Formation des médecins et littérature

Intéressant arricle dans la TG sous la plume de Sophie Davaris. Les étudiants en médecine suivent un cursus de littérature pendant leurs études. Cette approche existe déjà aux Etats-Unis et en France.

pomme.jpgDes étudiants en médecine lisant Victor Hugo ou Céline, quel est l’intérêt médical me direz-vous? Les étudiants eux-même y répondent. Il s’agit de considérer l’être humain plus largement que comme un ensemble de paramètres physiologiques et psychologiques.

La littérature offre des descriptions de vie où de multiples aspects d’une personne sont abordés: sa vie sociale, ses croyances, ses mécanismes personnels. L’humain est un tout, un ensemble organisé d’éléments qui interagissent entre eux. C’est toute la démarche de la psychosomatique: comment notre mode de vie et de penser influe-t-il sur notre corps, et vice-versa?

Les étudiants d’aujourd’hui semblent comprendre et valoriser cette globalité de l’humain. A l’instar du médecin de famille traditionnel, ils écoutent le patient, entrent dans sa réalité, et lui donnent - ou lui rendent - une place d’humain à part entière.

Cette approche est pratiquée de longue date par les naturopathes. Car la naturopathie n’est pas simplement soigner des symptômes avec des produits naturels, mais c’est aussi comprendre les co-facteurs, les éléments qui favorisent la santé ou au contraire creusent le lit de la maladie. Dans ces co-facteurs de la maladie, il y a l’alimentation. C’est un thème en soi. Non seulement la nature de notre alimentation compte, mais aussi les facteurs affectifs qui y sont liés depuis l’enfance.

D’autres co-facteurs sont aussi relevants de la santé: le mode de vie, la manière de gérer notre corps (p.e. l’équilibre repos-activité), la manière de gérer nos émotions et nos stress.

Encore une fois l’humain est un tout, et si le découpage en “tranches” permet à la médecine d’être très pointues dans certaines pathologies, la reglobalisation est nécessaire pour trouver le bon levier vers le rétablissement de la santé.

Le médicament n’est pas tout, le mode de vie fait partie intégrante de notre gestion de nous-même, et donc notre personnalité. Il ne s’agit pas de vouloir formater un humain “parfait”: mais d’être plus conscients de nous-mêmes et de commencer à faire bouger ce qui peut l’être.

Que la formation en médecine aille dans le sens d’une vision plus globale de la personne est une évolution des plus appréciables.


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Catégories : société 17 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Billet très intéressant,(merci de choisir ce sujet).
    Le corps humain n'est pas seulement "des os musclés". L'esprit contrôle aussi!

  • Rien de nouveau. Averroès, Aristote étaient de grands philosophes et de grands médecins. Il n'y a avait pas de séparation si marquées dans les groupes de connaissances. Humanisme et science allaient de pair. C'est avec le grand mal moderne de rentabilité qu'on a spécialisé un maximum les gens, intéressant les spécialistes sont appelés Fachidioten en Allemand. Continuons sur cette lancée et que les lettrés deviennent aussi plus scientifiques ! Aïe Aïe, ça va être dur !

  • Oui, les humanistes modernes ont beaucoup à faire, vu le volume de connaissances dans de no0mbreux domaines. Je pense que la spécialisation a aussi son sens pour aller de façon très pointue dans certaines connaissances. Je n'y vois pas seulement un aspect de rentabilité. Par contre, réunir tout cela, réunir science et philosophie par exemple, quel beau projet. Quelques-un y arrivent, je pense à Edgar Morin que je cite régulièrement car lui cherche en plus à théoriser cette approche multiple et complexe, à en faire un paradigme, un ensemble référant, et à en trouver le langage et l'attitude mentale qui balise ce chemin. Tout n'est pas perdu!... :o)

  • quand les littéraires font de la médecine ? Avez-vous lu l'oeuvre de John Knittel écrivain suisse né en Inde et ayant vécu en Egypte, il y écrivit son magnifique El Hakim - le docteur Ibrahim - El Hâkim ? Roman écrit en Anglais qui raconte le destin généreux d'un médecin évoluant parmi les plus pauvres. Une oeuvre au souffle humaniste généreuse et universel.

    Quand les médecins font de la littérature comme Louis-ferdinand Céline , parfois on se serait contenté du médecin tout court ! L'hommme résumé : "Il n'y a pas, le bon médecin de banlieue, et, le génial écrivain méchant et antisémite. Il y a un médecin insomniaque qui écrit des romans... des livres quoi !!!

  • Non pas lu, et j'aurais des difficultés à lire un livre entier en anglais. Sur Céline, je vous rejoins, mais on peut se demander ce qu'il valait comme médecin, vu son écriture si déprimante et sa présentation très sombre de l'humain. Il a un style littéraire, mais ce n'est pas ma tasse de thé. Et perso je préfère un thérapeute - médecin ou autre - qui croit en l'humain...

  • Le rapport historique entre la médecine et la littérature existait déjà, un simple exemple "Ibn Sinaa" le vedette médecin, qui avait beaucoup des intérêts littéraires, notamment à la poésie, il suffit de signaler son poème du "l'âme". Mais il ne faut pas confondre entre "l'origine" et "la spécialité" qui était née avec la renaissance!
    Actuellement, d'avoir un médecin qui s'intéresse à la littérature (en pratiquant!) c'est une chose vraiment remarquable!

  • Don't worry ! il a été traduit et toc !
    John Knittel. Le Docteur Ibrahim : El Hakîme, roman traduit de l'anglais par Marguerite Gay
    Quant à Céline pour finir on hésite devant le médecin et devant le romancier- essayiste- pamphlétaire. Gardons juste le patient malade et désabusé. La petite "musique célinienne" a fini par nous casser les oreilles ! La haine même écrite donne l'effet d'un volume assourdissant qui résonne en nous, bruit infernal!

  • Et bien vous me donnez envie de le lire! Et merci aussi Hassen pour ces informations.

  • Jean Starobinski, éminent intellectuel genevois, ancien professeur de littérature à notre Université, est aussi docteur en médecine et pianiste de talent. Il est vrai que cet homme, connu et reconnu dans le monde universitaire entier a fait ses études à une époque où la plupart des médecins se recrutaient dans la section Classique du Collège de Genève. Ils avaient donc tous une formation humaniste, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui, en grande partie parce que les connaissances scientifiques de la médecine moderne favorisent une pré-formation différente. Cette spécialisation reste moindre en Suisse grâce au large éventail des disciplines enseignées au niveau du Certificat de Maturité, mais elle existe néanmoins, comme en témoigne notamment l'introduction de divers cours de disciplines appartenant à ce qu'il est convenu d'appeler les Humanités à l'EPFZ depuis plusieurs années. Ce qui allait de soi autrefois exige donc aujourd'hui un effort et un intérêt personnel que les institutions mentionnées cherchent à encourager et à faciliter. Opposer science et humanisme rappelle les opposions anciennes entre science et conscience et dans un autre domaine, nature et culture (en général relayé actuellement par l'anglais "nature et nurture", et participe d'une vision qui devrait être dépassée. Elle n'a qu'une utilité pratique ("heuristique comme disent les savants) pour la simplification du discours: dans ce sens l'on peut dire que c'est l'interaction entre les deux qu'il est intéressant et utile d'étudier, pour la médecine en tout cas. Au-delà de ce domaine d'application du savoir il y évidemment tout un ensemble de questions fondamentales qui se posent dans toute une série de disciplines allant de la neurologie aux sciences de l'information, de la philosophie des sciences aux spéculations sur la cyber-évolution, et qui touchent à la nature de la conscience et à d'autres questions tout aussi fondamentales, pour ne parer que des domaines dans lesquels on peut légitimement parler de savoir.

  • Oui, il y a un champ extraordinaire qui est ouvert, et les sciences y contribuent fortement. La neuropsychologie, la physique quantique, la philosophie des sciences, j'ai le sentiment que nous sommes dans une révision très profonde de notre vision de l'humain et du monde. Une nouvelle Renaissance peut-être, ou un accomplissement de la Renaissance, et cela malgré la crise, l'environnement, et toutes les catastrophes promises. Pour tout cela je pense que nous devons préserver, valoriser, pousser plus loin tout ce que l'occident apporte au monde (excusez cette petite note politique... :o)... )

    Peut-être le "vieux monde" va-t-il simplement se métamorphoser. Trop peu de gens savent ce qui se passe d'extraordinaire dans cette époque.

  • Ah ! n-oublions pas meme si certains crieront contre un certain Ernestito Guevara dit le CHE qui a ete un litteraire hors pair, en entamant ses etudes de medecine il avait deja lu tous les classiques en langue originale francais et anglais et citait de memoire des oeuvres completes de litterature espagnole. Il etait alors age de 18 ans seulement et declamait et ecrivait des poemes avant de devenir le revolutionnaire que nous connaissons tous. Medecine et litterature . il s-en est fort bien accommode. Desole c-est un clavier bosniaque qui resiste a toutes nos fantaisies de ponctuation..............

  • Ses études de médecine lui auront servi, j'imagine: il devait être très pointu pour tirer une balle dans le coeur de ses opposants...

  • soigner les malades autant que médecin , ne fait pas de différence d'offrir un petit mot à quelqu'un...autant qu'être humain.

  • Au 16 e siècle, François Rabelais, grand écrivain et médecin fut le grand défenseur de la Renaissance et de l'exercice de l'art médical, notamment lors de sa visite au Pape, accompagné de Du Bellay, oncle du poète homonyme. La douleur, la maladie sont transmis aussi par un récit, que le médecin se doit de décrypter. Ce n'est pas une donnée comme une denrée de chien mais bien des paroles qui sont exprimées par la bouche du patient. La description même d'un diagnostic passe par les mots, une légende propre. En cela, je n'ai jamais trouvé une dichotomie quelconque entre art médical et art littéraire.

    Des écrivains-médecins, il y en a plein: qu'on pense à Céline (en plus de ceux cités précedemment)...

    Bien à vous, Hommelibre!

  • Un incontournable de la littérature, à ne pas manquer sous aucun prétexte, pour tous les futurs médecins et particulièrement les psychiatres. Les six cent soixante lettre de Vincent Van gogh à Théo son frère.
    Lucide, il y décrit sa maladie, l'hospice, les malades. En quête éternelle de lumière, c'est un éclairage fabuleux qu'il nous apporte à travers les âges. Il y décrit ses médecins avec beaucoup de respect. Le Dr Rey qui est venu voir sa peinture avec deux autres médecins, et selon lui, eux comprennent au moins "bigrement vite ce que c'est des complémentaires." Il dessinera le portrait du Dr. Rey et lui fera obtenir une copie du tableau de Rembrandt - La leçon d'anatomie. Si tôt ou tard Vincent Van Gogh s'imagine devenir fou, il pense ne pas vouloir rester à l'hôpital, mais il préfère rester éternellement dans un cabanon que de sacrifier une autre existence à la sienne. Car le métier de peintre est triste. S'il était catholique, il aurait selon lui la ressource de se faire moine, ne l'étant pas, il n'a pas cette ressource.
    Dr Rey lui fit remarquer qu'il se soutenait par le café et l'alcool, il l'admet bien, mais pour atteindre la haute note jaune , il a bien fallu monter le coup un peu. Que l'artiste est un homme en travail et que ce n'est pas au premier badaud venu de le vaincre en définitive.
    A l'hospice ils sont bien prévenants, ce qui comme bien d'autres choses le confond et le rend un peu confus.
    "Ce qui me console un peu, c'est que je commence à considérer la folie comme une maladie comme une autre et accepte la chose comme telle, tandis que dans les crises mêmes, il me semblait que tout ce que j'imaginais était de la réalité" . Les maladies peuvent être à l'homme ce que le lierre est au chêne. Le manger est comme-ci comme-ça. Cela sent naturellement le moisi, comme dans un restaurant à cafards à Paris. Ces malheureux ne faisant rien (pas un livre, rien pour les distraire). Ils n'ont d'autres distractions journalière que de se bourrer de pois chiches, d'haricots et lentilles, et autres épiceries et denrées coloniales par des quantités réglées à heures fixes. La digestion de ces marchandises offrant de certaines difficultés, ils remplissent aussi leurs journées d'une façon aussi inoffensive que peu coûteuse.
    La description du Dr Gachet est unique ."J'ai vu M. le Dr. Gachet, qui a fait sur moi l'impression d'être assez excentrique, mais son expérience de docteur doit le tenir lui-même en équilibre en combbattant le mal nerveux, duquel certes il me paraît attaqué au moins aussi gravement que moi. Il me paraît très raisonnable, mais aussi découragé de son métier de médecin de campagne que moi de ma peinture. Il me paraît certes aussi malade et ahuri que toi ou moi, et il est plus âgé et il a perdu il y a quelques années sa femme, mais il est très bon médecin. Cet excellent homme se donne du mal pour faire des dîners où il y a quatre plats ou cinq plats, ce qui est abominable pour lui que pour moi, car il n'a certes pas l'estomac fort.
    Vincent Van Gogh finira par se tirer une balle dans la poitrine le 27 juillet 1890.

    Allez les scientifiques, courage ! 567 pages à dévorer d'une traite.

  • Duda, j'aime beaucoup Van Gogh, sa peinture me parle directement. Alors là je vais lire. Hélas le livre de Knittel que vous avez mentionné plus haut est épuisé, je me suis renseigné. Et comme je suis trop irrégulier pour aller en biblio (je lis plusieurs livres à la fois, cela prend du temps), j'y renonce. Mais Van Gogh, yes, et les extraits que vous citez sont d'une belle langue. Merci.

  • En ce jour de la St Valentin, je dédierai ces quelques lignes à un médecin généraliste- médecin psy et grand écrivain de la littérature portugaise : Antonio Lobo Antunes, ma dernière passion.
    Si les médecins doivent s'intéresser à la littérature,c' est un incontournable. Les titres même de ses oeuvres révèlent un écrivain à la sensibilité exacerbée. "connaissance de l'enfer" "la farce des damnés" - "lettres de la guerre" "n'entre pas si vite dans cette nuit si noire"- "traité des passions de l'âme" - et le bijoux littéraire Le cul de Judas.
    Cul de Judas- c'est le trou du cul du monde, l'enfer de l'Angola où Antonio sera envoyé comme médecin aux armées. On y devient "gluant, vulnérable, pleurnichard et totalement débile." Il n'a pas de mots assez durs pour décrire ce bourbier dans lequel on envoie les jeunes portugais. On y fait l'apprentissage de l'agonie, on joue aux dames avec un capitaine âgé sorti du rang, qui sentait la ménopause d'écrivassier résigné. Ces temps de cendres qui vous engloutissent, dépourvus de sens. "Penché à travailler sur le moignon pelé ou d'un membre ou que j'introduisais, de nouveau, dans un ventre les intestins qui en débordaient." L'absurdité, la folie de la guerre qui ne mène nulle part, si ce n'est très très profond dans le cul de Judas. Antonio le médecin interroge le monde qui détruit, anéantit, bouleverse et on ne sait plus pourquoi exactement on se retrouve dans un tel chaos. Dérision, cynisme, où va-t-on ainsi et continuons à nous poser avec Antonio Lobo Antunes, cette éternelle question du pourquoi et comment.

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