Congrès de Bruxelles: questions d'homme sur la violence conjugale

Je suis resté avec de nombreuses questions hier soir à la fin de la première journée du congrès. L’un des thèmes de l’après-midi était consacré à la violence dans le couple. Le sujet fut abordé avec circonspection – presque trop tant le sujet fait débat.

Brxl1.jpgC’est le thème qui crispe le plus les positions. Entre les mouvements féministes qui en font un cheval de bataille majeur, et les hommes qui démentent les chiffres avec l’énergie kafkaienne du “coupable désigné” qui ne comprend pas, il n’y a pas de terrain d’entente actuellement.

La violence familiale sur les enfants ou entre conjoints est particulièrement insidieuse. La famille devrait être un espace de paix et de sécurité. Quand elle faillit à ce principe le résultat est très destructeur pour la construction intime de soi. Une agression exofamiliale est déjà un traumatisme, mais face auquel il est possible de trouver un soutien auprès de ses proches. L’agression endofamiliale prive de tout soutien sécurisant. Ceci dire combien cette forme de violence doit être prise au sérieux.

En allant plus loin, la réflexion sur la violence interpersonnelle doit être menée lucidement par les hommes. Des programmes existent pour les hommes violents. Depuis quelques années ces programmes existent aussi pour les femmes violentes.

Le chiffrage de la violence conjugale reste encore très aléatoire. Depuis 10 ans les chiffres dansent. Les dernières statistiques pourtant se recoupent et dénotent une tendance, en Suisse, en France et au Canada. Tant pour l’Office National de la Délinquance en France, la Lavi en Suisse et Statistique Canada, on s’oriente vers les taux suivants: la violence physique, donc avec atteinte et lésions, touche entre 1 et 2,3% des femmes et entre 1 et 1,7% des hommes. La violence psychologique est beaucoup plus aléatoire à circonscrire. A quel moment peut-on dire qu’elle existe? Une simple critique sur l’habillement, le simple fait de demander à son/sa partenaire où il/elle va, est considéré dans certaines enquêtes comme de la violence sur l’autre. Plus précisément la violence est admise dès qu’il y a tentative de contrôler l’autre. Je crois que dans ce domaine femmes et hommes sont contrôlants à l’identique. En faire un signe d’une supposée domination masculine est abusif. Et puis n’est-ce pas normal et courant dans le couple?

Autre cas de figure: un cri, un ton trop haut, est aussi parfois considéré comme violence. On est en train de judiciariser le couple à l’extrême. Veut-on en arriver à des humains castrés? Ou la moindre dispute vaudra un procès? On va manifestement trop loin. Un jour ma compagne de l’époque m’a fissuré une côte. Je l’avais poussée dans ses retranchements, elle a réagit comme elle a pu. Jamais je n’ai considéré cela comme une violence pénalement répréhensible. J’aurais pu. Comme la plupart des hommes j’ai assumé, pris sur  moi, et j’y avais ma part. Pourtant une côte fissurée c’est plusieurs mois de handicap.

Quel constat peut-on faire? Que d’une part on est très loin des chiffres habituellement annoncés sur la violence physique (20% de femmes battues annoncées par les mouvements féministes, quasiment pas d’hommes), et d’autre part tant les chiffres que les campagnes de sensibilisation montrent l’homme comme l’agresseur universel et la femme comme la victime éternelle. Le discours féministe actuel amplifie ce stéréotype en affirmant que la violence est par définition masculine.
Brxl2.jpg
Les hommes ressentent ce biais comme une violence sociale et culturelle contre eux, une violence systémique. Ils n’arrivent pas à se reconnaître collectivement dans ce portrait. Ce n’est pas un déni, mais le sentiment – vérifié par les chiffres – qu’on dresse un  portrait exagéré et déformé d’eux. Sans compter les effet juridiques désastreux que ce stéréotype génère pour eux.

Peut-on vraiment avancer sur la problématique de cette violence tant qu’on en reste à ce stéréotype? Comment porter une réflexion objective quand un genre est stigmatisé? Pourquoi ce gonflement des chiffres, et qui sert-il?

Est-il possible de se mettre autour d’une table, analyser tous les chiffres depuis 20 ans, les contre-études, et poser le problème avec plus de réalisme? A ma connaissance les féministes ne le veulent pas. (Une mini-manif féministe au début de cette journée de samedi, dans la salle-même du congrès, montre bien le dialogue de sourds et l’incompréhension qui domine). Remettre en question ces chiffres est stigmatisé comme un déni et une contre-attaque de la part des supposés “maîtres et dominants”. Toute contestation faite par les hommes pour sortir de cette culpabilisation systémique et injuste  est considérée comme réactionnaire et comme une atteinte aux femmes. Pourtant les hommes qui se questionnent sur leur place, leur identité, les injustices dont ils sont l’objet, et quel que soit leur discours parfois tendu, ont tous à coeur l’égalité et le partage dans une société humaniste. Une société ou les différences de couple et les conflits ne soient plus brandis comme l’étendard d’une inutile guerre des sexes. Où le désir des hommes, l’espace des femmes, soient magnifiés et respectés.

Pourtant le discours est bloqué. Qui veut, qui peut le débloquer? Y a-t-il un dialogue possible sur ce sujet, autre que dans l’acceptation soumise des hommes devant cette condamnation systémique? Qui veut entendre ce que les hommes ressentent dans ce domaine comme dans d’autres? Les hommes n’auraient-ils aucune place dans la réflexion sur les relations hommes-femmes, sauf à admettre sans contestation les thèses féministes?

La question est ouverte. Ce débat sur la violence conjugale doit nous stimuler, tous et toutes, à réfléchir à ce qui est la limite de l’admis, du dialogue, du conflit normal de couple, et ce qui est de l’ordre de la destruction de l’autre.

Et bien en amont de cela, la réflexion continue sur l’amour, sa gestion, sa préservation, sa destruction, et sur le moment où le passage entre l’amour et le pouvoir se fait, avec les injustices mutuelles qui en découlent, et les difficiles réparations.
Catégories : société 6 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Que le couple qui ne s'est jamais disputé sur le programme du week-end me jette le premier rouleau à pâte.

    Bon week-end !

    :o)

  • Yes Blondesen! :o)...

    Bon week-end.

  • Bonjour Hommelibre,

    C'est effectivement un sujet particulièrement délicat. Sans vouloir sombrer dans les stéréotypes, il faut quand même admettre que les meurtres conjugaux sont plus souvent le fait d'hommes que de femmes. Les décès chiffrés, et non plus les vagues statistiques traffiquées des associations féministes, montrent quand même en ratio de 4/5 en défaveur des hommes. Tout comme les populations carcérales sont en majorité masculines. Cela soulève peut-être quelques méfiances de la part du sexe opposé...

    Maintenant, ce sont des faits qui restent rares (quoique, quelque 250 femmes qui meurent sous les coups de leur conjoint pour un pays comme la France, c'est quand même pas si rare. J'ai cherché les chiffres pour la SUisse, mais pas trouvé pour l'instant)
    Néanmoins, en pourcentages, cela fait environ 0,00166 % des hommes....soit 16,6 cas pour un million d'hommes (250 pour 15 millions d'hommes) ....va-t-on se méfier des 999 984 autres ? ou des 999 995 autres femmes ? c'est là qu'intervient le délire...même en multipliant par 100 les statistiques en extrapolant tous les meurtres "ratés"(extrapolation fantaisiste ne servant qu'à montrer le peu de pourcentage par rapport aux hommes adorables et corrects) cela ne fait que 1660 pour un million....soit...0, 166 pour cent!
    Va-t-on se méfier des 998 340 autres?

    Bien sûr que NON, cela s'apparente à du délire! Et la justice ne devrait pas faire d'amalgame non plus, ceci est intolérable.

    Quant aux disputes, je crains que ce ne soit le fait des deux sexes, et qu'il y a autant de "salopes" que de "salauds"....

    Mais c'est un sujet très vaste qui ne se résume pas à quelques posts et quelques messages sur un blog.
    Dans d'autres pays, les situations sont différentes, et suivant les civilisations, encore plus. Le Coran CONSEILLE de frapper sa femme...pour son bien....

    Mais je crains quand même que la violence faite aux femmes soit plus répandue que le contraire. Il faut donc se battre ET contre cette violence , ET contre le délire qui consiste à faire de tous les hommes des coupables potentiels en extrapolant les crimes de 0,00166% d'entre eux(soit 1 homme meurtrier conjugal pour 60 000.... même en exagérant grossièrement et en extrapolant sur la possibilité que pour un homme meurtrier, 99 n'ont juste pas été pris ou ne sont pas allés jusqu'au bout, cela ne ferait qu'au pire!!!! un homme violent sur 600)

    Pas de quoi se méfiez de tous, non?

    Bon, assez bavardé. ..

    A+

  • Bonjour Homme Libre,

    Je suis un participant de ce congrès comme promis lors de notre petit échange lorsque nous regardions le dernier petit groupe de féministes, j'ai trouvé ton blog et je vais le parcourir avec attention. Ce qui t’est arrivé me touche sincèrement et ta volonté de faire naitre du constructif à partir de ton vécu et de l’injustice et preuve d’une forme de dignité et de maturité qui t’honore. Soit en remercié.

    Je suis encore plein de pensées et de réflexions à la suite de ce programme bruxellois aussi dense qu'intéressant. Je reste aussi imprégné de cet esprit positif, même si parfois critique, qui a régné au cours de ces deux journées. La "cause" du masculin ouvre, aussi, des portes aux émotions. Je vis cela comme une forme d'espoir, celui de nouer un dialogue entre genres lorsque les tensions existent et les voies d’une meilleure compréhension.

    Cela passe par une forme de psychologie relationnelle, une remise en question de nos croyances mais aussi par une volonté de faire passer de nouveaux paradigmes dans les institutions.

    Habité sereinement de son identité, propriétaire et défenseur de ses particularités, humble d’humanité, ouverts à une forme de spiritualité, c’est bien les valeurs positives de notre genre qu’un homme en chemin doit convoquer. J’ai l’utopie de croire que c’est aussi dans ce débat serein avec notre nature que nous pourront poser un regard clair sur certaines tristes réalités qui malheureusement sont parfois soulignées (même si exagérées).

    Réconcilié avec lui-même et l’honneur, ayant l’estime de soi et de son genre suffisante, conscient que l’énergie virile mal canalisée mène à caricature, violence, addiction et encore abandon de soi et de ses responsabilités, un homme peut enchainer ses démons et devenir intègre. Cette intégrité de certains doit être modèle pour les autres.

    Ravi d’initier cette relation épistolaire.

    Sorel (est mon pseudo)

    P.S. Et, oui, n'oublions pas, derrière tout cela, que nous parlons aussi d'amour.

  • À qui profite le crime?

    La violence familiale, c'est le cheval de Troie! Sans nier que le problème existe et qu'il mérite d'être adressé avec rigueur, les féministes hargneuses se sont accaparées du thème en y appliquant la novlangue chère à G. Orwell. Il faut bien comprendre que LA VIOLENCE N'A PAS DE SEXE. Alors, lorsque nous sommes bombardés par de la propagande sexiste et profondément haineuse concernant "la violence faite aux femmes", nous entrons en état que je qualifierais de dissonance cognitive. Ne reste plus qu'à gonfler les statistiques aux stéroïdes pour faire pleuvoir les sous dans la cagnotte.

    Lire "Petite histoire d'un gros mensonge" pour voir comment les féministes intégristes du Québec ont menti impunément à la population pendant 20 ans pour détourner à leur profit des milliards du trésor public.

    http://bisbille101.blogspot.com/2007/09/petite-histoire-dun-gros-mensonge.html#links

  • Bonjour Sorel, Merci pour ce mot. Oui le congrès est un moment de rencontre, de débats utiles par les questionnements qu'il provoque, et d'échanges d'informations.

    S^r qu'en deux jour le tour de la question n'est pas fait. La réalité masculine si longtemps stéréotypée ne demande qu'à être nuancée, multipliée par les nombreuses facettes de chacun. Sûr aussi que dans cette époque de dénigrement du masculin, il y a une urgence à développer l'estime de soi, dans notre complexité.

    Les démons? Oui, et qui n'en a pas: hommes, femmes, enfants déjà parfois. Ces missiles invisibles surgis d'on ne sait où et qui soudain envahissent l'espace de la conscience. Perso je veux bien employer le mot démon, qui est une illustration symbolique de mécanismes ou pulsions inconscientes. Voire aussi des produits de carences psychologiques. Pourquoi fait-on du bien? Pourquoi fait-on aussi du mal? La question est générale.

    Et cela induit un débat sur la construction sociale de nos bugs, ou sur la nature même de l'individu. Les psychologues font parfois une analyse de ces pulsions comme des compensations à des blessures reçues. Mais j'aime mieux penser que nous avons toujours le choix. Que nous sommes responsables, même si pour assimiler cette responsabilité l'analyse psychologique peut proposer des pistes.

    Le questionnement général vient ensuite s'insérer dans notre individualité: pourquoi moi, ou un autre, ou une autre, en arrivons-nous à faire du mal? Que se passe-t-il dans notre conscience que nous ne maîtrisons pas? Faut-il seulement enchaîner ces tendances? Faut-il les accepter pour les identifier et les comprendre? Faut-il ensuite faire des choix ou laisser les choses se dissoudre d'elles-mêmes?

    Pour ma part, si j'admets que nous ne sommes pas conscients de tout au début de la vie, il y a aussi un choix. Si quelqu'un me donne une giffle, j'ai le choix d'y répondre ou non. C'est là que se collisionnent parfois les schémas inconscients et les choix conscients.

    Il y a du boulot!...

    A la suite.

Les commentaires sont fermés.