13 juillet 2008

UNE ANCIENNE MEMOIRE

La felouque glisse silencieusement. L'eau bleue est irisée. Sur la rive, de hautes et grandes dunes. Sur le fleuve, de petites îles désertes. Je suis loin de la ville.


felouque.jpgJ'ai attendu la fin du voyage pour monter sur la felouque. J'hésitais. La felouque, cette image vue il y a longtemps à la télévision, est restée en moi. C'est étrange comme cette simple image me ramène, dans ce voyage, à une si ancienne mémoire. Maintenant l'image est vraie et je goûte cette paix de l'eau tranquille et du vent.

Au retour des îles désertes nous avons pris à bord trois enfants Nubiens, environ 12 ans. L'un, yeux de feu et sourire éclatant, contagieux. L'autre, plus timide. Le troisième ressemble à Michael Jackson. Ils se sont mis à chanter et à danser sur la felouque. Ils ont mis la fête dans ce voyage après une journée de remise au sol, alors que j'avais perdu mon billet d'avion. C'est comme s'ils me disaient:

"C'est maintenant,
Chante, danse, tape le rythme
C'est maintenant et rien d'autre"

J'avais vu le signe. J'ai chanté, dansé, tapé le rythme avec eux sur cette felouque, et mon ventre, mon coeur, mes mains ont chauffé d'un bon feu. Et nous avons presque chaviré, et nous avons ri.

De retour à l'hôtel je me suis assis au bord du fleuve. Le soleil se couchait. Sur un arbre proche, des centaines d'oiseaux chantaient la fête du soleil ou l'angoisse de la nuit qui vient. Le vent de sable s'est levé.

Un client de l'hôtel vient me parler dans un allemand rapide. Il n'a pas vérifié si je parle allemand. Il cherche un guide pour son groupe. Ai-je l'air d'un guide? Sa voix est étranglée, son regard fuyant, ses gestes répétés. C'est sa vie, il vient aussi en Egypte pour quelque chose. Il ne me demande rien d'autre. Il s'en va ailleurs. Mes signes ne sont pas les siens. Mon parfum n'est pas son parfum.

Mais comme Siddharta au bord du fleuve, j'entends le OM

Curieusement, pendant ce voyage où je suis seul, livré à mes insectes et mes galaxies, je sens des présences discrètes. Certaines bien connues. Mais d'autres aussi, que j'aime ou qui m'aiment, ou simplement qui voyagent aussi dans leur vie. De furtifs regards miroirs ou attentifs.

Le soleil est parti. Les musulmans vont rompre le ramadan. A mon cou, Ank, la croix égyptienne. Elle symbolise l'union du masculin et du féminin. Le féminin est en haut. Ensemble, ils forment la clé de la vie.

Le soir vient, l'air fraîchit. Le chant du muezzin s'élève au-dessus du vent. Comme si Dieu murmurait.

10:27 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : égypte, voyage, ramadan | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

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