Nom de famille: on n’est pas sortis de l’auberge

Le débat s’annonce intéressant: quel nom de famille donner aux enfants? Il y a là une réflexion fondamentale à mener. Au nom du principe d’égalité, d’autres principes vont-ils être relégués? Et lesquels?

Famille1.jpgConsidérons d’abord que l’environnement où naît un enfant est en principe une famille. La famille est une unité composée de plusieurs membres, et son existence est garantie par la Constitution fédérale. De plus la famille est le premier rouage de l’organisation sociale. Elle dispose donc d’une place importante, primordiale même, dans les repères de notre société. Et s’il est de bon ton actuellement de dénigrer l’institution familiale, on n’a encore rien trouvé de mieux pour assurer les bases de l’existence individuelle, du développement psycho-physique et de l’éducation.

Dans le projet d’égalité du patronyme, la famille passe visiblement au second plan. Ce n’est plus qu’une question de négociation, d’épicerie, et la marque d’un constat de désunion initiale. Or s’il est bien un domaine où la stricte égalité - en tant que dogme - peine à s’appliquer, c’est celui-là. Il y a nécessité sociale, économique et éducationnelle à identifier une famille. Le double nom permet aux conjoints de choisir de garder son patronyme tout en ajoutant celui acquis par le mariage. En cela il maintient l’existence d’une unité identifiable tout en respectant les identités individuelles. Si cela semble dépassé pour certains, allons dans l’absurde: la fin d’une unité identifiable devrait aussi passer par la fin de la cohabitation sous le même toit. Chacun son nom, chacun son appartement, et bientôt chacun son enfant.

On peut critiquer l’idée d’une unité familiale en arguant du fait que les partenaires d’un couple non-marié gardent chacun leur propre nom de famille. Certes, cet argument mérite d’être pris en compte. Pour autant le mariage reste une valeur aux yeux de beaucoup. Il est un plus par rapport au concubinage, un plus que certains choisissent librement. Dans cette valeur il y a la notion d’unité du couple et de la famille. Il me semble important de préserver d’une manière ou d’une autre cette unité. Le patronyme unique ou le double nom préserve cette unité.

En ce qui concerne les enfants, ils ont besoin d’une identité claire et unifiée, tant que faire se peut. Je ne pense pas que ce soit la seule condition de leur développement, bien évidement. Mais cela fait partie d’une reconnaissance sociale importante dans leur construction: savoir d’où ils sont issus.
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La solution proposée par le Conseil fédéral, soit de faire décider par un juge ou par tirage au sort du patronyme de l’enfant, est stupéfiante et irresponsable! Ils ont peut-être trop fumé la moquette: “Cool, mec, on jette les dés et on verra bien ce qui sort!”. Il s’agit là d’une complète déresponsabilisation des parents, qui sont considérés comme incapables de décider par eux-mêmes. Cela augure mal de l’avenir: une décision de cet ordre laissera une amertume dangereuse à l’un des deux parents. Et cela laissera intact le conflit qui les a empêchés de décider.

Si les parents ne peuvent s’entendre sur la question du patronyme, est-il opportun qu’ils se marient et aient des enfants? Je pose la question. Car ce désaccord suppose un conflit ou une guerre larvée pour quoi on n’a trouvé aucune solution. Gageons que ce conflit pourrira la vie du couple pendant des années. Cette proposition du Conseil fédéral, déraisonnable, doit donc passer à la trappe. Le système actuel du double nom ne semble pas être si mal vécu qu’il faille en changer.

La Commission du national suggère qu’en cas de désaccord, le nom de la mère l’emporte. Pas d’accord. Quelle meilleure façon de déresponsabiliser le père, de l’exclure? Car si la mère sait de toute évidence qu’elle est bien la mère, et elle le sait par son corps, son ventre, ses tripes, son coeur, le père lui n’est jamais qu’une pièce rapportée qui se greffe sur le miracle de l’enfantement. N’oublions pas qu’actuellement, 5% à 15% des pères ne sont pas les pères biologiques et ne le savent pas, selon des études américaines.

Il ne saurait jamais y avoir d’égalité sur ce point: les femmes enfantent et pas les hommes.

Par contre, et je rejoins l’avis de nombreux psychologues, la fonction symbolique du père doit être marquée et reconnue. Donner son nom est un engagement et une fierté, une responsabilisation pour l’homme. Il se peut que cela n’ait aucune importance pour certains hommes, mais ils ne sont qu’une petite minorité.

Une société sans fonction particulière pour les hommes et les pères est-elle viable? Au vu des difficultés de nombreuses mères à élever seules leurs adolescents, je ne tenterais pas ce pari. La mère est mobilisée envers les enfants et la famille par son corps, l’homme l’est par sa place symbolique. C’est ainsi, et l’égalité n’y change rien. Démobiliser l’homme est un danger social à long terme.
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Il ne devrait pas y avoir un tel choix dans le couple. La communauté a besoin de repères, c’est à elle de les fixer pour l’ensemble de ses membres, du moins en ce qui concerne les grandes questions. Sur la proposition de donner le double nom à l’enfant, et de le laisser choisir à sa majorité, il semble évident qu’il y aura conflit de loyauté: un enfant qui est bien avec ses deux parents n’a pas de raison de choisir un nom plus que l’autre. Là encore, la communauté doit avoir fixé des règles supérieures au simple choix individuel.

L’égalité a bien d’autres domaines où elle doit encore progresser - pour les femmes comme pour les hommes. N’ouvrons pas une guerre des sexes aux conséquences très incertaines sur ce principe d’égalité élevé au rang de dogme. Ou alors, trouvons le moyen pour que les hommes enfantent aussi - ainsi nous seront dans l’égalité!

Quand aux couples qui se divisent sur le patronyme, qu’ils réfléchissent à ce que ce conflit cache comme autres conflits relationnels, ou comme problématiques personnelles qu’il faudrait peut-être traiter avant de faire des enfants.


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Catégories : société 4 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • La religion et la tradition subissent des attaques permanents.
    Après avoir lu l'article dédié au mariage sur Wikipédia, on comprend mieux cet acharnement anti-religieux.
    Comme le mariage des homosexuels, les femmes prêtres, etc.

  • Hihihi, il faut inventer un système de demi-nom...:=)) genre: maman= goetelen, papa= Durand....enfant fille =Goetrand....enfant garçon = Durelen ça pimenterait l'étude des patronymes....

    Sans plaisanterie, l'idée de tirer au sort montre bien la complexité de la question....
    L'enfant né hors mariage, même reconnu par son père, porte actuellement le nom de la mère...

    L'enfant né pendant le mariage, même d'un autre père, porte le nom du mari, même si tout le monde est au courant et que les conjoints vivent séparés et même dans un nouveau concubinage....

    C'est vrai que la question est épineuse...

    Bonne soirée!
    Ark

  • mdr!... (:o) ...

    Mis en effet c'est complexe. Pour moi le problème est que, quelle que soit la solution, c'est un domaine où l'égalité stricte n'existe pas. A moins comme tu proposes de diviser les noms. Ou mieux: de couper les enfants en deux...

    Qu'un juge décide, il fait forcément pencher la balance d'un côté. En fonction de quoi? On n'en sait rien. Se ses a priori, de son humeur, de l'air du temps. C'est la porte ouverte à l'arbitraire juridique. Le tirage au sort: idem.

    On est en plein devant une dérive égalitaire. Plus rien ne tient sur rien, plus de fondement, l'arbitraire. Je pense que l'on doit prendre une décision claire plutôt que de fatras glauque qui est proposé. Et comme on entend beaucoup les femmes dans notre société, je demande que l'on entende aussi les hommes et que l'on tienne compte d'eux.

    Pour une décision claire, il faut un fondement. Celui de la valorisation du rôle et de la place du père me semble mériter la plus grande attention.

    Car si on va vers l'arbitraire judiciaire, bonjour les dégâts pour les générations à venir, et bonjour à la contamination de l'arbitraire.

  • L'enfant est le fruit de deux: une femme et un homme.
    Très longtemps dans la société le droit de femme de donner son nom à son enfant était inexistant.
    Heureusement dans notre société avec une évolution on a compris que c’est quand même la moindre de choses pour que la mère puisse transmettre son nom a son enfant.
    Quand les gens se marient ils ne sont pas obligés de prendre le nom d’autre. Donc si seulement un qui va transmettre son nom et pas l’autre, alors imaginez Mme ou Mr trucmouche vient chercher un enfant qui s’appelle Machin. Ne voyez vous pas de problème ?
    Donc, vraiment, je ne vois pas, c’est quoi le but de cet article ? Dire que le nom du père est plus important que celui-ci de la mère ? Lol, la vous devez rêver.Enfnat doit avoit deux noms, point barre.

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