Presse du jour: le commencement d’un monde

Excellent interview dans Le Matin de Jean-Claude Guillebaud, sous la plume d’Ivan Radja. J-C. Guillebaud est l’auteur d’un ouvrage tout récent: “Le commencement d’un monde”, où il est question d’économie et de relations mondiales.

Guillebaud.jpgL’auteur dénonce avec intelligence la dérive du néo-capitalisme, qui a oublié que l’économie est la production de richesses, et qui s’est concentré sur la rentabilité immédiate. Cette économie-là n’est plus au service d’un projet de société, mais uniquement au service des gains à court terme. Le libéralisme authentique est trahi.

Il semble évident que faire tourner une machine sans se soucier de la production réelle c’est la faire tourner à vide et épuiser tôt ou tard les richesses. C’est même une attitude suicidaire.

Il dénonce également le dogme du marché régulateur. La dérégulation, associée à des manipulations financière hasardeuses, ne peut plus être un modèle fiable sur le long terme. Après tout, il y a bien des lois contre les cartels économiques, signifiant que l’on admet une forme de régulation. Pourquoi ne pas aller un peu plus loin et interdire les pratiques financières manifestement à risque?

Dans la suite de sa réflexion l’auteur démonte la notion de “choc des civilisations”. Notion qui a servi à l’administration Bush de partager les monde entre le Bien et le Mal. Simpliste, mais hélas efficace au lendemain du 11 septembre. La réalité est plus complexe, et les civilisations échangent, s’interpénètrent économiquement, culturellement et socialement. L’occident doit davantage s’ouvrir à un monde multipolaire, qui existe de plus en plus.

Dans cette perspective l’Europe a un grand rôle à jouer, car elle est faceur de modération et d’intégration de la complexité – de par sa composition même.
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Mais dans le même temps que l’occident accepte un monde multipolaire, il doit revaloriser ses acquis et ses valeurs, comme les droits humains et la liberté, et les défendre contre les attaques permanentes menées de l’intérieur et de l’extérieur.

Hier soir sur Planète il y avait un intéressant documentaire sur Gengis Khan et l’empire mongol. Cet empire a tenu 150 ans en occuppant toute l’Asie et l’Europe jusqu’à Vienne. Lors de la prise de Pékin, les soldats ont passé au fil de l’épée tous les habitants la ville. L’empire romain a occupé une grande part du monde connu de l’époque pendant plusieurs siècles. La Grèce, par Alexandre le Grand, a également occuppé presque tout le monde connu de son époque. En termes de domination du monde, l’occident démocratique n’a de leçons à recevoir de personne. Et il faut considérer l’ouverture à la multipolarité non comme un déni de nous-mêmes ou comme une auto-flagellation sur fond de culpabilité, mais comme un fait naturel susceptible d’enrichir à tous points de vue toutes les populations de la planète.


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Catégories : Politique 5 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Ehhh ... "elle est faceur de modération"

    1. acteur

    2. facteur

    3. farceur

    4. face or

    Vive la Macédoine, pays d'origine d'Alexandre ... le Grand.

  • FACTEUR Victor! Merci de me l'avoir signalé... :o)

  • Sacré farceur !

    ;o)

  • La Macédoine d'Alexandre et de Philippe n'ayant rien voir avec l'actuelle Macédoine ex-Yougoslave, mais tout avec une région occupant le nord-est de la Grèce et le sud de la Bulgarie, entre le Mt Olympe et les Rhodoppes, où fleurissent quelques magnifiques stations de ski...
    Les ours et les loups y pullulent, car un couloir "vert" peuplé seulement de champs de mine et de barbelés y séparait jadis l'Est et l'Ouest.

  • Philippe, dans cette perspective d'un monde multipolaire, la Fédération mondiale dont vous parliez il y a quelques jours serait la forme de gouvernance adéquate. Vous êtes aussi un "rêveur" Philippe, au bon sens, au sens de la puissance du rêve. (Je publie demain mon billet sur le rêve, j'ai dû faire des choix et prendre des angles de vue, j'espère qu'il sera porteur de quelque chose).

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