs du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) pour répondre des graves dérapages du dossier. 13 innocents en prison pendant plus de trois ans, un détenu - innocenté par la suite - qui se suicide en prison, des mères salies pendant des années aux yeux de leurs enfants, un dossier instruit à charge, des vérifications non faites.

Outreau2.jpgDans ce qui est la plus éclatante dérive judiciaire depuis longtemps, verra-t-on enfin la responsabilité de la justice? Cela me paraît indispensable. D’abord pour les victimes. Une fausse accusation est un cauchemar. C’est très difficile d’expliquer le vécu, le traumatisme profond. Et très difficile aussi d’en effacer les traces aux yeux des autres. Même lors d’un acquittement net et sans appel, le doute subsiste pour beaucoup, et les chefs d’accusations eux-même restent collés comme si cela remplissait on ne sait quel secret goût du sordide.

Ensuite pour la Justice. La question de la responsabilité et de la crédibilité de la justice est au centre de ce procès. Cette institution opaque, cette forteresse, ne reconnaît quasiment jamais ses erreurs. Je n’attends pas qu’elle soit infaillible, mais alors qu’elle est si prompte à mettre les criminels face à leurs responsabilité, pourquoi est-elle si lente à prendre les siennes? Elle devrait pourtant donner l’exemple. L’indépendance de la justice n’est pas égale au droit de faire n’importe quoi et de s’en laver les mains.

Alors, que le juge Fabrice Burgaud paie pour ses errements, c’est la moindre des choses. Il est le premier responsable de cette débâcle. Il a pris Outreau5.jpgdes décisions dont on sait qu’elles étaient déraisonnables et abusives. Il a mené le dossier à sa guise. Qu’il paie pour ses actes. Mais il n’est pas seul. Sa hiérarchie qui a validé son instruction est tout autant responsable. Il ne doit pas être seul à payer. D’autres doivent descendre de leur forteresse, de leur piédestal, de leur intouchabilité, et goûter à l’enfer du déshonneur. Les victimes accusées faussement le connaissent ce déshonneur. Chacun son tour. Et tôt ou tard il faudra bien en venir à ce que la Justice soit supervisée par des commissions indépendantes pour la recadrer, comme pour n’importe quel service d’Etat.

Et n’oublions pas: Outreau n’a été que la partie la plus visible. D’autres abus judiciaires ont lieu régulièrement sans être sanctionnés. Des petits Outreau, il y en a beaucoup d’autres.

Les positions des juges dans certains cas sont incompréhensibles, sauf à penser que leurs préjugés sont plus importants que la loi. Par exemple, Khalid Naji n’est Outreau4.jpgtoujours pas libre alors qu’il doit l’être vu qu’il a fait appel, dans la mesure où son comportement n’a jamais posé de problème. C’est le cas, il a répondu à toutes les demandes de la justice avant son procès. Dans le même temps, Me Karim Achaoui vient d’être libéré dans l’attente de son procès en appel. Deux poids et deux mesures?

Khalid va faire bientôt une nouvelle demande. En attendant, il en est à son 32e jour de grève de la faim. Plus j’avance dans ce dossier plus je vois comment l’affaire a été tordue. Je continue à m’impliquer et je vais le faire avec son comité de soutien car il a besoin d’aide. Puisse la Justice corriger ses dysfonctionnements. Puisse notre société revenir à plus de raison.

 

 

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Catégories : société 4 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Le petit juge et ses compères qui ont dirigé l'affaire d'Outreau doivent finir aux archives du Palais de Justice !

  • oui quel désastre cette affaire d'Outreau, beau gachis de la part d'un Juge inexpérimenté devant gérer un dossier aussi complexe.
    Que de vies salies, les fausses accusations ont détruit effectivement des protagonistes malgré eux decette sordide affaire.
    L'abject de cette histoire c'est que finalement en plus elle a desservi considérablement la cause des enfants victimes d'abus sexuels, cause ô combien urgente à défendre!
    car n'oublions tout de même pas un point essentiel : c'est que dans l'affaire d'Outreau il y a incontestablement eu des enfants victimes de pédophiles...ils n'étaient pas tous des "menteurs"
    mais oui, que ustice soit rendue aux personnes faussement accusées et aux enfants réellement bafoués

  • @ vali: en effet, cela dessert les enfants vraiment victimes. Ca c'est dur à accepter. Il faut devenir d'autant plsu rigoureux dans le questionnement des enfants. Des protocoles existent, qui n'ont visiblement pas été respectés dans ce cas. Un enfant peut imaginer, interpréter, être sous influence, dire ce qu'on attend de lui parce qu'il est impressionné. Alors si les questions sont inductives dans les mots ou dans l'intention, les dégâts sont là. Il faut non seulement un protocole rigoureux, contrôlé par d'autres, mais en plus des personnes hautement qualifiées.

    Il y a des enfants auxquels on n'a jamais rendu justice. Et il y a aussi beaucoup d'accusations erronées voire carrément fausses. C'est tellement délicat comme sujet, comme vous le soulignez. Il est injuste qu'un enfant victime ne soit pas entendu. Et si injuste aussi qu'un innocent soit faussement accusé. Ces questions sont vraiment un aspect très difficile de la justice.

  • merci hommelibre pour ton commentaire. je te rejoins sur la façon "d'entendre" ou "d'accueillir" le témoignage de l'enfant (je préfère ces termes à questionnement ou interrogatoire) et effectivement des protocoles existent et le fait de filmer les auditions permet aussi à l'enfant de ne pas répéter le témoignage. Il serait bon que ceux-ci soient respectés afin d'éviter ce genre de fiasco. Il me semble qu'en Suisse c'est à peu près au clair.
    Mais tu as raison parler aussi des fausses accusations permet de voir où le bas blaisse en matière de prise en charge de ces dossiers toujours plus nombreux par ailleurs.

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