Fausse mémoire: des thérapeutes déviants fabriquent des viols à la chaîne

Il y a quelques semaines, Sphinx postait un commentaire faisant état du syndrome de la fausse mémoire. Hier soir, l’émission “Les infiltrés” de France 2 traitait ce sujet dans le cadre plus général des manipulations par les pseudo-gourous.

FausseMémoire2.jpgC’est aux Etats-Unis dans les années 80 qu’a commencé à se répandre le syndrome de la fausse mémoire. Des pseudo-thérapeutes induisaient chez leur patients l’idée qu’ils avaient subi des abus sexuels dans leur enfance, mais que ces souvenirs avaient été refoulés - raison pour laquelle ils n’en avaient pas mémoire.

Les techniques pour induire ces faux souvenirs sont soit l’hypnose, soit la suggestion directe: “Vos symptômes correspondent exactement aux conséquences d’un abus sexuel”, soit comme montré dans l’émission d’hier, la thérapeute “lit” dans l’inconscient du patient et transcrit elle-même le supposé contenu de cet inconscient.

Ces thérapeutes donnent ensuite au patient une info précise sur la personne en cause: père, mère, grand-parent. Cette info est supposée être sortie de l’inconscient du patient, elle est présentée comme parfaitement fiable et hors de tout doute.

Les résultats sont graves: patients perturbés pendant des années et donc dépendants du thérapeute, coupure totale d’avec la famille, fausses accusations pénales d’abus sexuels.

Aux USA une psychologue connue, Elisabeth Loftus, a démontré expérimentalement que le cerveau ne refoule pas les traumatismes au point qu’ils soient totalement absents. Un enfant abusé s’en souvient, même lorsqu’il le tait. Suite à la démonstration du mensonge des faux souvenirs, de nombreux patients ont posé plainte contre leur thérapeutes. Les procès ont été généralement gagnés, ce qui a enrayé le mouvement. Mais le mal était fait: des milliers de familles avaient été détruites et nombre d’erreurs judiciaires commises contre des parents innocents.

Le phénomène gagne la France. Le président de la Miviludes (commission officielle d’études des sectes) estime que 3’000 médecins et autant de non médecins pratiquent cette pseudo-thérapie. 80% des victimes de ce syndrome de la fausse mémoire sont des femmes. Des femmes démolies parce qu’elles ont fait confiance à des gens sans scrupules. Des “thérapeutes” qui fabriquent des viols à la chaîne. Sans aucun égard pour l’équilibre psychique de leurs patients. Sans compter le tort que cela fait aux vraies victimes.

Fausse mémoire, souvenirs induits, thérapeutes déviants: danger, danger!


Pour en savoir plus:

http://www.psyvig.com/default_page.php?menu=20&page=4

http://www.psyfmfrance.fr/

et un témoignage de plus sur un père faussement accusé (pas en lien avec la fausse mémoire)


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Catégories : Psychologie 5 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • J'ai vu une partie de l'émission aussi.
    Goodnight!
    Ark

  • Mon commentaire sera peut-être hors sujet, mais dans cet article du "Matin", il est question de violence des jeunes enfants envers leurs parents.
    Encore un tabou qui tombe.

    www.lematin.ch/actu/suisse/ados-battent-parents-60932

  • Le risque d'induction de syndrome des faux souvenirs en thérapie a donc été souligné. Il est toutefois le fait de thérapeutes sans doute inexpérimentés, ou ne respectant pas une déontologie élevée qui implique, entre autres, les contraintes incontournables d'une vraie relation d'aide (par nature neutre).

    En psychothérapie digne de ce nom, ce qu'il faut privilégier de surcroît, c'est l'émergence et l'expression des ressentis des patients, en serrant de très près la manière dont ils perçoivent leur vécu, le psychothérapeute se gardant de toute interprétation personnelle.

    C'est ainsi qu'en aucun cas, le psychothérapeute ne peut s'octroyer le droit de douter, par exemple, de la véracité de souvenirs, même s'ils devaient lui apparaître comme faux ; le psychothérapeute est un facilitateur, mais, ni censeur ni juge.

    Qui peut d'ailleurs juger objectivement de la véracité d'un souvenir ? Le psychothérapeute travaille avec les croyances du patient et il se doit de les respecter, non de vouloir les faire changer, sauf si cela fait l'objet d'une demande claire du patient - dans le cas, par exemple, où le patient perçoit qu'une croyance déterminée est devenue plus nuisible qu'utile.

    Il n'est donc pas approprié de lui faire changer la croyance qu'un tel souvenir est vrai (donc même s'il apparaissait que ce souvenir soit faux aux yeux du psychothérapeute, ce à quoi il ne peut évidemment arriver qu'au travers des ses propres filtres, de ses propres perceptions du réel, qui seront toujours subjectives) : la vérité absolue n'existe pas.

    La réalité du patient est le résultat de ce qu'il croit être, de ce qu'il croit vrai : ici encore, le symbolique ("comme si") rejoint le réel ("c'est") et, pour lui, peut même se confondre. Le psychothérapeute prend en compte cette réalité-là, qui est un mélange de symbolique et de réel, mais jamais celle que des éléments "objectifs" et extérieurs pourraient suggérer; il ne s'agit pas de se comporter comme s'il s'agissait d'une science "exacte".

    Mais dans le cas où le psychothérapeute induirait un faux souvenir, il outrepasserait alors sa fonction stricte de facilitateur vigilant et, en cela, il ne se comporterait plus comme un psychothérapeute digne de ce nom."

    Source et liens internes :
    "Pistes pour une psychothérapie appropriée" :
    http://www.retrouversonnord.be/psychoapproprio.htm

  • Les croyances des patients peuvent aussi se voir manifester des souvenirs qui peuvent très bien ne pas être liés à des vécus personnels mais transgénérationnels ; l’inconscient de la personne ne fait alors pas la différence et c’est en toute bonne foi qu’il en fait référence comme si cela faisait partie de son vécu.

    Il peut alors s’agir de l’effet d’un «syndrome d'anniversaire » suivant le concept faisant partie de l’approche de la Psychogénéalogie créée par le Pr Anne Ancelin Schützenberger dans les années 1970 et qu’elle a enseigné à l’Université de Nice ; c’est elle qui a inventé le terme de psychogénéalogie.

    Elle a travaillé avec le psychosociologue Jacob Levy Moreno aux USA et à repris le génogramme qui avait été créé dans les années 70 par les pionniers de la thérapie familiale (Grégory Bateson, l’école de Palo Alto…) et, qui reprend le concept de « génogramme », crée le "génosociogramme" en y alliant sa formation psychanalytique. Dans son best-seller "Aie mes aïeux" elle écrit "Rappelons que le professeur Henri Collom a développé à Dakar (et ramené à Nice en 1978) la technique du génogramme, issue des réflexions de Moreno".

    Suivant ce qu’elle en avait décrit, le patient répétait un comportement, guidé par une "loyauté familiale invisible". Cette fidélité se rompt, la plupart du temps, quand elle devient consciente et donc visible, ce qui a des effets auto-libérateurs. Personne n'a certes le droit de mettre en doute ce que le patient aura découvert (notamment) comme syndrome d'anniversaire, et peu importe qu'il apparaisse, éventuellement, qu'une telle découverte ne repose pas sur des faits réels ; comme déjà dit plus dans mon commentaire précédent, seul compte leur valeur auto-thérapeutique et, ici, c'est le résultat positif qui compte. La psychogénéalogie n'a pas les mêmes finalités que la recherche scientifique, par exemple.

    Travaillant depuis plusieurs années dans l'accompagnement de cancéreux en phase terminale, Anne Ancelin-Schützenberger a observé, de nombreux cas où cette maladie se répète à l'âge ou un parent a eu la même maladie ou un accident ou un choc psychologique. Ce syndrome d'anniversaire a été vérifié statistiquement par la Dre Joséphine Hilgard, médecin et psychologue aux États-Unis, qui a étudié les dossiers de plusieurs milliers de malades soignés dans des hôpitaux psychiatriques américains.

    En France encore, la Dre Monique Bydlowski, psychiatre-psychanalyste et chercheuse à l'Inserm, a fait des constations analogues dans une étude sur les dates d'accouchement dans le service du Pr Papiernick, à la maternité de Clamart puis à celle de Port-Royal, à Paris. Dans un entretien rapporté par Nina Canault, dans son livre Comment paye-t-on les fautes de ses ancêtres (Ed. DDB), elle assure : "Tous les jours, je vois des dates d'accouchement ou des dates de conception qui commémorent la mort d'un parent ou d'un aïeul ou d'un premier enfant dont on n'a pas pu faire le deuil." Elle a fait des observations similaires, lorsque la grossesse n'est pas menée à terme, mais aussi par rapport à l'apparition de différentes maladies.

    Le psychanalyste Didier Dumas, qui a fait des constatations similaires en travaillant avec des enfants psychotiques, préfère parler de syndrome de répétition : il a observé des problèmes qui se répètent non pas au même âge ou au même jour, mais lorsqu'un enfant occupe la même place dans sa fratrie que celle d'un frère ou d'une sœur d'un de ses ascendants, étant décédé ou ayant eu des problèmes similaires.

    Plus de détails et liens internes sur : http://www.retrouversonnord.be/syndrAnniv.htm

    "Répéter les mêmes faits, les dates ou les âges qui ont construit le roman familial de notre lignée est une manière pour nous d’être fidèles à nos ancêtres (...), une façon de poursuivre la tradition familiale et de vivre en conformité avec elle"
    Pr Anne Ancelin Schützenberger

  • Enfin, pour ceux qui douteraient que de telles mémoires transgénérationnelles existent réellement, en voici une des preuves scientifiquement reconnues : ce que nous, psychothérapeutes observons empiriquement quotidiennement, semble enfin être reconnu par la science médicale conventionnelle !

    "Un fantôme dans nos gènes":

    "Nos gènes seraient susceptibles d'être modifiés par des événements extérieurs."
    "la "mémoire" génétique d'un événement peut traverser les générations"

    Un film diffusé sur ARTE F, rubrique "ARTE Sciences" a fait le point sur les travaux de chercheurs, qui pourraient bouleverser notre appréhension de l'être humain" ; il montre que "selon les chercheurs en épigénétique, nos gènes seraient susceptibles d'être modifiés par des événements extérieurs...

    "À la fin des années 1990, la communauté scientifique se prend à rêver : grâce au décodage du génome humain, on pourra bientôt guérir toutes les maladies ; l'ADN est une bible qu'il suffit de savoir lire pour comprendre le fonctionnement de l'organisme. À l'époque, on estime le nombre de gènes humains à cent mille. Très vite, au fur et à mesure que le décodage progresse, le chiffre décroît. "Finalement, explique Michael Skinner, de l'université d'État de Washington, on s'est aperçu que l'homme n'avait pas plus de gènes qu'une vulgaire plante !" À peine trente mille : pas de quoi expliquer la complexité de son fonctionnement ! (...)

    Soit la transmission ne se fait pas uniquement par les gènes ; soit un gène est modifié par son parcours antérieur et conserve, en quelque sorte, la mémoire de sa propre histoire. Cherchant à valider ces hypothèses, les scientifiques font alors une autre découverte : les gènes semblent disposer d'une sorte d'interrupteur qu'un simple changement d'environnement (choc émotionnel, carences alimentaires, etc.) serait susceptible d'activer ou de désactiver. Et la position de l'interrupteur se transmet d'une génération à l'autre. Ainsi, la "mémoire" génétique d'un événement peut traverser les générations sans que les intéressés en soient conscients. La question n'est pas seulement de savoir de quels gènes nous avons hérités. Il faut aussi se demander s'ils sont activés ou pas. En résumé : dis-moi ce que mangeait ta grand-mère, je te dirai qui tu es ! "

    Vidéo de l'émission ici : http://www.artevod.com/player.do?method=playSample&mediaId=13310

    Source et liens internes :
    http://www.retrouversonnord.be/reconnaissance_medecines_alernatives.htm#nos

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