Contre l’excision: mobiliser aussi les hommes

La Tribune remet en avant le problème de l’excision, comme elle le fait régulièrement. C’est important. Car il s’agit bien d’une mutilation délibérée, d’une atteinte grave à la personne - plus: à une partie de l’humanité, simplement par le fait de leur appartenance à un sexe plutôt qu’à l’autre.

Il est difficile de comprendre comment une telle tradition prend racine. Nous avons une piste de comparaison en Europe. Du 17e au 19e siècle, la masturbation a été décrite comme un mal absolu, menant à toute une gamme de maladies dont la folie, le rachitisme, etc. Des médecins, des psychiatres, des religieux et même le philosophe Kant l’ont diabolisée. Les traitement prônés étaient l’excision pour les filles, et l’infibulation pour les garçons: on enfermait le gland dans le prépuce par un anneau de métal, parfois doté de pointes. On pratiquait aussi la section du nerf dorsal du pénis.


Cela a disparu, fort heureusement. Mais pendant deux siècles la pensée collective portait sur la punition douloureuse et la mutilation contre la masturbation, pour les garçons comme pour les filles. Créer de toutes pièces une tradition est finalement très possible.

L’excision des fillettes reste répandue alors que les supplices contre les garçons ont disparu. Cette pratique est bien une maltraitance, qu’aucune religion dans aucun texte ne justifie. Elle n’a rien à voir avec les pratiques modernes, librement choisies par des adultes, comme le piercing, la pose de boucles d’oreilles, etc. Elle doit être considérée comme un crime.

Les hommes ne se rendent pas assez compte de ce qu’est l’excision et ne la condamnent pas aussi clairement que les femmes. J’ai donc créé de petites affiches pour sensibiliser plus spécifiquement les hommes. En voici deux exemples:
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Vous les trouverez en plus grand et mieux lisibles sur cette page:

http://www.hommecible.com/www.hommecible.com/les_femmes_aussi.html 

Notre réprobation morale fera peu à peu, je l’espère, contrepoids à cette pratique barbare.

John Goetelen 

http://www.hommecible.com 

21 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Bon conseil : Adressez-vous à la Cheffe des Droits de l'Homme, ex-déléguée à l'Egalité hommes-femmes!

    C'est le Moyen-Age, le temps où l'on refusait aux femmes de ressentir l'orgasme!

  • Malheureusement Fabienne Bugnon est tout sauf une référence en matière d'égalité...

  • Sachez, Micheline, que le Moyen Age est loin d'être l'époque obscurantiste que certains prétendent. L'assujettissement des femmes était une constante dans les temps antiques. Le Moyen Age a en réalité supposé une époque de relative égalité de droits, du moins comparé à d’autres moments de l’Histoire. Au Moyen Age, par exemple, une femme ne pouvait être mariée contre son gré, pouvait exercer un métier, voyager librement, et surtout, elles n‘étaient pas considérées par la loi comme des mineures à vie et, même si ces libertés ont été aléatoires selon les endroits et les siècles, si certains métiers étaient interdits aux femmes, on ne peut pas définir la longue période médiévale comme néfaste pour les femmes; certaines d’entre elles ont eu aussi beaucoup de pouvoir au Moyen Age et ont eu une grande influence sur la culture. Il suffit de penser aux cours d’Aliénor d’Aquitaine ou de Marie de Champagne. Ce n’est qu’à partir du XVIe siècle, que les choses se gâtent de nouveau, et cela jusqu’au XIXe siècle, du moins en Europe. Le droit à l’orgasme n’a jamais existé, d’ailleurs, nulle part au monde.

  • Pour certains (es) la politique demeure l'orgasme suprême!

  • Mme Inma Abbet, je sais, il est de bon ton de considérér le Moyen-Age comme la panacée en matière des droits de la femme, contrairement à l'ère industrielle.

    En prenant comme références Aliénor d'Aquitaine ou de Marie de Champagne (&Cie), il paraît évident qu'il s'agit de femmes ayant le pouvoir (donc des droits et la liberté). De ce côté-là, soyez assurée qu'aujourd'hui, il n'y a rien de nouveau sous soleil : les femmes bien nées jouissent des meilleures postes, opportunités, etc.

    Or, je vous parle de la condition de la femme sans statut social particulier. Il est ainsi sincèrement à douter que cette époque-là ait été plus heureuse en matière de liberté de la femme que la nôtre. L'histoire de la sexualité reste fort intéressante à cet égard ... (orgasme vu comme l'expression du diable et procès en sorcellerie, par exemple) sans aller jusqu'à parler de droit à la jouissance, ce qui est une idiotie en soi.

    Enfin, mon propos visait plutôt la mentalité scolastique qui préside aux mécanismes décisionnels dans notre société. Micheline

  • @ Micheline. Chère Madame, quand vous affirmez ceci :
    "C'est le Moyen-Age, le temps où l'on refusait aux femmes de ressentir l'orgasme!"
    vous pensez à l'excision, n'est-ce pas ? Bien + qu'au Moyen Âge lui-même ?

    "Malheureusement Fabienne Bugnon est tout sauf une référence en matière d'égalité..."

    Écoutons ceux qui savent mieux que nous...autres...
    Et je finirais, en écrivant ceci:
    "Qu'importe le flacon, pourvu qu'on aie l'ivresse"...à réfléchir

  • Les droits des femmes au Moyen-Age n'était pas dévolus qu'aux femmes de pouvoir. Un livre intéressant sur ce sujet: Les femmes au temps des cathédrales, de Régine Pernoud. L'histoire n'est pas si linéaires que le féminisme doctrinaire veut nous le faire croire en réécrivant le passé. La répartition des droits, rôles et pouvoirs est plutôt sinusoïdale.

    Dans la société celte, qui a régné sur une grande partie de l'Europe pendant 6 siècles, les femmes épousaient librement, possédaient leur biens et les gardaient en cas de divorce, pouvaient être prêtresses, etc. A certaines périodes de Rome, les femmes non-esclaves joussaient d'une très grande liberté.

    En Europe, combien de femmes géraient le ménage, l'argent, l'éducation! Les femmes ont eu le droit de vote seulement vers les années 50, mais les hommes seulement vers les années 20 (suffrage pour tous et non seulement pour une classe privilégiée).

    Les femmes écrivains sont présentes dans la littérature française depuis des siècles.

    Le discours sur la femme toujours écartée de tout est à relativiser sérieusement. Le féminisme est venu en réaction au code Napoléon, dictateur qui a délibérément écarté les femmes de la vie sociale et économique.

    Maintenant, croit-on que la place des hommes étaient meilleure? La plupart des hommes n'avaient aucun pouvoir, ont été esclaves, serfs, prolétaires réduits au silence, privés de droits politiques, chair à canon pour défendre justement leurs familles. Ils n'avaient pas un statut social meilleur que les femmes. Ils étaient en première ligne à subir les accidents, la mort, la déchéance, le mépris.

    C'est important de recadrer tout cela. La répartition des rôles avait certainement son sens. Les hommes n'ont pas créé un système juste pour dominer et exploiter les femmes, c'est ridicule et malhonnête intellectuellement. J'y reviendrai.

  • "veut nous le faire croire en réécrivant le passé" le passé est réécrit tous les jours, mon cher monsieur et ce n'est pas la "chasse gardée" des féministes...tout y passe à cette "moulinette"...

    Mais vu que personne ne comprend ceci:
    "C'est le Moyen-Age, le temps où l'on refusait aux femmes de ressentir l'orgasme!"
    je vous dirais qu'il ne s'agit pas du Moyen-Âge, mais de l'orgasme...qui ne peut plus avoir lieu avec l'excision...

  • Et la circoncision?

    Pourquoi une mutilation sexuelle est-elle condamnable pour les fillettes et parfaitement acceptable chez les garçonnets?

    Par ailleurs, lorsqu'il est question d'excision, rarement il est fait mention que cette pratique est un domaine réservé exclusivement aux femmes!

  • On oublie de dire que l'excision est pratiquée très largement par les mères ou femmes de la famille de la fillette.

    Pour la circoncision, c'est différent, elle n'empiète pas sur l'intégrité sexuelle du garçon. Elle avait semble-t-il un fondement d'hygiène, à vérifier.

  • John, pardonne-moi mais il semble que tu récites aveuglément le baratin usuel à ce propos. La circoncision est une mutilation sexuelle aussi grave que l'excision. Par contre, comme elle est subie par les garçons, elle est traitée à la légère. Il ne s'agit que d'un autre fait qui témoigne de la misandrie ambiante dans les sociétés où le féminisme revanchard et victimaire à pris son essor.

  • Sur ce point je ne suis pas convaincu par ton argument, mais je t'entends et je vais y réfléchir et me documenter davantage. J'ai cité ton blog sur un autre de mes billets, je crois que les lecteurs doivent savoir.

  • Il me semble que le reconstruction d'organes génitaux mutilés (plusieurs interventions successives), l'accompagnement psychologique pour la victimes et, si en couple, avec leur conjoint, l'exploration dans la confiance et le respect d'une sexualité accompagnée de sensations de plaisir, prend plusieurs mois.
    La France a décidé que toute cette démarche est complètement gratuite, y compris dans les situations de mutilations génitales effectuées par des chirurgiens (sigh!)mandatées par les familles (entre autre en Egypte).Dans le cadre français de médecine publique,l'équipe pluridisciplinaire du Dr Foldes obtient des résultats tellement encourageants que le chef de clinique va régulièrement en Afrique afin de former des spécialistes sur place.
    Vu le nombre estimé de femmes concernées en Suisse, des commissions spécifiques voient le jour dans beaucoup de cantons, dont Genève.
    J'aimerais souligner que ces démarches de reconstruction post-traumatiques doivent rester le fait d'équipes de spécialistes qui ont des compétences confirmées, des repères éthiques et déontologiques clairs.
    Les remarques concernant les mutilations génitales masculines (circoncision) sont tout à fait pertinentes. Cette pratique, qui n'est pas seulement culturelle, peut en effet être aussi traumatisante dans certaines situations. Par exemple, elle fut le signe de reconnaissance d' hommes et enfants juifs vivant en Europe, qui les a conduits à de tragiques destinées.
    Actuellement, l'on espère que Mme M. Roth-Bernasconi, depuis peu à la direction de l'Université Albanaise de Genève, va solliciter une réflexion sur cette mutilation génitale masculine. En effet, elle est effectuée régulièrement chez les jeunes garçons, de façon publique et sans anesthésie.
    Par ailleurs...les 2 affiches sont vraiment magnifiques :-D

  • Plus grave encore, je soupçonne la pratique de l'ablation du prépuce d'être à la source de multiples déviances sexuelles. Il suffit d'observer les comportements des adeptes de ces pratiques obscurantistes.

  • Merci Stéfania pour cette réflexion et ces précisions. Précisions concernant la réparation des femmes qui ont subi l'excision, et concernant la circoncision. Bien sûr que la circoncision a malheureusement été un signe d'exclusion sociale et de mort, à l'époque nazie. On sait que parfois l'Histoire se répète, elle continue donc à être une menace.

    De plus le garçon non circoncis dans sa communauté est rejeté, comme les filles non excisées dans leur communauté. Par ailleurs j'ignorais que la circoncision pouvait être pratiquée en public, et - encore à notre époque - sans anésthie. C'est très choquant. Ces éléments me permettent d'évoluer dans ma compréhension.

    Merci pour votre appréciation sur les affiches que j'ai créées. J'ai deux autres modèles identiques, avec l'une un texte analogue mais destinés aux frères (toujours pour toucher les hommes), l'autre concernant la tradition qui dans ce cas doit être considérée comme un crime.

    Si ces affiches peuvent être utiles et que quelqu'un veuille en faire quelque chose, elles sont à disposition et je peux fournir les fichiers d'origine. L'image de fond est une image de l'espace libre de droits, que j'ai retravaillée pour donner le sentiment du tourment, et pour avoir une accroche visuelle rapide.

    Bien à vous.

  • Pour les affiches : votre approche est géniale! Pourquoi ne pas faire une proposition directement aux professionnels impliqués? Ce pourrait être une base de travail pour, par exemple, un dépliant en différentes langues...je suis à votre disposition pour vous donner des idées si cette démarche vous paraît envisageable :-D
    En ce qui concerne la circoncision pratiquées dans les communautés albanophones, depuis mon message j'ai pu en parler à des amis originaires du Kosovo. Ce serait vraiment souhaitable de soutenir ceux et celles qui, par leur exemple, ne répètent pas ces pratiques sur leurs enfants. Il y en a et ce serait bien de faire le point sur cette réalité que l'on peut probablement appeler un "abus sexuel sur mineurs" dû au genre. Loin de moi l'intention de "faire le lit" à l'extrême droite ou de permettre des conclusions de type raciste et d'exclusion. Ce peuple a une histoire suffisamment douloureuse pour éviter de le charger davantage. C'est un sujet très "sensible". J'espère que les spécialistes dans ce domaine et les médiateurs culturels puissent faire évoluer la situation encore plus vite.

  • Je vous remercie sincèrement pour vos encouragement. Je les ai déjà soumises par courriel lors d'une campagne faite par des jeunes femmes en suisse romande l'an dernier je crois, et lors de la journée contre l'excision qui s'est déroulée il y a quelque mois. Mais sans succès. Je ne me décourage pas.

    J'accepte donc très volontiers votre proposition, car c'est un domaine où j'ai aussi envie de m'engager. Je propose de nous rencontrer pour en parler en détails. Vous pouvez m'écrire sur mon adresse courriel hors du forum: hommecible@yahoo.fr. Nous prendrons contacts et conviendrons d'un rendez-vous.

    Vous avez je pense compris que j'ai vécu une affaire très choquante, de par mes propos dans ce blog, et de par mon site www.hommecible.com. J'ai repensé beaucoup de choses sur notre société, sur un certain féminisme, et sur la violence faite aussi aux hommes. Je ne suis pas pour autant devenu anti-femmes, et je souhaite bien faire la part des choses autant intellectuellement que dans mes actes. Contrairement aux études genres très à la mode actuellement, qui définissent la violence comme étant essentiellement masculine, je pense qu'elle n'a pas de sexe, malheureusement. Ni dans la violence physique, ni psy, ni sexuelles. Ces dernières années de nombreux cas sont apparus dans la presse allant dans ce sens.

    Votre proposition me touche et m'encourage.

    Pour les affiches, oui je suis modestement assez content du concept, qui touche les hommes (ce qui peut aussi encourager les femmes à s'exprimer davantage sur ce sujet), en les incitant à prendre de la valeur en refusant cette violence faite aux femmes, et en touchant peut-être inconsciemment leur "orgueil de mâles justiciers"... Enfin, j'analyse cela après coup car les images et les textes me sont venus plus par intuition-instinct que par analyse.

    Je participerai volontiers à une campagne avec d'autres femmes et hommes sur ce thème.

    Dans mon idée, j'imaginerais bien une campagne non agressive basée sur ce concept dans les pays concernés, en Afrique notamment. J'ai entendu il y a quelques jours un chanteur africain - dont je n'ai pas retenu le nom - qui a justement fait une chanson contre l'excision.

    A bientôt donc, avec mes meilleures pensées.
    John Goetelen

  • Un procès condamnant cette pratique monstrueuse a enfin eu lieu en la matière aujourd'hui en Suisse! Merci pour votre combat Hommelibre car c'est un drame humain.

  • C'est un sujet qui me touche beaucoup. Cela me fait mal d'imaginer qu'une fillette subisse cela, et qu'une femme soit mutilée de la sorte. J'en suis choqué et blessé.

  • J'ai lu votre article deux fois mais en tout cas je ne comprends pas bien le sujet. Vous analyzez le Moyen Age avec ses excision ou vous luttez contre ces choses dans la societe moderne? Peut etre je ne connais pas des places ou des pays ou ca se passe.

  • Oui je dénonce cela dans la société moderne. Il y a plusieurs pays où cela se passe, principalement en Afrique. Il y a de nombreuses associations qui luttent contre l'excision, et j'ai écrit mon billet parce que justement il y avait tout une campagne en Suisse.

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